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Qu’avons-nous à récolter dans cette guerre de pétro-monarques du Golfe et qui oblige Macky Sall à rappeler l’ambassadeur du Sénégal au Qatar ? Le gouvernement nous doit des explications pour nous convaincre de l’utilité de se mêler d’une bataille de têtes couronnées dans le Golfe où résident les régimes les plus autocratiques au monde. Diplomatiquement, la cible de la dynastie Saoud est le richissime émirat gazier, électron libre de la péninsule, qui est sommé de rentrer dans les rangs en rompant avec l’Iran. A moins que l‘Arabie Saoudite nous impose sa vision des relations internationales pour qu’on soit digne de son amitié et bénéficie de sa générosité.

C’est l’effet papillon… Le célèbre axiome de la théorie du chaos, qui dit que «le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut provoquer une tornade au Texas», se vérifie avec la crise diplomatique au Moyen-Orient. Selon cette théorie climatique, un événement peut déclencher toute une série de réactions en chaîne, imprévisibles et incontrôlables. Elle semble s’appliquer à la géopolitique comme le confirme la situation dans le Golfe où le géant saoudien impose sa vision des questions internationales au Conseil de coopération des pays du Golfe, qui traverse aujourd’hui sa plus grave crise depuis sa création en 1981.
Comme un suppôt de l’Arabie Saoudite, le Sénégal a décidé de se mêler de la guerre de leadership des têtes couronnées des pays du Golfe. Sans surprise, il a rappelé hier en consultation son ambassadeur au Qatar. Dans un communiqué, «le gouvernement exprime sa solidarité agissante à l’Arabie Saoudite, aux Emirats Arabes Unis, au Bahreïn et à l’Egypte» et suit, avec une vive préoccupation, la situation en cours dans la région du Golfe. Pourtant, il ne se passe rien dans cette région où l’Arabie Saoudite a décidé de créer un conflit artificiel avec le Qatar pour l’obliger à rompre ses relations avec l’Iran.
Ce rappel de l’ambassadeur du Sénégal au Qatar confirme ce célèbre dicton : les pays n’ont pas d’amis. Car, le riche émirat a été un acteur majeur dans la libération de Karim Wade où il  vit depuis plusieurs mois. Le Procureur général du Qatar a multiplié les allers-retours entre Doha et Dakar pour tenter de le sortir d’affaire. Il est reparti avec lui durant la nuit du 24 juin 2016 à la suite de négociations dont le contenu n’a jamais été dévoilé. Il y a aussi la coopération judiciaire dans le domaine de l’Etat de droit et la lutte contre la corruption qu’entretiennent les deux pays.
Ces dossiers ne valent rien devant le poids de l’Arabie Saoudite, qui a décidé de rallier ses amis à sa cause. Plusieurs autres pays comme les Emirats Arabes Unis, le Bahreïn, l’Egypte, les Maldives et la Mauritanie ont décidé de suivre la voie tracée par Riyad, en isolant le riche émirat gazier lui reprochant de «soutenir les organisations terroristes et de promouvoir les idées extrémistes», qui ont «semé le chaos et les tensions dans de nombreux pays arabes, ce qui a provoqué de grandes tragédies humanitaires dans ces pays, en Europe, et à travers le monde».
Bien que le gouvernement n‘ait pas repris cette rhétorique saoudienne et de ses alliés dans son communiqué, pour justifier le rappel de son ambassadeur à Doha, il faut constater -et le regretter- que le Sénégal se comporte comme un pays satellite de l’Arabie Saoudite, qui lui impose ses volontés et sa vision. On a failli se retrouver dans le bourbier yéménite en voulant rejoindre la coalition arabe mise sur pied par l’Arabie Saoudite pour mater les rebelles houthis soutenus par l’Iran. C’est une relation de domination. Laquelle est plus sournoise que notre rapport avec la France caricaturé par les intellectuels.

Bataille à fleurets mouchetés Riyad-Téhéran
Pourtant, ce qui se joue dans le Golfe est une vieille bataille entre sunnites et chiites, qui se regardent en chiens de faïence dans une région déchirée par le terrorisme et surtout la rivalité entre l’Arabie Saoudite et l’Iran. Depuis la fin de l’embargo international et la signature de l’accord sur le nucléaire, Téhéran attire les investisseurs étrangers et essaie de fructifier cette exposition médiatico-diplomatique renaissante. Longtemps bénéficiaire de l’isolement de son éternel  rival, la dynastie Saoud n’a pas vu d’un bon œil  le retour en force sur la scène internationale de Téhéran avec aussi ses réserves de pétrole. L’Arabie Saoudite étouffe le Qatar, qui s’est éloigné depuis longtemps du consensus des Etats du Golfe concernant l’Iran.  Elle lui a interdit le survol de son espace, signifié la fermeture de ses frontières terrestres et interdit aux bateaux en route vers le Qatar de transiter par ses eaux territoriales. Ce qui constitue quasiment un casus belli.
Washington va devoir agir rapidement pour arrêter la marche vers l’affrontement. Même si le souffle de Donald Trump entretient encore le brasier après qu’il a demandé devant plusieurs dirigeants musulmans à Riyad d’isoler l’Iran, qui a été frappé hier par un attentat sanglant.  Et les suspicions se sont aussitôt tournées vers l’Arabie Saoudite, le grand adversaire du pays dans la région. Du point de vue de nombreux Iraniens, explique le quotidien américain New York Times, Daech est inextricablement lié au royaume saoudien.
bsakho@lequotidien.sn

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