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Cette année, on vous raconte les mille et un éclats des cheveux flashy de l’été. Tout y passe : Cheveux verts, bleus, roses, orange, jaunes, violets ou rouges. La capitale sénégalaise est sous le charme de cette nouvelle mode qui donne à ces jeunes filles l’image de pin-up. Dans une société faussement conservatrice, elles doivent affronter les regards moqueurs et inquisiteurs en affirmant ce pan de leur personnalité rebelle, mais elles n’en ont cure. Cet été, le dégradé, les cheveux flashy, avec en «must» la combinaison de la couleur de vos cheveux avec celle des ongles et des maillots de bain…

Il est impossible de rater la tête de cette jeune fille aux cheveux blonds. Avec son joli minois et ses airs de pin-up, elle attire les regards enchantés de la rue. Et moqueurs d’une société faussement conservatrice. Depuis quelques mois, des jeunes filles de la capitale sénégalaise se délectent de cette tendance de cheveux colorés ou flashy. Mode, tendance ? Ou il s’agit d’un moyen d’échapper à cette chaleur étouffante qui sévit en cette période d’hivernage. Vêtue d’une robe très courte et transparente, montrant son maillot de bain de couleur rose, cheveux blonds, Mamyco Fall, retrouvée à la plage, a une explication simple de cette nouvelle tendance : «On est en été et c’est ça la tendance de cette année, il fait vraiment chaud. Donc, on ne peut pas tout le temps mettre des greffages et autre, et c’est pourquoi j’ai mis une teinture. Mais parfois les gens disent que c’est vulgaire», raconte cette jeune étudiante en Licence 2 en marketing et communication. Elle est consciente des regards moqueurs et des jugements de valeurs. Elle dit : «La semaine passée, je me suis rendue dans un lieu où il n’y avait que des autorités. Et un gars me regardait bizarrement. Mais c’est quand j’ai pris la parole qu’il s’est rendu compte que je ne suis pas ces filles qu’il croyait. Et c’est cela qui l’a motivé à me recevoir. Mais quand j’y suis retournée pour la deuxième fois, j’ai mis une perruque.» Il faut savoir que cette tendance vient des Suicide Girls, un groupe de mannequins aux poses dénudées et couleurs de cheveux provocantes, créé à Portland dans l’Oregon (Etats-Unis). Selon Wikipedia, Suicide Girls est à la fois une marque et une entreprise qui se définit comme une communauté de femmes (et d’hommes) partageant un même idéal de vie qui combine le do it yourself (faites-le vous même) de la culture underground et une vision positive de la sexualité. Alors que le terme lui-même semble désigner une attitude de «suicide social» par le non-respect des conventions, le projet revisite les pin-up des années 1950 et l’entreprise play-boy dans une version féministe d’aujourd’hui : il s’agit de montrer des femmes réelles dans leur diversité et d’être une alternative à l’obsession des médias pour les poupées Barbie siliconées ou les starlettes faméliques.
A Dakar, on ne s’embrasse pas de cette histoire de mode. En ce jour de l’été dakarois, une vague de jeunes filles a pris d’assaut la plage léchée par les eaux déversées par une mer en furie. Mamyco Fall se délecte de son nouveau look. «J’ai laissé ma tête comme ça juste pour le fun et voilà, relax quoi.» En cette période de vacances, tous les moyens sont bons pour paraître sexy et charmante à l’image de l’usage massif des rouges à lèvre, de couleur meuve, bleu, noir. Bien sûr, c’est le succès de cette mode à Dakar, avec en «must» la combinaison de la couleur de vos cheveux avec celle de vos ongles… Une fille : «Chacun a sa philosophie, celles qui le font c’est parce qu’elles le sentent. Les poses-ongles, c’est l’été qui l’exige. Vous voyez, je les ai coloriées en rose pour les marier avec mon maillot de bain et tout ce que l’on fait pour être belle en tant que femme on le fait.» En écho, Mariame Laye Kandji, vendeuse de «fataya», la quarantaine révolue, trouvée assise sur une chaise en train de mouler la farine pour les besoins de son business, dénonce : «Ce n’est pas joli à voir, surtout si c’est une fille qui le fait. C’est un peu vulgaire. Même si c’est à la mode.» Elle est corrigée par sa fille, Salimata Gning, qui a du mal à s’accommoder de ce discours «rétrograde». Elle dit : «Mais maman aussi, c’est l’été qui l’exige, c’est à la mode et c’est très joli.» Convaincue par ses mots, elle acquiesce : «Rafeet na mom (Ndlr : c’est joli), mais ce n’est pas pour la femme. Elle qui vous parle (sa fille), elle s’est rasée la tête trois fois.» La petite consent : «C’est vrai je me suis rasée la tête 3 fois, mais moi je le fais parce que j’ai peur de me tresser. Que chacun fasse ce qu’il sent ! Mais c’est juste joli.» Mais il lui faut avoir des arguments solides pour convaincre un papa rigoureux sur le respect de certaines valeurs. «Comme mon père est un peu compliqué, je vais le voir pour lui dire que j’ai des poux avant de me raser la tête», détaille Salimata Gning dont les échos de la voix se mêlent aux cris frénétiques des jeunes qui profitent de la générosité du grand bleu.

«C’est charmant et sexy»
Etudiante en Licence 3, Mariama Camara, cheveux dégradés et teints en blond, se moque des réactions. Au con­traire, elle s’en délecte. «C’est juste pour qu’on me remarque immédiatement quand je vais quelque part. Pour certaines de mes copines, c’est vulgaire, mais moi je me trouve chic et je le kiffe grave. Je me comporte ici comme Rihanna se comporte aux Etats-Unis. Là où elle passe, elle laisse des traces et je suis comme elle, je suis la Rihanna du Sénégal», explique-t-elle dans un éclat de rire. N’étant pas des couleurs naturelles, elles demandent plusieurs étapes. Tout d’abord, une décoloration complète des cheveux, un procédé chimique qui peut être agressif. Ensuite, plusieurs couches de couleurs vives pour atteindre le rendu explosif. Autant dire qu’après cela, les traitements et hydratants sont de mise si on ne veut pas détruire son capital capillaire. Finalement, elles ont besoin de quelques instants pour obtenir la couleur escomptée. Sémil­lante dans sa mini-jupe, dans son débardeur qui laissait entrevoir ses seins, Mlle Camara explique le procédé pour éviter de détruire ses cheveux, en utilisant des produits sans ammoniaque. Elle étale : «J’utilise tout simplement un izoplus (produit pour fixer les cheveux) pour garder l’éclat et cela permet de fixer la coiffure pendant des semaines sans problème.»

Les mille et
un éclats des
cheveux flashy
Loin de cette race de jeunes filles, victimes de la mode, on entend des voix récalcitrantes, résilientes à une ouverture aux influences étrangères. «Hier, j’ai vu une fille qui s’est fait raser la tête et cela m’a vraiment plu et je le disais à une copine. C’est joli quand je vois une fille dans ce style-là. Mais je n’aime pas, parce que j’aime les cheveux longs. Surtout quand on est femme mariée, on ne peut pas se permettre de faire certaines choses», dit Dieynaba Mbodj, mariée et mère de 2 enfants. Vivant à Grand-Yoff avec son mari, elle voue aux gémonies cette tendance : «Je ne le conseille à personne. J’ai plusieurs copines qui se coiffent de la sorte quand l’été approche. Et le pire est que si vous avez l’habitude de le faire, vos cheveux ne vont plus pousser comme il le faut. Parce que  vous êtes plus à l’aise sans les cheveux, et rien ne vous dérange. Alors que quand vous avez les cheveux longs, vous êtes toujours là à vouloir vous tresser, s’occuper de la tête etc. Mais quand vous vous coupez les cheveux et que vous les coloriez selon votre goût, vous aurez cette habitude-là de vouloir les couper à tout moment.» Aïcha Ba, qui nage encore dans son adolescence, refuse de succomber à cette mode occidentale. «Ce qu’elles montrent et ce qu’elles vivent sont diamétralement opposés. Parce que quand l’été arrive, on se comporte tous comme des toubabs. Mais je n’aime pas ça, il faut qu’elles croient en elles-mêmes», peste Mlle Ba. Elle renchérit en donnant des leçons de morale : «Je comprends ces femmes-là qui coupent leurs cheveux, parce qu’elles doivent faire un traitement, mais pas pour se faire belles ou parce que dans notre culture, se raser la tête est une affaire d’hommes. Ce style-là que l’on voit le plus souvent dernièrement, le dégradé ou je ne sais quoi, ce n’est vraiment pas joli. Quand on imite, il faut le faire dans le bon sens, imiter les gens biens. Il ne faut pas dire que c’est ça qui est à la mode et je vais le faire, non. Parce qu’une fille doit être digne et respectueuse.» Vivant à Thiaroye-Azur, Zeyna Bop n’a pas encore franchi le cap, mais est tentée par le changement capillaire. Et elle relativise : «Il y a ceux qui y voient un aspect positif et d’autres un aspect négatif. Mais si j’avais la permission de mes parents, j’allais me faire raser la tête, car j’ai peur de me tresser. Et c’est très joli franchement. En plus avec cette chaleur, beaucoup ne supportent pas les mèches, les greffages etc. Et si elles ont la tête rasée ou dégradée pendant la période de fraîcheur, elles auront la possibilité de mettre les mèches et les perruques. Il faut comprendre aussi que tout est question de période.» Oui semble dire Mina Ly Souaré, domiciliée à Guédiawaye, qui parle de question de goût et d’envie. «Certaines se rasent la tête parce qu’il fait chaud. D’autres le font parce qu’en général pendant l’été, c’est le crâne rasé ou le dégradé qui est à la mode. Certaines se rasent la tête parce qu’elles n’ont pas de chevelure, d’autres parce que ce look les plaît, voilà. Certaines sont enchantées par la teinture et elles y mettent la couleur qui leur plaît», argumente-t-elle. Poursuivant, elle estime qu’il «y a celles qui veulent se trouver un style et être à la mode qui le font. Mais quand elles doivent sortir, elles mettent des perruques. Donc en quelque sorte, c’est un choix de se couper les cheveux. Si on voit bien dans Dakar, presque toutes les filles se sont rasées la tête.» Elle termine : «Vous êtes à l’aise avec cette chaleur la tête rasée, maintenant c’est à vous de choisir si vous allez faire une teinture ou des boules.»

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