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L’ambiance, les manœuvres, les faits et les déclarations de cette précampagne des Législatives épousaient déjà les contours d’une Présidentielle anticipée. Aussi bien pour Macky Sall et ses alliés que pour les listes concurrentes comme Manko taxawu senegaal de Khalifa Sall et la Coalition gagnante/Wattu senegaal de Abdoulaye Wade et Cie. L’enjeu était dans les investitures et la désignation des têtes de liste. Allez, c’est parti pour 21 jours de campagne !

Le scrutin du 30 juillet revêt sans doute le caractère d’une Présidentielle avant l’heure. Les divergences entre alliés et le mystère autour des investitures le corroborent. Chacune des coalitions favorites mesure l’enjeu de ces élections qui pourrait annoncer la couleur de ce que sera 2019. Benno bokk yaakaar – même si elle ne le dit pas – en fait une Présidentielle anticipée dans les faits et déclarations, si bien que son chef, Macky Sall, a choisi son Premier ministre pour conduire sa liste. Faute de ne pouvoir battre campagne, comme le lui interdit la loi. Le pouvoir estime tout de même qu’il n’y a pas meilleur profil que le chef du gouvernement pour défendre le bilan du… gouvernement à la place du président de la République qui le fera, à son tour, en 2019. Le communiqué de l’audience entre la tête de liste de Bby et les cadres de l’Apr soulignait d’ailleurs qu’il était question, entre autres, de «mettre à la disposition des cadres de la coalition la documentation sur les réalisations du gouvernement». Sous ce rapport, l’on peut alors s’interroger sur la finalité d’une telle élection. Et pourtant, nombre de listes candidates dénoncent la gestion de la 12ème Législature qui, selon elles, n’a pas répondu à son slogan d’Assemblée de «rupture».

Khalifa et Karim, l’autre duel
Dans l’opposition, la querelle de tête de liste a fait imploser Manko taxawu senegaal version liste commune en trois entités. Au-delà du statut prestigieux de cette tête de liste tant convoitée et disputée, il y a comme en lame de fond une bataille éventuelle pour le contrôle du perchoir, en cas de «cohabitation», y compris la présidence du groupe parlementaire et, par extension, le statut de chef de l’opposition, si le critère de la représentativité parlementaire était retenu au détriment du meilleur 2ème à la Présidentielle prochaine. C’est tout le sens du duel à distance entre Khalifa Sall et Karim Wade que le rassemblement de Manko wattu senegaal du 19 mai dernier avait révélé au grand jour par une guerre des pancartes et des effigies des deux leaders. Et dans un entretien avec le groupe D-média, paru hier dans la Tribune, le secrétaire général du Pds, désigné tête de liste de Wattu senegaal, semble confirmer ce duel feutré. «Nous avons essayé de mettre une liste commune, mais cela n’a pas abouti et je n’ai pas été surpris, car tous les leaders de parti voulaient être tête de liste et cela n’est pas possible. Certains se sont crus plus forts qu’ils ne l’étaient en réalité», dixit Wade. Sans doute sur une même ligne bien défendue par le Pds qui avait indiqué à Khalifa Sall qu’il n’a que Dakar alors que lui reste un parti qui a maillé le territoire national. «Celui qui est avec le Pds et qui est conscient du fait que ce parti détient la force parmi tous les partis du Sénégal, mais qui s’obstine à vouloir être devant ne veut pas travailler, mais cherche plutôt à détruire. C’est cela qui a causé tous ces problèmes, mais nous n’avons pas brisé l’unité. C’est ceux qui ont eu des ambitions irréalistes qui sont responsables de tout ce qui a été détruit», assène le secrétaire général du Pds.
Le duel à distance entre le maire de Dakar et Karim est encore dans cette comparaison wadienne : «Khalifa Sall n’a jamais soutenu Karim. Du moins, je ne l’ai jamais entendu. Sa vision et ses idées ne lui ont pas permis de soutenir Karim (quand il était en prison), contrairement à nous, car notre vision et nos idées, en tant que démocrates, nous ont conduits à le soutenir.» Mais c’est aussi des élections législatives qui auront la particularité de voir un ancien Président candidat à la députation, même si, probablement, il ne siègera pas. Si, comme il le dit dans la Tribune, «ce n’est pas de (son) propre gré», mais parce que «le Sénégal est en train de tomber en déliquescence», il reste que l’ancien Président joue aussi pour son fils, candidat du Pds. Dans les coulisses des pourparlers de Manko taxawu senegaal, certains leaders qui se sont éloignés de Oumar Sarr et Cie soupçonnaient une «tête de liste par procuration» qui n’est personne d’autre que Karim Wade. Et ce serait dans le prolongement de 2019. C’est que Idrissa Seck et Wade-fils n’ont pas encore soldé leurs comptes, malgré l’accalmie apparente et les petites manœuvres du «Vieux» depuis Versailles. Si l’enfant de Thiès choisit Khalifa Sall, comme Malick Gakou, c’est moins pour se réfugier derrière le maire de Dakar que pour se méfier d’une surprise du «père», comme il en a déjà connu beaucoup.

Le piège d’une majorité parlementaire sans la majorité
des suffrages
Le 30 juillet, ce sera un match de qualification pour 2019. Tout dépendra des scores des différentes coalitions et des leaders qui les composent. Encore qu’il sera difficile de connaître le poids des «remorqués», surtout ceux de Mts. L’on ne pourrait que s’appuyer sur les résultats des départements comme Dakar pour Khalifa Sall, Guédiawaye pour Gakou et Thiès pour Idrissa Seck. En tout état de cause, entre 2012 et 2017, il y a de nouveaux présidentiables. Pour les opposants, il y aura des déçus qui se rendront compte une fois pour toutes de leurs limites. D’autres qui se verront davantage motivés. Et pour la coalition présidentielle, de nouvelles têtes émergeront et d’autres disparaîtront pour céder la place à une équipe gouvernementale, mais surtout électorale pour la finale de 2019. Mais enfin, le piège est dans l’obsession légitime d’une majorité renouvelée qui, en réalité, cache un autre enjeu pour Macky Sall. Seuls les défaites de Khalifa Sall à Dakar, de Idy à Thiès et, dans une moindre mesure, de Gakou à Guédiawaye, de Baldé à Ziguinchor seraient un pas rassurant vers une réélection. C’est que, quel que soit le pourcentage de députés qu’elle obtiendra, Bby doit polariser au moins près de la moitié des suffrages pour ne pas subir le doute d’un possible second tour en 2019. Mahmout Saleh, qui présidait le lancement du mouvement de Mounirou Sy, en est conscient, sans doute son patron aussi. «La particularité de cette élection, c’est qu’elle précède une élection présidentielle. Nous devons multiplier nos actions pour qu’il n’y ait pas de doute dans la réélection de Macky Sall», a préconisé le directeur de Cabinet politique du chef de l’Etat. C’est pourquoi, quelque part, la Présidentielle commence le 30 juillet. Pour tous.
hamath@lequotidien.sn

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