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Serigne Bassirou Guèye était en verve hier. En conférence de presse, le procureur de la République est revenu sur les affaires judicaires, qui mettent le monde politique en ébullition. Le ton est même menaçant.

«(…) Sur plainte de M. Ousmane Tanor Dieng dénonçant les violences, qui auraient été commises par des éléments armés de gourdins et de machettes, selon lui, contre sa personne et d’autres membres du groupe politique du Ps, j’ai saisi la Dic pour mener une enquête. L’enquête qui fut minutieuse et de qualité a abouti à l’interpellation des sieurs Abdourahmane Mbaye, Bira Kane Ndiaye, Amath Diouf, Bassirou Samb, Bamba Fall et autres. (…) On a parlé d’acharnement, or là aussi, on peut dire qu’il ne s’est agi que d’une affaire de droit commun dénoncée par un citoyen qui s’est trouvé pour l’occasion être le secrétaire général d’un parti politique.. Où est donc le caractère politique ? En quoi la justice a été manipulée ?
Concernant, l’affaire opposant M. Abdoul Mbaye à son épouse Aminata Diack, on ne nous a pas épargnés. On a parlé d’acharnement, on a parlé de partialité. M. Mbaye n’a pas été arrêté, n’a pas été gardé à vue, on a parlé d’acharnement.  L’enquête a été faite, on n’a pas parlé d’un faux commis par un magistrat comme on le dit aujourd’hui, on n’a pas parlé de ratures ordonnées par un magistrat comme on le dit aujourd’hui, le dossier m’a été communiqué à la fin de l’enquête, j’ai saisi le juge d’instruction qui a entendu M. Abdoul Mbaye en première comparution puis au fond, jamais il n’a été dit qu’un quelconque magistrat a ordonné de raturer quoi que ce soit comme on le dit aujourd’hui.
Et l’affaire est d’autant plus privée que je vous révèle que j’ai sur ma table une plainte avec constitution de partie civile encore déposée par Abdoul Mbaye. On peut parler de politique, de procureur manipulé, de justice manipulée, de juge d’instruction manipulé, mais quand on veut établir un faux commis par sa femme, c’est le même juge d’instruction qu’on choisit.
Je parlerais de l’affaire relative à la gestion de la mairie de Dakar. Qu’est ce qui s’est passé ? J’ai reçu le rapport numéro 12 2016- du 24 mars 2016 de l’Inspection générale d’Etat qui demandait dans sa recommandation numéro 1, l’ouverture d’une information pour élucider la manière dont les fonds ont été gérés. Il s’agit de la caisse d’avance. Cette inspection a eu à relever un montant d’un milliard 830 millions qui ont été utilisés sans justification. Devant cette recommandation de l’Inspection générale d’Etat, j’ai été obligé de saisir l’enquêteur pour élucider l’affaire. La Dic a été saisie qui a commencé à mener son enquête. Et depuis lors, on n’a plus le calme. On a traité la justice de tous les noms d’oiseaux, on a traité le procureur de tous les noms d’oiseaux, on a fait beaucoup d’amalgame. Alors, qu’est-ce qui s’est passé ? Les faits sont très simples. On a beau vouloir parler de politique, on a beau vouloir dépasser le problème mais le problème n’est pas politique. On a parlé de politique, on n’a pas répondu à cette question. Je crois que dans cette affaire, la première question à la quelle il fallait répondre, c’est la question du Daf. C’est à l’assertion du Daf de la marie proche collaborateur de Khalifa Sall qui, aux inspecteurs généraux d’Etat écrit, qui, seul devant les enquêteurs de la Dic a dit, qui devant M. Khalifa Sall en confrontation, a répété que toutes les pièces qui ont été confectionnées sont fausses. Elles n’étaient destinées qu’à couvrir les faits que moi Daf que j’allais récupérer  les 30 millions que je remettais en mains propres à Khalifa Sall. C’est cela le problème et il n’est pas politique. La question était de répondre au responsable des magasins de la mairie qui a dit alors qu’on lui a posé la question de savoir est-ce que vous recevez chaque mois de 2011 à 2015, la valeur de 15 millions en mil et la valeur de 15 millions en riz. Ce magasinier a dit de 2011 à 2015, il n’a pas reçu un grain de riz ni un grain de mil. C’est un proche collaborateur de M. Khalifa Sall. C’est là où se situe le problème. En outre, alors quand on dit que l’argent a été distribué, d’accord. Si on prend l’argent, on distribue, pourquoi donner en justificatif l’achat de mil et de riz. Le problème se situe à ce niveau. Donc, le sujet était véritablement ailleurs. Le sujet était de répondre au responsable du Gie Tabar. On a dit que c’est le Gie Tabar qui fournissait le riz et le mil. Le responsable principal Tabar du Gie a dit qu’il vend du café touba. Il tire le diable par queue, il n’a rien fourni du tout. Sa sœur qui a occupé plusieurs poste à la mairie de Dakar, qui est assistante à la mairie de Dakar a effectivement dit qu’on n’a jamais rien fourni à la mairie de Dakar. Que toutes les factures produites ont été sur la demande du Daf pour couvrir les montants de 30 millions qu’on prenait par mois et remettait directement au maire.
Vous voyez que donc ici, il devrait s’agir plutôt de justifier le montant d’un milliard 830 millions qu’on a pris des caisses et qu’on ne peut pas justifier. On a tenté une diversion en posant le problème autrement comme quoi, on n’a pas voulu dévoiler les bénéficiaires.

«Je vais saisir le juge d’instruction pour les chefs d’escroquerie portant sur les deniers publics,…»
Je dis devant vous et devant les Sénégalais que plus de 20 questions ont été posées à Khalifa Sall par la Dic. Aucunement il n’a été demandé au maire de Dakar de donner les noms des bénéficiaires. Que le débat ne porte pas sur ça. On n’a jamais demandé à personne de donner les noms des bénéficiaires. Ce qu’on a dit c’est qu’un milliard 830 millions lui ont été remis en main propre par le Daf qui l’a reconnu, et on demande à ce que ça soit justifié. Donc vous voyez bien que là aussi, devant des pièces, devant des justifications fictives devant de l’argent pris du contribuable sénégalais, on a voulu aussi dire que le procureur a été politique. Je termine juste en précisant que les Pv de réception qui mentionnent que du riz et du mil ont été produits. Ce que nie aussi bien le Daf que les magasiniers, les personnes  qui ont co-signé avec Khalifa Sall. Dès la semaine prochaine, je vais saisir le juge d’instruction pour les chefs d’escroquerie portant sur les deniers publics, de détournement de deniers et de faux usage de faux.

«Je ne permettrai plus qu’on invective les magistrats»
La justice sénégalaise nous appartient à tous. Et il ne sert à personne de la discréditer. C’est vrai, c’est un effet de mode. Ce qui se passe en France aujourd’hui c’est le même discours en Espagne. Partout, c’est le même discours et parfois quand même les gens le font avec moins de violence. On injurie, on calomnie, on diffame, je dois dire une chose maintenant, que ça cesse. Je ne vais plus permettre à qui que ce soit de quelque bord qu’il puisse se situer, de continuer à invectiver les magistrats, de continuer à atteindre l’honorabilité des honorables magistrats ou de continuer à jeter le discrédit sur la justice. C’est terminer, il faut que ça cesse.
Pour les dossiers de l’Ofnac, j’avais prévu d’en parler aujourd’hui mais ça allait faire trop, il y a plus d’une dizaine d’affaires. Je les ai distribuées aux membres de la section financière, qui sont en train de les étudier pour faire le rapport qu’il faut. Et très bientôt, je reviendrais  vers vous pour vous en parler en long et en large.»
justin@lequotidien.sn

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