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Lorsqu’on s’adonne à une quelconque analyse sans fondement scientifique basée sur une méthodologie appropriée, le risque de tourner en dérision devient alors inéluctable.
En 2016, j’avais déjà écrit : «Au Sénégal, ne doit-on pas s’inquiéter de la surexcitation nerveuse d’habitués de la presse qui s’érigent en donneurs de leçons ? En tout cas, il est fréquent de remarquer des sorties démesurées dont seuls leurs auteurs en connaissent les motivations.»
Le riz, l’arachide et les statistiques agricoles semblent offrir de la matière dans ce sens. L’argu­mentaire avancé est pourtant, et pour la plupart du temps, si faible et les contrevérités à foison.
Ces cris d’orfraie n’ont toujours pas réussi à démotiver les plus Hautes autorités de l’Etat ou les acteurs de terrain et l’engagement politique, au plus haut niveau, pour aller vers l’autosuffisance en riz, met aujourd’hui le Sénégal en exemple à travers le monde entier, fournit de la légitimité à l’ensemble des acteurs et constitue pour eux motivation et satisfaction.
Concernant cette fois-ci Monsieur Saliou Sarr qui récidive, mais en changeant d’arguments, je voudrais tout d’abord, après analyse de son entretien paru dans l’édition du journal Le Quotidien n°4468 de ce samedi 6 janvier 2018, faire constater ce qui suit :
Monsieur Saliou Sarr remet en cause les statistiques agricoles du Sénégal.
Il est bon d’indiquer qu’il n’y a pas de méthodologie proprement et particulièrement spécifique au Sénégal en matière de statistiques agricoles. La méthodologie utilisée dans toute la sous-région du Sahel est unique et acceptée par tous.
Elle est basée sur un échantillonnage tiré sur l’ensemble des ménages issus du dernier recensement général effectué par l’Ansd.
Les résultats issus de l’enquête agricole, effectuée chaque année, sont validés par une mission conjointe composée de Fao/­Cilss/Pam/Fews-Net/ gouvernement du Sénégal.
Les données ne sont considérées comme officielles pour le Sénégal qu’après cette validation internationale, faite par des hommes de l’art.
Il paraîtrait que, pendant cette année 2017, la production de la riziculture pluviale est de 600 mille tonnes, selon Monsieur Saliou Sarr.
Il s’agit là d’une méprise de sa part. En effet, les statistiques fournies par la Dapsa ne sont pas à ce niveau, mais plutôt à 536 mille 131 tonnes de paddy.
Monsieur Saliou Sarr estime que si le Sénégal avait autant augmenté le niveau de production dans la riziculture pluviale, on devrait voir ce riz dans les boutiques du Sénégal. Et d’après lui, il n’en est rien.
On peut relever une double ignorance dans ses propos :
la production du pluvial est prioritairement destinée à l’autoconsommation. Voilà pourquoi il n’existait pas d’équipements de transformation dans les neuf (9) régions (et non 8, comme il le dit).
Depuis 2015, avec l’augmentation de la production, des usines modernes commencent à s’implanter dans ces régions (Kolda, Kédougou, Sédhiou, etc.) et le gouvernement dote les acteurs de batteuses et décortiqueuses.
b) Le surplus de paddy non utilisé dans l’autoconsommation est commercialisé dans ces rizeries et est bien présent dans les boutiques, prioritairement dans celles de ces régions. Un tour à la Fidak, récemment, et à la dernière Fiara devrait vous en donner une idée, car vous y trouverez du riz Ndoucoumane produit et transformé à Kaffrine, du Maromene produit et transformé à Kédougou, du Senrice produit et transformé à Kolda, etc.
Monsieur Saliou Sarr argumente qu’il a constaté au bout de trois années, en 2016, que la double culture n’a pas été atteinte.
L’approche d’anticipation en cours au Ministère de l’agriculture et de l’équipement rural (Maer) a permis, dès la fin 2014, de ne plus fonder les prévisions de production sur de la double culture intégrale dans la Vallée du fleuve Sénégal. Les prévisions qu’il avance ont ainsi été mises de côté et de nouvelles planifications faites : – en 2015, les prévisions étaient : Saison sèche chaude (Ssc) : 54 mille 400 ha contre 60 mille ha pour l’hivernage, en 2016 : les prévisions pour la Ssc étaient de 60 mille ha contre 50 mille ha pour l’hivernage et en 2017, les prévisions étaient de 62 mille 510 ha pour la Ssc et 50 mille ha pour l’hivernage. Ces données n’ont rien à voir avec celles avancées par Mon­sieur Sarr qui continue d’avoir une vision statique de la chose.
Un vrai intellectuel saura que l’on gère un projet de façon itérative et dynamique. C’est en vertu de cette capacité d’adaptation que la riziculture pluviale qui, initialement, devait fournir 40% de la production nationale, a fini par offrir plus.
Les potentialités que Monsieur Saliou Sarr affecte aux régions n’engagent que lui-même, et cela montre à quel point il méconnaît son pays et les innovations technologiques.
A titre d’exemple, il avance que les trois régions de la Casamance ont un potentiel de 146 mille ha.
Il ne sait peut-être pas que la superficie réunie de la Casamance est de 2 millions 846 mille 400 ha et que même en prenant le dixième de cette superficie, l’on se retrouve avec près de 300 mille ha. Les innovations technologiques associées à une bonne pluviométrie font que la riziculture est praticable dans toute la Casamance.
Monsieur Saliou Sarr informe que les régions de Fatick, Kaolack, Kaffrine, Tamba et Kédougou ont un potentiel rizicole de 35 mille ha.
Il faut lui enseigner que la superficie réunie de ces 5 régions est de 8 millions 263 mille 200 ha et la recherche a mis au point des variétés de riz de plateau (diverses Nerica et Arica), des variétés tolérantes à la salinité et/ou résistantes à différent stress (War 77, Tox, etc.) qui autorise la riziculture dans, au moins, le cinquième de ces régions, soit plus d’1 million 600 mille ha.
Monsieur Saliou Sarr pense qu’il suffit de produire pour faire baisser les importations. Ce lien n’est sûrement pas automatique, mais hélas, il ne le sait peut-être pas.
Il est bon de l’informer qu’il n’existe aucun lien de causalité direct et automatique entre ces deux réalités.
Dans l’interview, on nous informe qu’au ministère de l’Agriculture, on parle de problèmes de distribution avec les négociants qui ne veulent pas acheter le riz local.
Il s’agit là d’un gros mensonge qui n’engage que celui qui l’a dit. Au contraire, au ministère de l’Agriculture, on s’était fixé 4 objectifs :
1) faire en sorte que les Sénégalais mangent le riz produit localement. Cet objectif a été atteint à 100% ;
2) faire en sorte que le riz soit produit partout où c’est possible (généralisation des emblavures). Cet objectif a été atteint à 100% :
3) augmenter, année après année, le niveau de production. Cet objectif a été atteint à 100%.
Faire monter le niveau de production de 436 mille 153 tonnes en 2014 à 1 million 600 mille tonnes en 2017. Cet objectif a été atteint à 63,46%.
Cela fait que globalement, sur les quatre objectifs, le taux d’atteinte est de 91%.
La superficie affectée à l’Anambé par Monsieur Saliou Sarr démontre encore son ignorance de son pays. On vous informe une nouvelle fois que le périmètre aménagé de l’Anambé est de 5 000 ha et la totalité n’est pas «rizicultivable».
Monsieur Saliou Sarr pense que le gouvernement ne favorise pas la vraie concertation avec les acteurs et n’accepte pas de voir les véritables contraintes. Il a dû oublier que c’est à la suite de concertations avec l’ensemble des acteurs et connaissant parfaitement les contraintes que les investissements (que lui-même reconnaît avoir été faits) ont été réalisés et les autres en cours de réalisation.
Monsieur Saliou Sarr demande que le Sénégal s’aligne sur les autres pays quant à l’objectif d’autosuffisance en riz. Il faut l’informer que la Coalition pour le développement de la riziculture en Afrique (Card) vient de finir une évaluation des Stratégies nationales de développement de la riziculture (Sndr) avec l’ensemble des acteurs de la filière dans tous les pays engagés dans une politique d’autosuffisance en riz et que le Sénégal est reconnu comme la meilleure référence parmi tous les pays engagés dans ce processus.
Monsieur Saliou Sarr estime que les nouvelles rizeries qui s’installent ont des problèmes de fonds de roulement pour acheter la matière première. Cela ressemble plus à de l’intoxication. En effet, ce constat est curieux, car le ministère de l’Agriculture et de l’équipement rural a mis en place un fonds de commercialisation de 5 milliards non encore épuisé par ces acteurs.
Dans l’interview, l’on insinue que le ministère de l’Agriculture et de l’équipement rural privilégie l’agro-industrie. Il s’agit là d’une véritable contrevérité. Le Maer a toujours affirmé avec force que l’heure n’était pas au choix : les deux systèmes doivent et peuvent coexister. Nous l’invitons à apporter la preuve du contraire, ou de ses allégations.
On nous annonce qu’avec un rendement de 6 tonnes à l’hectare, on serait 3ème au niveau mondial, en citant comme premiers le Japon et les Etats-Unis. Celui qui ne connaît pas son pays, où il vit, ne peut prétendre connaître le monde. La Chine dépasse 6 tonnes à l’hectare, l’Egypte est à plus de 9 tonnes par hectare, etc.
Par ailleurs, les rendements qui classent le Sénégal parmi les meilleurs au monde dépassent, contrairement aux propos de Monsieur Sarr, le périmètre autogéré. Il s’agit de rendements nationaux.
Abordant la question de l’arachide, il faut souligner que l’ensemble des acteurs ont reconnu les performances de cette filière, sauf Monsieur Saliou Sarr. C’est ainsi que la directrice des Opéra­tions de la Banque mondiale pour le Sénégal avait déclaré, lors de l’atelier de validation de la note d’orientation de la filière arachide, ce qui suit : «Les mesures prises ont permis de redresser les performances de la filière arachide qui a souffert de plus de deux décennies de réformes inachevées ; avec la reconstitution du capital semencier et la stabilisation de la production arachidière autour de 1 million de tonnes de production annuelle.»
Cette déclaration montre à suffisance que les performances de cette filière sont visibles et perceptibles par tous les partenaires.
Monsieur Saliou Sarr reconnaît que «depuis 2 ans, on fait des productions supérieures à 1 million de tonnes…», et répondant à la question de savoir si la production est là et suffisante, Monsieur Saliou Sarr dit que «cette année, la production est là. Elle est largement meilleure que l’année dernière, mais ces industriels ont toujours des problèmes d’argent».
Pour revenir sur son argumentaire concernant l’analyse de la production de 2016, il y a lieu de retenir ceci :
Au lieu de 1 million de tonnes comme Monsieur Saliou Sarr l’a affirmé, la production de 2016 était de 945 mille 617 tonnes.
L’analyse de la production nous donne :
300 mille tonnes pour l’autoconsommation ;
15 % de perte post-récolte (norme utilisée pour les légumineuses et par le Cnia) et 125 mille tonnes pour le capital semencier ; ce qui fait au total un cumul de 616 mille 842,1 tonnes et une partie commercialisable de 328 mille 774,9 tonnes.
la collecte totale qui est 398 mille 197,116 T dont 151 mille 845,728 T par les huiliers et 246 mille 351,388 T par les exportateurs.
Nous rappelons que cette répartition est retenue et acceptée par les véritables acteurs de la filière.
Pour cette campagne de commercialisation de l’arachide, l’optimisme est réel, car les bonnes mesures sont prises au moment opportun par Macky Sall, président de la République.

Dr Waly DIOUF
Coordonnateur du Programme national d’autosuffisance en riz (Pnar)

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