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Pour éviter de nouvelles pénuries d’oignons, l’Autorité de régulation des marchés (Arm) a pris la décision de mettre fin au gel des importations décidé il y a quelques mois pour permettre aux producteurs locaux d’écouler leurs récoltes.

La dernière fête de la Korité s’était déroulée sous une forte pénurie de pommes de terre et d’oignons. Ces dernières semaines, la situation ne s’est guère arrangée et les prix de ces denrées, particulièrement l’oignon, ont fortement grimpé, atteignant 700f le kilo dans certaines régions du pays. Une situation inquiétante à quelques semaines de la Tabaski, et qui a poussé le gendarme du marché agricole sénégalais à battre le rappel de ses troupes. Producteurs et commerçants se sont ainsi réunis hier au siège de l’Agence de régulation des marchés (Arm). A l’issue de la rencontre, les différentes parties sont parvenues à se mettre d’accord sur une levée du gel des importations d’oignons à compter du 16 août prochain. «Sur le marché, on a noté une baisse des stocks qui sont passés de 1 775 à 424 tonnes. Et les prix ne cessent d’augmenter. Dans certaines zones, il n’y a même pas d’oignons. Mais vu que nous sommes dans un cadre partenarial entre producteurs et commerçants, les producteurs avaient demandé un délai de 10 jours pour aller jusqu’au 20 août. Finalement, on a coupé la poire en deux en décidant l’ouverture du marché à partir du 16 août», a expliqué le directeur général de l’Arm M. Amadou Abdoul Sy.
Il faut dire que la situation des stocks d’oignons est assez préoccupante. En effet, explique M. Sy, «les stocks ont beaucoup baissé. Seule la localité de Potou produit actuellement une variété hivernale qui n’est pas stockable». Mais prendre cette décision n’a pas été simple, puisque les producteurs de Potou se sont vivement opposés à la levée du gel. A certains moments, de vifs échanges ont opposé producteurs et commerçants.
Il y a deux jours, les associations de défense des consommateurs, l’Union nationale des consommateurs du Sénégal (Uncs) en l’occurrence, avaient tiré sur la sonnette d’alarme et dénoncé la hausse vertigineuse des prix. L’Uncs proposait alors l’homologation des prix de l’oignon afin que le kilo n’excède pas 400 f et ne soit pas en dessous de 200 f. «A Dakar, on n’a jamais acheté à moins de 200 f le kilo. Alors, quand j’entends des producteurs dire qu’ils ont vendu à 75 f, je me pose des questions», s’est indigné un consumériste. Mais pour le directeur de l’Arm, la question de l’homologation du prix de l’oignon n’est pas si simple. «L’homologation est un long processus qu’on ne peut pas décider en quelques jours. Il y a un décret qui liste les produits soumis à l’homologation et l’oignon n’en fait pas partie», a souligné M. Sy.
Selon les différentes fédérations de producteurs qui ont pris la parole à cette rencontre, la pénurie de cette année s’explique par la mauvaise qualité des semences et des engrais distribués. Il s’y ajoute le problème de l’absence de statistiques fiables pouvant permettre d’avoir une bonne lecture du marché. Paradoxalement, le directeur de l’Arm assure que le Sénégal a atteint l’autosuffisance en oignons. «Si on raisonne en termes de quantité, le Sénégal a atteint l’autosuffisance. Mais vu qu’on n’a pas de magasins de stockage et qu’on a enregistré des pertes post-récoltes importantes, on est obligé d’importer durant 4 à 5 mois dans l’année», souligne M. Sy.
mamewoury@lequotidien.sn

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