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Abdoulaye Baldé à la tête du Conseil économique, social et environnemental ? Une information «totalement fausse», selon Benoit Sambou pour qui le maire de Ziguinchor est un personnage «flou». Dans cet entretien réalisé hier, le président Haut conseil du dialogue des territoires charge l’opposition.

Que vous inspirent les propos de Idrissa Seck sur la Mecque ?
Comme d’habitude, Idrissa Seck a voulu, par des effets d’annonce, s’immiscer dans un débat qui n’est pas le sien. Il a voulu séduire des lobbies étrangers et s’est cassé les dents. Il a joué avec le feu et s’est brulé les doigts. Dans la marche de l’histoire, ce qui est valable ailleurs ne l’est pas au Sénégal. Cette affaire a été très douloureuse pour les communautés religieuses sénégalaises. Chaque citoyen sénégalais s’est senti heurté par ces propos. Il y a eu des appels à l’apaisement. Les politiciens doivent arrêter de jouer avec les sentiments des uns et des autres. Idrissa Seck doit éviter de mélanger religion et politique politicienne. C’est extrêmement sensible. Ailleurs, cela a pu générer des troubles extrêmement graves. Nous saluons la sagesse du discours de nos chefs religieux. Je pense que Idrissa Seck a retenu la leçon.

Avant de demander pardon, Idrissa Seck a publié une lettre d’outre-tombe de sa défunte mère pour accuser le Président Macky Sall d’utiliser Serigne Mbaye Sy contre lui…
Idrissa Seck ne respecte même pas sa défunte mère. Ça l’engage. J’ai beaucoup de respect pour nos défunts. La seule chose que nous pouvons faire pour nos morts, c’est de prier pour eux.

Est-ce que vous pouvez confirmer que le prochain président du Conseil économique, social et environnemental sera Abdoulaye Baldé ?
(Rires) Cette information est totalement fausse. Il n’a jamais été question pour le président de la République de promettre quoi que ce soit à Abdoulaye Baldé.

Abdoulaye Baldé négocie-t-il avec le président de la République ?
Ecoutez, les relations entre Abdoulaye Baldé et le président de la République ne datent pas d’aujourd’hui. Le Président Sall parle avec tout le monde, même avec toute l’opposition. Les informations relayées dans la presse sur l’éventuelle promesse de faire de Abdoulaye Baldé, président du Cese, participent des manœuvres de leurs auteurs ou de ceux qui y ont intérêt. Je pense que cela permet à certains d’exister dans l’esprit de l’opinion, pour donner l’impression qu’ils sont très importants dans leur coalition. Vous savez, le parti de Modou Diagne Fada a pris langue avec le Président Macky Sall. Peut-être que d’autres coalitions souhaiteraient se donner de l’importance. Peut-être aussi que cette information tend à éviter la disparition du parti de Abdoulaye Baldé, dont la démarche ne fait plus l’unanimité au sein de son parti l’Ucs. Des grands responsables sont en train de le quitter, notamment à Ziguinchor. Et puis, personne ne comprend la position de Baldé et ses options politiques. Il maintient un flou total. On ne sait pas dans quel camp il se situe, entre l’opposition et le pouvoir. Sa position hybride rend incompréhensible sa démarche. Ce que je peux dire, c’est que le Président ne démarche pas Abdoulaye Baldé. D’ailleurs, les émoluments des institutions sont fixés par la loi. Donc, Macky ne peut pas négocier en fixant un salaire. Deuxièmement, Mme Aminata Tall est toujours la présidente du Conseil économique, social et environnemental, et tout le monde connait le respect que le Président voue à cette dame. Macky ne saurait être aussi déloyal jusqu’à négocier avec Baldé sur le dos de Aminata Tall.

Vous êtes pour que Aminata Tall rempile à la tête du Cese ?
Je ne suis pas dans l’esprit du président de la République. Mais, je sais qu’il y a des choses qu’il ne fera jamais parce que c’est un homme loyal. C’est un homme qui a du respect pour ses camarades de parti et ses partenaires politiques.

Vous semblez dire que ces informations sont véhiculées par Abdoulaye Baldé ?
Je ne le dis pas. Je parle de ceux qui ont sorti cette information et ceux qui pourraient en profiter. J’ai d’excellents rapports avec Abdoulaye Baldé. Je lui ai tendu la main en 2014 avant les élections locales, sur la vision du président de la République qui nécessite que tous les hommes politiques de la Casamance se donnent la main. Mais depuis 2012, nous l’avons battu à toutes les élections sauf aux Locales de 2014. Lors des élections du Haut conseil, on l’a soutenu contre une frange de son parti en dissidence. Le président de la République est en train de faire d’excellentes choses dans la région et Abdoulaye Baldé l’a reconnu. Il y a le désenclavement, la Rn6… La logique voudrait qu’il accompagne le Président dans la réalisation de ses actions. Il sait qu’il ne peut pas battre le président de la République, ni sur le plan national ni sur le plan local. S’il accepte de venir avec le Président, c’est tant mieux et il n’y aura plus d’élections à Ziguinchor. S’il ne vient pas, il sera battu. Pour le reste, ce n’est pas à moi de dicter au Président les choix à faire pour les institutions. La présidence du Cese n’est pas d’actualité. C’est une de nos camarades de parti qui gère cette institution.

Dans les concertations annoncées sur le pétrole et le gaz, l’opposition pose comme condition de participation, la publication de tous les contrats depuis 2012 et la déclassification du rapport de l’Ige sur Petro Tim…

Ce n’est plus une exigence, les accords sont sur internet.

Mais le rapport sur Petro Tim n’est pas déclassifié…
Ecoutez, il faut que chacun joue son rôle. Un rapport de l’Ige est destiné à une seule personne : le président de la République. C’est la Constitution et la loi qui lui donnent cette prérogative. Cela ne doit pas être une condition pour participer à un débat national sur la gestion des ressources du pays. S’il y a une nébuleuse, la vérité va éclater un jour. Mais jusqu’à preuve du contraire, tout est transparent. Cette frange de l’opposition qui a choisi la politique de la chaise vide et le boycott permanent, surfe sur le nihilisme total. Mais d’autres citoyens iront à ce dialogue. Pourtant, ces gens qui sont dans cette opposition radicale échangent par d’autres voies avec le président de la Répu­blique.

Qui sont ces opposants ?
Tous !

Idrissa Seck par exemple parle avec Macky Sall en privé ?
Je dis tous. Je ne peux pas vous citer des noms.

C’est une grave révélation que vous faites…
Tous ces gens discutent avec le Président sur des affaires de la République. Je veux dire que le président de la République a comme rôle d’être en contact avec toutes les franges de la population.

Il dialogue donc avec ces opposants en privé ?
D’une manière ou d’une autre. Un dialogue ne se fait pas toujours devant les caméras. Ce que je déplore, c’est que les opposants ne parlent pas de programmes.

Malick Gakou a présenté son programme à 10 mois de l’élection et intitulé Programme alternatif suxali senegaal…
A part faire du dilatoire, je n’ai pas vu une vision. Et les autres ? Idrissa Seck a comme projet de changer l’hymne national. Parlons de projets ! Ce que Macky Sall a fait dans ce pays en six ans, c’est pratiquement révolutionnaire. L’opposition n’est que dans l’invective, la calomnie et la désinformation. Pour avoir été un opposant farouche au régime de Wade, je peux dire que nous avons l’opposition la plus nulle l’histoire du Sénégal. Cette opposition est sans proposition. Le boycott n’a jamais été une arme efficace. S’ils espèrent bloquer la marche du pays et des institutions, ils se trompent.

Vous êtes un des plénipotentiaires de la majorité dans les concertations sur le processus électoral, où en êtes-vous avec la caution à la Présidentielle ?
Pour la caution, le ministre de l’Intérieur va convoquer les partis politiques pour fixer le montant. Mais toutes les parties sont favorables à une baisse de cette caution. Nous sommes à 8 mois des élections, la Commission ad hoc sur le parrainage a pratiquement terminé son travail. Le rôle de la commission, c’était de modifier certains articles de la loi électorale pour les rendre conformes à la Constitution. Le travail est pratiquement fini. Des membres de la commission ont effectué des missions dans des pays qui pratiquent le parrainage, notamment au Cap-Vert, en Pologne, pour s’imprégner des expériences des autres pays. La Commission ad hoc s’attache même les services des députés. La majorité et les non-inscrits y ont des représentants.

A 8 mois de la Prési­dentielle, il y a des fortes divergences entre responsables de l’Apr. Le danger pour le Président Sall en 2019 ne viendrait-il pas de son parti ?
L’Apr est un grand parti. Comme tous les partis de masse, le débat est démocratique et posé. La réélection du Président ne devrait pas poser problème sauf si les responsables de l’Apr font que les populations n’apprécient pas de manière positive ce qui a été fait.

Est-ce le cas actuellement ?
Je ne sais pas. Mais je lance un appel pour que puissions rester concentrés sur l’objectif qui est de réélire le Président Sall au premier tour. L’Apr ne doit pas participer au brouillage du message du président de la Répu­blique.

Des Sénégalais ont demandé au président de la République de présenter ses excuses suite à ses propos sur la colonisation. Selon vous, Macky Sall doit-il sacrifier à un tel acte ?
Les propos du président de la République ont été sortis de leur contexte. Il n’a pas parlé de la colonisation, il a donné une illustration dans les rapports séculiers que Français et Sénégalais entretenaient. Pourquoi doit-il s’excuser ? Au nom de quoi ? Et s’excuser devant qui ?

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