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Alors que l’Acte 3 de la décentralisation qu’il a tant honni est toujours en œuvre, le maire de Dakar, Khalifa Ababacar Sall, a trouvé le moyen d’augmenter ses recettes et de gonfler son budget grâce à la fiscalité municipale. Ce qui lui permet de penser un peu à lui-même et à ses proches collaborateurs.

Le maire de Dakar Khalifa Ababacar Sall a reçu un satisfecit des auditeurs de l’Armp pour son respect des procédures de passation des marchés. Et dans l’océan de non-transparence qui berce les marchés publics de ce pays, cela est assurément une bonne chose. Néanmoins, on se rend compte parfois, comme en parcourant le budget 2017 voté par le Conseil municipal de Dakar, que ladite transparence ne s’applique pas dans toutes les matières, et surtout ne rime pas du tout avec gestion en bon père de famille.
En effet, si l’on ne peut que se féliciter de ce que le maire de Dakar ait pu réaliser un budget de 66 milliards 673 millions 046 mille 026 francs Cfa, on ne peut manquer de s’interroger sur la prouesse qui a permis de réaliser ce résultat. Personne n’oublie qu’en 2015, quand son budget était tombé d’une année à l’autre de 59 à 41 milliards, le maire ne s’était pas empêché de déclaré aux médias que «le budget de la Ville ne pouvait que baisser et il va continuer à baisser, car l’Acte 3 de la décentralisation ne nous permet plus de faire des recettes…» Et même si l’année dernière les recettes avaient connu un certain rebond, tout le monde avait toujours en tête cette déclaration de l’édile de la Ville de Dakar.
Or, sans que la Ville de Dakar n’ait eu à recourir à des donations extérieures ou à un prêt extraordinaire, ses recettes municipales devraient lui rapporter près de 41 milliards de Cfa, dont 35 milliards en impôts locaux, tandis que sous la rubrique «Investissement», la mairie a pu capitaliser des «Excédents de fonctionnement capitalisés» de près de 20 milliards de francs Cfa. Ce qui fait que, dans l’ensemble, pour le budget du premier maire de la ville, les apports extérieurs sont constitués d’un fonds de dotation de 2,1 milliards de francs et d’un emprunt de 1,9 milliard. A l’échelle des recettes totales, rien d’extraordinaire. C’est même moins que les 2,2 milliards que lui rapporte la taxe sur les ordures ménagères.
Pourrait-on donc s’attendre à ce que notre maire revienne sur ses déclarations antérieures et reconnaisse que l’Acte 3 de la décentralisation n’empêche pas la Ville de faire des recettes, et donc ne bloque pas nécessairement ses projets ? Il faudrait aussi rappeler que du fait du fameux Acte 3, la Ville de Dakar a pu dégraisser une partie de son personnel, et donc réduire ses charges. S’il a perdu, selon des sources internes, près de 8 milliards de recettes fiscales, il a par ailleurs pu faire près de 4 milliards d’économies, avec les salaires économisés.

80 millions pour la voiture du maire
L’autre interrogation que suscite le budget de la ville porte sur sa destination. Il est assez ex­traordinaire pour un citoyen de la ville de lire que notre Pre­mier magistrat ambitionne de s’acheter une voiture de… Qua­tre-vingt millions (80.000.­000) de francs Cfa, au moment où il se plaint de la raréfaction des ressources budgétaires. Et l’on ne peut s’empêcher de penser que pour éviter toute récrimination, il a songé à doter ses conseillers mu­ni­cipaux de véhicules pour un montant global de 379 millions 984 mille 800 Cfa. Interpellée sur ce point, l’adjointe au maire, Mme Wardini, répliquera que «cette dépense avait été votée depuis le premier mandat du maire, mais on avait jugé que ce n’était pas opportun en ce moment de l’effectuer. Entre-temps, on s’est rendu compte que les anciens véhicules des con­seillers n’étaient pas aussi solides que cela et qu’il fallait changer». A chacun de juger. Et pour le véhicule du maire, un membre du Cabinet dira qu’il sera lancé un appel d’offres et que «le véhicule retenu pourrait même, peut-être, coûter moins que ce montant». Il n’empêche que 80 millions de francs ont été dégagés pour ce «besoin» d’un maire qui a déjà d’autres véhicules à sa disposition. De même que lesdits conseillers municipaux, dont la majorité est constituée par ailleurs de maires de communes d’arrondissement et disposant d’un véhicule de fonction.

1,3 million de carburant par jour
Et pour faire bonne mesure, la mairie a dégagé 500 millions de francs Cfa pour le carburant de ses véhicules. Le périmètre de la Ville de Dakar ne comprend ni Pikine ni Guédiawaye. Donc, un véhicule de la mairie ne pourrait, pour les besoins du service, circuler que jusqu’à la limite des Parcelles Assainies, par exemple. Un observateur a fait remarquer que les 500 millions de francs votés représentent environ 1 million 369 mille francs Cfa de carburant par jour. Pour quelles courses et pour combien de véhicules ?
Les collaborateurs du maire ont tenté de relativiser que le carburant voté servait aussi parfois aux Forces de police. «Quand on les sollicite pour une intervention, il faut leur donner du carburant», assure Mme Wardini, tandis que M. Touré complète en déclarant que la mairie dispose d’un «parc de véhicules très impressionnant et tous en état de circuler». Cela n’a pas empêché que le maire cherche à acquérir un autre véhicule.
Et on se demande même quand est-ce qu’il pourrait l’utiliser, car Khalifa Sall semble être un maire globe-trotter. La preuve, il a fait dégager du budget 100 millions de Cfa en frais de mission. Sans doute, à répartir avec ses collaborateurs, imagine-t-on.
Une chose qu’il n’oublie pas non plus, c’est de servir les indigents (850 millions), les sinistrés, même si on se demande lesquels pour cette année (20 millions), les Asc de la ville (350 millions), ou les lieux de culte (200 millions). Certains Daka­rois qui ont pris le temps de faire les calculs ont estimé qu’à raison de 20 mille Cfa remis à chaque indigent, Khalifa Sall allait servir près de 20 mille personnes. En cette année de Législatives, cela constitue donc un vivier non négligeable.
mgueye@lequotidien.sn 

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