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Mohammad Boun Abdallah Dionne a passé son deuxième test oral devant les députés hier. Provocations, allusions, attaques, petits mots et petites phrases. Mais grosses piques et répliques d’un Premier ministre dans son sujet. Même si cette Déclaration de politique générale a été, en grande partie, une répétition de celle de Dionne 1.Mohammad Boun Abdallah Dionne a passé son deuxième test oral devant les députés hier. Provocations, allusions, attaques, petits mots et petites phrases. Mais grosses piques et répliques d’un Premier ministre dans son sujet. Même si cette Déclaration de politique générale a été, en grande partie, une répétition de celle de Dionne 1.

Dix tours d’horloge. C’est le temps qu’a pris le grand oral du Premier ministre hier, à l’Assemblée nationale. Pour cette deuxième Déclaration de politique générale (Dpg) de Mahammed Boun Abdallah Dionne, le temps de parole a été réparti comme suit : Le groupe parlementaire Benno bokk yaakaar (majorité) a eu droit dans un premier temps à 120 minutes, le groupe Liberté et démocratie (opposition) 30 minutes et les non-inscrits 20 minutes. Un deuxième tour de parole a été accordé comme le stipule le Règlement intérieur de l’Assem­blée à chaque groupe après la pause. Comme à l’accoutumée, les députés de la mouvance présidentielle et leurs collègues de l’opposition ne se sont pas fait de cadeau. Des attaques et contre-attaques ont rythmé la séance. Mais surtout l’homme du jour, le Premier ministre, a résisté aux piques de l’opposition.

«Nous n’avons jamais vu de jeunes s’immoler par le feu devant les grilles du Palais»
La première vice-présidente, Awa Guèye, a ouvert les hostilités. «Nous saluons la fin de l’impunité depuis l’alternance de 2012.» Les minutes s’égrènent et les attaques et allusions se poursuivent. «Nous n’avons jamais vu de jeunes s’immoler par le feu devant les grilles du Palais à cause de la détresse, du désarroi, depuis que nous sommes là», dixit Yéya Diallo. Sans doute une flèche aux Libéraux car durant le règne de Abdoulaye Wade, plusieurs cas ont été notés. Et la réplique ne s’est fait pas attendre. Elle est venue du député libéral, Toussaint Manga, en premier qui a versé sa colère sur le régime de Macky Sall en critiquant la politique d’emploi du pouvoir.

Pm et son «allusion intelligente» à Wade sur la Libye
En répondant à des élus de l’opposition qui dénonce la situation des Sénégalais en Libye dont le régime de Macky Sall serait responsable, Mahammed Boun Abdallah Dionne a fait dans l’insinuation. Et cela ne peut être nul autre que Abdoulaye Wade. «Comment on est arrivé à cette Libye d’aujourd’hui sans l’Etat ? C’est une question importante parce qu’on a vu ici des dirigeants africains travailler pour le départ précipité de Kadhafi sans penser aux conséquences», rappelle-t-il. Sans doute une «allusion intelligente», pour reprendre Niasse, à la visite du prédécesseur de Macky Sall à Benghazi où il a exhorté le guide libyen, sous la menace des bombes de la coalition, à quitter le pouvoir.

Mamadou Lamine Diallo et les «pots-de-vin»
Sur le débat lié à la double nationalité soulevé à nouveau par Abdoulaye Makhtar Diop qui appelle à «corriger» cette question, le Pm en a profité pour répliquer à Mamadou Lamine Diallo du groupe Liberté et démocratie qui l’a interpellé directement sur son cas spécifique. «Ici, on parle du pays. On ne parle pas de problème individuel. Mais je jure sur l’honneur que je suis exclusivement de nationalité sénégalaise. Je vous demanderai d’en faire autant», a-t-il dit sous les applaudissements des élus de la majorité. Et il n’en a pas fini avec le leader de Tekki qui s’interroge sur l’existence de pots-de-vin dans le montage du dossier de l’autoroute Ilaa Touba. «Vous (Mamadou Lamine Diallo) avez été directeur de cabinet de trois Premiers ministres. Est-ce qu’il y a eu des pots-de- vin ? Si vous répondez à la question, je vous réponds», ironise Dionne.

Pm contre Decroix sur le dialogue
D’autres sujets comme le dialogue politique en cours entre le ministre de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, et les partis politiques ont été débattus. Et Mamadou Diop Decroix est revenu sur les «couacs» notés à Touba lors des dernières élections législatives. «Le véritable dialogue politique obéit à des règles. Celles-ci ne sont pas définies unilatéralement et sont imposées par l’une des parties. Il s’y ajoute qu’il doit être modéré par des personnalités consensuelles comme l’a voulu le Président Abdou Diouf en 91-92 avec le juge Kéba Mbaye», sert le secrétaire général de Aj-Pads. «On peut dialoguer mais dialogue, ce n’est pas ce que j’ai compris tout à l’heure. Ce n’est pas refaire 92, 91. Le dialogue doit être évolutif et capitalisé sur les acquis que nous avions», réplique le Pm.

Déthié Fall et «docteur Google»
Le député Déthié Fall, pour sa part, signalera au Pm que tout le temps de sa Dpg, il était en train de chercher sur Google de quel pays il parlait. «Ce n’est certainement pas du Sénégal (…). Ce qui se passe dans ce Sénégal-là, c’est que les libertés des opposants sont quotidiennement piétinées», précise Déthié Fall, qui convoque la levée de l’immunité parlementaire du député Khalifa Ababacar Sall. «Il faut se méfier un peu aussi de docteur Google, et les médecins le disent. J’ai mal à la dent, Google, rien de médicament. Certains se sont retrouvés asphyxiés à cause de docteur Google parce que, justement, ils ont pris le mauvais médicament», rétorque avec ironie Boun Abdallah Dionne.

Madické Niang et «le Sénégal pour les Sénégalais»
Le président du groupe parlementaire Liberté et démocratie a pris l’angle de l’«échec» du gouvernement qui revenait dans son intervention et détournant son slogan de «Sénégal de tous et pour tous» en «Sénégal pour les Sénégalais» et non des étrangers. Mais aussi celui de la préférence des entreprises occidentales. Et il fallait voir Dionne, quoique serein, sortir de ses gonds avec quelques piques. «Vous (Madické Niang) avez été ministre de l’Industrie et des mines. N’oubliez pas que vous aviez, sous votre passage, fait entrer des sociétés étrangères. Sgo par exemple. Je pouvais citer d’autres. Je vois d’ailleurs Abdoulaye Baldé qui a été aussi ministre de l’Industrie. Il sait de quoi je parle», dit-il provoquant un Mdr (Mort de rire) dans l’Hémicycle.

Sonko et le «mbarass» de Dionne
Lorsque son temps de parole a sonné, Ousmane Sonko n’a pas raté Macky Sall et son gouvernement. «Vous n’avez pas de courage politique, votre gouvernement doit toucher au vrai goulot, notamment la livraison précoce de nos filières à la compétence mondiale avec la signature des Ape que le Président Macky Sall défend. Mais, surtout cette monnaie qui nous tue, le franc Cfa (…). On n’en attendait pas plus d’un gouvernement dirigé par un lion qui dort et un Premier ministre qui passe tout son temps à danser le ‘’Mbarasse’’», raille le leader de Pastef. Le Pm a-t-il oublié de lui répondre. Ou a-t-il plutôt préféré ignorer Sonko ?
msakine@lequotidien.sn

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