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Cheikh Bakhoum n’est pas avare en piques envers l’opposition. Le directeur général de l’Agence de l’informatique de l’Etat (Adie) n’appréhende pas une éventuelle cohabitation pour les prochaines Législatives. Sur Mimi Touré, exilée à Kaolack, le jeune Apériste de Grand-Yoff, souligne dans cet entretien réalisé au siège de l’Adie au Technopole, que l’ancien Premier ministre «n’était pas un élément déterminant» dans les succès de l’Apr dans la commune.

Quelle lecture faites-vous de la démission de Mamadou Ndoye de la tête de la Ld, un parti membre de la coalition Benno bokk yaakaar ?
Nous avons appris comme tout le monde à travers la presse la démission du secrétaire général de la Ld. On a aussi écouté une communication du porte-parole de la Ld qui a confirmé l’information, précisant que c’est Nicolas Ndiaye qui gère l’intérim du secrétaire général de la Ld. A part ce fait, il n’y a aucun commentaire officiel sur les raisons du départ de Mamadou Ndoye de la part de la Ld qui est un parti souverain. Est-ce qu’il était favorable à ce que la Ld aille seule aux Législatives, je ne sais pas.

Est-ce que la coalition Benno bokk yaakaar est en train de diviser les partis ?
Les partis sont souverains, ont des instances et décident. Ceux qui sont avec nous sont majoritaires au sein de leurs partis. Donc, la présence de ces partis dans la coalition est une suite logique parce qu’ils exercent le pouvoir avec l’Alliance pour la République.

Aujourd’hui c’est la Ld, avant c’était le Parti socialiste avec Khalifa Sall et l’Afp avec Malick Gakou. Est-ce que ce Benno ne fait pas uniquement les affaires de l’Apr au détriment des autres partis ?
On ne peut pas vouloir une chose et son contraire. On ne peut pas être dans un pouvoir et à la veille d’une élection dire qu’on n’y est plus. Aujourd’hui, force est de constater que depuis plus de 5 ans, le Ps, l’Afp et les autres sont avec nous en train de gérer le pouvoir. Donc la logique voudrait qu’on conforte cette majorité, qu’on aille ensemble pour ces prochaines Législatives qui doivent donner une large majorité au président de la République pour gouverner ce pays correctement.

Pourtant Khalifa Sall et ses amis au sein du Ps comptent présenter une liste…
Je pense qu’ils ne devraient plus faire partie du Parti socialiste. Khalifa ne devrait plus militer au niveau du Ps comme Gakou l’avait fait à l’Afp. On ne peut pas comprendre que des instances se réunissent, fassent des choix et que quelqu’un passe outre. Khalifa Sall, s’il est conséquent avec sa démarche, devrait quitter le Ps.

Est-ce que ce n’est finalement pas cela qui lui vaut un emprisonnement avec l’affaire de la caisse d’avance ?
On doit faire la part des choses. Le temps de la Justice n’est pas celui de la politique. Vouloir lier systématiquement, chaque fois qu’un opposant est arrêté, le fait que sa position n’est pas en phase avec celle du gouvernement ou du président de la République, est exagéré. Qu’on soit de l’opposition ou du pouvoir en termes de gestion ou d’administration des affaires publiques, il y a des normes à respecter. Donc à ce niveau, Khalifa s’il est vraiment clean, le droit sera dit lors de son procès. Mais il y a de forts soupçons. Une caisse d’avance dans l’administration, nous savons tous de quoi il s’agit. L’assimiler à des fonds politiques, c’est prendre les Sénégalais pour ce qu’ils ne sont pas. Il a intérêt, en tant que responsable et haut dirigeant de ce pays à clarifier cette affaire.

Sauf que cette arrestation survient à quelques mois des Législatives mais aussi après l’annonce qu’il a faite de présenter une liste. Cela ne renforce pas l’idée d’une peur que le pouvoir entretiendrait face à lui ?
Pas du tout. Le véritable problème est qu’il a géré cette caisse d’avance comme des fonds politiques. On se demande pourquoi on n’a pas agi depuis très longtemps. Maintenant, le temps de la Justice est différent de celui de la politique. Si on se fie à ce que l’Ige a dit dans son rapport, Khalifa Sall doit se retrouver là où il est aujourd’hui, même si on ne souhaite à personne la prison. Surtout que c’est un Grand-Yoffois comme moi.

Pourtant, l’Ofnac a épinglé le directeur du Coud, le directeur de la Poste qui sont tous responsables à l’Apr…   
L’Ofnac a transmis ces dossiers au procureur. Maintenant, tous les gestionnaires de ce pays doivent rendre compte. La Justice doit faire son travail. S’il y a des rapports qui sont sur la table de la justice, le procureur doit instruire. Je ne crois pas qu’il y ait une justice sélective qui protège des gens au détriment d’autres. Je crois en notre justice.

Avec le traitement de cette affaire, beaucoup estiment que le président de la République veut liquider un adversaire politique ?
Le Président n’est pas dans cette démarche. Macky Sall est un démocrate qui connait la compétition. Il sait comment gagner des élections. Il gagnait lorsqu’il était au pouvoir parce qu’il faut rappeler qu’en 2007, c’est lui qui était le directeur de campagne de Wade. Ce n’était pas évident mais il a su dérouler une stratégie pour faire réélire le Président Wade en menant une campagne partout dans le pays. On parle même de djinns qui auraient voté. C’est lui qui a fait ce travail. Macky Sall a fait à peu près la même chose en 2012, alors qu’il était opposant. Donc ce n’est pas en liquidant telle ou telle personne qu’on va forcément gagner. Abdoulaye Wade en a liquidé beaucoup mais est-ce qu’au finish il a gagné ? Non. Pour Khalifa Sall, je ne vois pas comment il pourrait inquiéter le président de la République dans une quelconque élection.

Même s’il contrôle la capitale depuis 2014 ?
Vous parlez des élections locales de 2014. Sur ce plan, il a gagné dans le département mais il faut aussi dire qu’au niveau régional, Khalifa Sall ne fait pas le poids. Au niveau de Pikine et Guédiawaye c’est l’Apr. Sur les 4 départements de la région de Dakar, les 3 sont contrôlés par la majorité. Mais si on regarde les élections où le président de la République a été l’élément central, en 2012 avec l’élection présidentielle, Macky Sall est arrivé premier même dans la commune de Grand Yoff, fief de Khalifa Sall. Au référendum, c’était la même chose. Khalifa était le chef de file du courant du Non. Vous avez parlé de l’emprisonnement d’opposants qui généraient le Président. Karim Wade ne peut pas gagner un bureau de vote au Point E. Ousmane Sonko est un fonctionnaire qui découvre la politique. Durant les 12 ans du Président Wade, je ne l’ai jamais entendu dénoncer quoi que ce soit malgré tous les scandales entre 2000 et 2012. Khalifa Sall au-delà du département de Dakar, il est très rare voire difficile de lui trouver un partisan. Je pense que leurs démêlés judiciaires leur ont donné beaucoup plus d’aura. Ils n’ont pas fait le travail politique pour pouvoir demain gérer le pays. Ni leur parcours en politique, ni  dans l’administration ne permettent aux Sénégalais de leur faire confiance.

A Grand Yoff, l’exil de Mimi Touré vers Kaolack ne constitue-t-il un vide pour l’Apr?
Le départ de Mimi Touré ne constitue pas un vide. Nous continuons le travail entamé depuis 2009. L’Apr existe depuis 2009. Il y a eu les élections locales où l’Apr avait 4 conseillers municipaux. On a connu la Présidentielle où l’Apr est sortie première dans cette commune. Aux Législatives, c’est la même chose. Je ne pense pas que Mimi Touré ait été l’élément déterminant dans ces succès. Je pense même que ces élections étaient antérieures à sa venue.

Vous semblez minimiser son apport ?
Minimiser, je ne le dirais pas parce que chaque responsable est important. Mais on est dans une dynamique de renforcer l’équipe qui est sur place pour gagner les prochaines élections. Son départ à Kaolack s’explique par les attaches qu’elle a sur place. Je pense que c’est une décision motivée également par un souci de relever d’autres défis dans cette importante région.

Est-ce que vous travaillez avec le député Abdoulaye Ndiaye et Adama Faye ?
Oui, on travaille avec le député Abdoulaye Ndiaye et le camarade Adama Faye et avec tous les autres responsables du parti à Grand-Yoff.

Aliou Sall et Abdoulaye Thimbo, deux membres de la famille du Président Sall, ont décidé de renoncer à leur investiture pour les prochaines Législatives. Qu’est-ce que vous en pensez ?
C’est une bonne décision du président de la République de balayer un certain nombre de rumeurs. Des membres de l’opposition prêtaient à Aliou Sall des ambitions de diriger l’Assemblée nationale mais également pour remplacer le président de la République. Ce sont des balivernes. Des rumeurs infondées. Mieux vaut ne pas laisser l’opposition surfer sur ces fausses informations. Je pense que ces responsables sont méritants. Ils ont fait du travail dans l’Apr. Qu’on leur fasse abandonner ces ambitions sur la base de telles considérations de l’opposition, c’est assez dur. Mais c’est pour l’intérêt du parti et de la mouvance présidentielle.

Vous semblez redouter une cohabitation qui commence à prendre forme dans l’esprit de certains Sénégalais surtout que l’ex Président, Abdoulaye Wade n’exclut pas d’être la tête de liste de l’opposition?
Je considère quand même que l’ancien président Wade incarne le passé. En tout cas, je ne pense très sincèrement pas à une cohabitation. Ce sentiment est motivé par la composition actuelle de l’opposition, mais aussi au fait le Sénégal n’a jamais connu une telle situation. Une cohabitation, cela veut dire que le pays sera bloqué pendant 2 ans.

Au moment où l’opposition parle de liste unique, l’Apr est minée par une guéguerre de positionnement entre Diouf Sarr et Amadou Bâ pour diriger la liste dans le département de Dakar.
Je pense qu’il faut le comprendre dans un contexte qu’on est dans un parti au pouvoir. Chacun a ses ambitions qui sont légitimes. Au bout un choix sera fait. Il y aura un leadership qui se dégagera mais tout le monde devra travailler dans la dynamique de la victoire. Le parti va en discuter. Il nous faut un bon animateur et un bon directeur de campagne. Bref, il nous faut une bonne équipe qui pourra faire le tour des 19 communes.
D’après vous qui a le meilleur profil entre Diouf Sarr et Amadou Ba ?
(Rires)… Question difficile ! Je ne pose pas le débat comme ça. Je dirais, quelle équipe pour nous faire gagner ? Personne n’a le droit de nous faire perdre. Ce serait dangereux de circonscrire l’Apr à Dakar entre Amadou Bâ et Diouf Sarr. Ce serait même frustrer les autres responsables qui pourraient avoir les mêmes ambitions.

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