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Keneen «L‘Autre», du réalisateur Cheikh Diallo projeté au dernier Fespaco dans la catégorie Panaroma long métrage fiction, effectuera sa sortie nationale ce soir à 18h 30 au Théâtre national Daniel Sorano. Le jeune réalisateur, qui dit vouloir offrir un nouveau type de cinéma au public, parle de son œuvre et annonce son prochain film dont le héros sera Blaise Diagne, premier député africain élu à la Chambre des députés française.

Keneen, le premier long-métrage du jeune réalisateur Cheikh Diallo sera projeté ce soir à 18h 30 au Théâtre national Daniel Sorano. Après avoir représenté le Sénégal au dernier Fespaco, Cheikh Diallo a décidé de faire une sortie nationale afin de mieux faire connaître cette œuvre de suspense, réalisée sous forme d’une enquête criminelle. Le film raconte en effet, l’histoire d’une jeune femme qu’on retrouve morte dans sa chambre, un caméscope braqué sur le lit. «On commence à se demander : comment elle est morte ? Qui l’a tuée ? Et puis ça nous entraine dans une enquête criminelle», mentionne Cheikh Diallo de passage hier au journal Le Quotidien. Le jeune réalisateur, qui a fait jouer son épouse dans ce film, confie y aborder un fait de société : «L’amant inculte.» Mais Keneen c’est surtout un long métrage de fiction qui pousse la réflexion autour de choses mystiques de la vie.
«En suivant ce film, on peut partir de l’hypothèse que dans la vie, il y a des êtres qui vivent dans des univers parallèles. Exemple, si on prend le djinn, les anges et les humains, cela donne l’idée d’un film que Dieu a créé. Les anges en premier, les djinns et en dernier lieu les humains. Donc ce film est une histoire paranormale qui se déroule dans un univers, dans une sorte de polar». explique le réalisateur. A l’en croire, son œuvre aborde à la fois un sujet de société et une problématique autour de la religion ou des croyances. «En traitant ce sujet, j’ai voulu toucher les cinéphiles, en leur servant un genre de suspense avec un peu de touche d’horreur. Je sais que c’est un peu ce genre de cinéma que les cinéphiles aiment…», explique Cheikh Diallo d’après qui, il est rare en Afrique de faire des films avec des images d’horreur, alors que c’est parfois ce qui intéresse certains cinéphiles. M. Diallo, qui mentionne par ailleurs que son film traite de la question du déséquilibre, affirme que «l’homme ne peut prétendre à quelque chose qui n’appartient qu’au monde des djinns. Et le monde des djinns ne peut prétendre à quelque chose qui appartient au monde des humains». «Chaque être est obligé de rester dans son univers pour qu’il ait un équilibre…», tente-t-il de convaincre, indiquant par la même occasion que c’est le fait de ne pas respecter cet équilibre qui entraîne des difficultés comme celles évoquées dans Keneen.

Construire «une nouvelle cinémathèque»
Jeune réalisateur, Cheikh Diallo, qui a déjà touché à d’autres genres tels que le documentaire, se sent plus à l’aise dans les fictions. «Parce que la fiction quand même, ça se crée avec la magie. On a l’imagination, il n’y a pas de limites. Donc tout se fait sur la base de la création de l’artiste par rapport à sa vision de voir les choses», analyse-t-il tout en avouant que c’est cette conviction qui l’a poussé pour ce premier long métrage à s’autoproduire en se contentant des moyens du bord. Toutefois, Cheikh Diallo voit grand. Il ne cache pas son souhait de voir naître «une nouvelle cinémathèque sénégalaise». «Il est venu l’heure de créer une nouvelle cinémathèque sénégalaise. Parce qu’on a hérité d’un cinéma qui évolue. Il y a eu les Sembène, Mambéty, Moussa Sène Absa, Moussa Touré, Hubert Laban Ndao qui est un peu plus proche de notre génération…. On a vu ce qu’ils ont fait. Je ne dis pas aux gens de laisser carrément l’ancien cinéma. Ce n’est pas de l’ancien cinéma. Chaque cinéaste a sa manière de faire son cinéma. Mais, je crois qu’il faut qu’on crée une nouvelle cinémathèque. Parce qu’on a beaucoup de sujets qui ne sont pas traités», affirme Cheikh Diallo.
Pour lui, le cinéma africain doit aujourd’hui mettre en avant des figures emblématiques qui doivent constituées des modèles et des repères dans la société. «Nous, de la nouvelle génération, nous pouvons emprunter et tourner des films à partir des noms d’histoire de chez nous, pour en faire notre nouvelle cinémathèque. Il faut juste créer une belle histoire qui permet de véhiculer des messages de vertu, tout comme les super héros que l’occident nous présente…», mentionne M Diallo. «En disant que nous devons créer un nouvel univers cinématographique, je veux dire que nous devons nous centrer sur l’utilisation des figures emblématiques sénégalaises pour en faire des repères dans nos films et surtout faire que ces films soient juste destinés à des salles de cinéma. Parce que faire un film c’est bon, mais quand ce film n’est pas regardé dans les salles de cinéma, il y a un problème», ajoute-t-il.
Cheikh Diallo est scénariste avant d’être réalisateur. Il s’est fait connaître dans le milieu du cinéma en 2008 en écrivant son premier scénario pour la télévision. A l’époque, on parlait des troupes théâtrales comme Daray Kocc. C’était le téléfilm Laye Sangara produit par Daray Kocc qui l’avait révélé. Excellant dans ce créneau, il travaille sur deux séries de télévision qui sont actuellement sur A+. Il s’agit de Garmi et Keur Penda Mbaye. C’est en 2016 qu’il réalisa son premier long métrage Keneen qui effectuera sa sortie nationale ce soir en salle.

Cheikh Diallo sur ces projets à venir : Blaise Diagne, un héros à mettre à l’affiche

Pour ses prochaines productions, Cheikh Diallo a déjà fait un scénario sur trois «super héros  africains». «Les scénarios sont déjà finis et prochainement on va tourner le premier super héros», annonce-t-il. Le personnage principal de ce prochain film qu’il a l’ambition de réaliser, sera Blaise Diagne. Pourquoi le personnage Blaise Diagne ? «Parce que Blaise Diagne est l’un des premiers députés sénégalais à l’Assemblée nationale française. Le nom de cet homme est partout, la rue Blaise Diagne, le lycée Blaise Diagne et l’aéroport international Blaise Diagne. Donc c’est quelqu’un qui a vraiment marqué l’histoire du Sénégal. A travers ce film, nous allons donc poser une problématique sur la vie et l’œuvre de Blaise Diagne et en même temps essayer de clarifier une injustice qu’il a subie», réagit le réalisateur.
En réalité selon Cheikh Diallo, le fait que Blaise Diagne n’ait pas pu être inhumé à l’intérieur d’un cimetière mais juste devant la porte du cimetière, pose problème. « Je vais, en réalisant ce film, allé en ce sens-là pour un peu entre guillemets, rétablir son image, son honorabilité…», dit-il. Il s’agira informe M. Diallo, de «partir de ce fait historique incompris et raconter aux plus jeunes, qui est cet homme-là ». Le film ira jusqu’à poser le débat : Blaise Diagne était-il un franc-maçon et dire c’est quoi la franc-maçonnerie ? Pour Cheikh Diallo, une figure emblématique telle que Blaise Diagne mérite d’être mise au-devant de la scène. Le pari est lancé.

arsene@lequotidien.sn

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