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Profil d’intello, Assane Djigual, n’a rien d’un conducteur de moto Jakarta. Pourtant, il est le chargé de la communication de la Fédération nationale des conducteurs de motos Jakarta.  Ce dernier qui ne mâche pas ses mots pour condamner les maux dont souffre son secteur d’activité, index le manque de soutien des autorités, mais également le déficit de formation des conducteurs de motos, l’insécurité, l’indiscipline…Dans le débat de la formalisation du secteur des motos Jakarta, Djigual pense que c’est obligatoire d’autant que sa fédération est en train de faire d’énormes efforts pour le bien être de ses membres.

Les motos Jakarta sont impliquées dans les ¾ d’accidents de la circulation de la ville de Thiès. Comment analysez-vous ces statistiques ?
D’une part, il y a de l’indiscipline par rapport à ces accidents de la circulation impliquant les motos Jakarta mais également il y a le problème de la non formation. C’est pourquoi d’ailleurs, pour ce dernier point, en collaboration avec un responsable politique de l’Apr de la ville de Thiès Dr Pape Amadou Ndiaye, par ailleurs Pca du Fongip, nous avons initié une série de formations pour les conducteurs de motos Jakarta. Mais après il n’y a pas eu de continuité. Nous n’avons pas reçu l’appui de l’Etat encore moins celui des autorités de cette ville, par rapport à ce manque de formation alors qu’il y a aujourd’hui beaucoup de jeunes qui s’activent autour de ces motos Jakarta. C’est ce qui amène souvent les nombreux accidents mortels causés par les motos. Aujourd’hui, le constat est que ceux qui ont pu bénéficier de formation, les conducteurs de motos qui portent les gilets rouges, font rarement des accidents parce qu’ils ont été formés pendant un mois sur le code de la route. Du coup, ils savent comment conduire ces engins.
Vous l’avez dit les facteurs de ces accidents de la circulation tournent essentiellement autour de la manière dont les conducteurs de ces motos conduisent les engins : ils ne respectent pas le code de la route, ils refusent de porter des casques pour leur sécurité, pis ils se permettent de doubler à droite. Des conducteurs indisciplinés ?
C’est ce que nous déplorons. Nous au niveau de notre association nous ne voulons pas que quelqu’un conduise une moto qui n’a pas de rétroviseur de même qu’un conducteur de moto qui ne porte pas de casque. Parce que là il est en danger. Mais nous aimerions que la police nous aide dans ce sens en arrêtant tout conducteur de moto qui exerce sans ces préalables. Nous disons que c’est anormal de voir quelqu’un qui s’active autour de ces motos et qui ne porte pas de casque ou dont l’engin n’a pas de rétroviseur.

Les motos Jakarta sont également impliquées dans des agressions…
Il y a des gens qui sont malhonnêtes dans la vie. Ils sont nés voleurs et ils vont mourir voleurs. Ils utilisent alors les motos uniquement comme moyen pour aller voler mais ce ne sont pas ceux qui font du taxi avec les motos Jakarta dans cette ville. Et si vous remarquez bien les agressions se font à des heures tardives. Quelqu’un qui fait du taxi avec sa moto n’a même pas le temps d’aller voler. Donc ceux qui le font sont des voleurs nés. D’habitude quand la police les attrape ils ont souvent un casier. Pour dire qu’ils ne font que salir le boulot des conducteurs de motos Jakarta parce qu’ils ne le sont pas.

A part votre souscription à la Cmu comment comptez-vous organiser votre secteur ?
Nous ce que nous voulons c’est d’immatriculer toutes les motos Jakarta qui sont au niveau de la ville de Thiès. Et nous à notre niveau nous pouvons faire ce boulot parce que tout ce que nous voulons c’est d’être assistés un peu par les autorités de la ville de Thiès pour avoir l’autorisation du gouverneur de la région, du préfet et du maire de la ville de Thiès. Avec leur aide nous allons nous organiser et identifier toutes les motos. Nous ne refusons même pas de payer tous les papiers nécessaires à cet effet. Parce que nous serons heureux de voir une moto Jakarta qui détient une assurance et une carte-grise pourquoi pas un permis de conduire. Mais ça demande un peu de soutien au niveau des autorités. Il s’agit de discuter autour d’une table et de trouver un consensus pour diminuer les prix, comme ça les conducteurs de motos vont aller chercher tous les papiers qu’il faut. Par exemple tout au début de ce type de transport, on nous avait demandé d’immatriculer les motos. Quelque temps après les autorités nous ont dit qu’il faut une double mutation de la moto. Mais ce n’était pas facile, c’est pourquoi les gosses ont arrêté de muter les motos. Il faut reconnaitre qu’il n y a qu’à Thiès où on demande ces genres de papiers aux conducteurs de motos. Dans les autres régions du Sénégal quand vous partez là-bas il y a une caution qu’on paye au niveau de la perception municipale. Aussi il y a une plaque d’immatriculation que la commune remet aux conducteurs de motos. Cela permet de diminuer ou mieux d’éviter les agressions parce que personne ne pourra conduire une moto qui n’a pas de plaque. Et avec cette plaque d’immatriculation il est impossible de voler la moto. Nous pensons que c’est dans ce sens que les autorités pourront nous aider mais aussi mettre hors d’état de nuire ceux qui s’adonnent au banditisme avec ces motos.

Donc vous êtes en train de faire des efforts pour l’identification de ces motos qui se ressemblent à tous points de vue ?
Oui, au moment où je vous parle nous avons déposé au niveau de la gouvernance une demande d’audience pour rencontrer le gouverneur pour discuter avec lui de tout cela.  Interdiction ou assainissement du secteur quel mot vous choisissiez pour trouver une solution définitive à ces motos que beaucoup appellent «les anges de la mort». Assainissement mais pas interdiction parce que actuellement interdire les motos au Sénégal ou même à Thiès serait catastrophique. Thiès n’a rien pour résorber le gap du taux de chômage des jeunes. Soit on est sur les Jakarta ou alors on vend du café Touba. On peut interdire les motos mais à condition d’ouvrir des usines. Pour moi en tout cas il y a un rôle que jouent les motos surtout le côté social. Le transport des élèves et de certaines personnes qui vont aller travailler. Quand tu pars dans les pays développés c’est la mairie qui s’occupe du transport des élèves. Mais aujourd’hui ce côté social, les motos arrivent à le faire à moindre coût. Il faut reconnaitre au moins qu’il y a du positif de ce point de vue-là. Et nous qui sommes autour de cette association nous ne refusons pas de rencontrer les autorités pour trouver des solutions adéquates pour que ça se fasse dans le calme et la discipline. Il faut que les gens sachent que ceux qui s’attèlent autour des motos ne sont pas n’importe qui. Ce sont des personnes qui ont des femmes et des enfants mais également des personnes qui ont envie de réussir quelque chose dans la vie. Au moment où je vous parle, nous sommes autour de la Couverture maladie universelle mais également autour de l’habitat parce que nous avons plus de 500 parcelles et nous versons chaque fin du mois une somme colossale pour que d’ici 2017 nous puissions récupérer nos terrains. Alors nous comptons sur nos autorités. Parce que ce sont elles les responsables de cette ville. Donc nous leur demandons de nous soutenir. Dans ce cadre nous félicitons les autorités policières du travail de contrôle qu’elles sont en train de faire tout comme le préfet du département de Thiès qui ne cesse de nous appeler pour des rencontres afin de trouver des solutions.

Ne pensez-vous pas qu’un respect strict de l’arrêté préfectoral interdisant la circulation des motos à partir de 22 heures peut être une solution ?
C’est une grande solution pour nous parce que tu ne peux pas être sur la route de 6h du matin jusqu’à 22h du soir pour conduire une moto. Il faut du repos. Et nous pensons que ce que tu ne peux pas avoir de 6h du matin à 22h tu ne peux pas l’avoir au-delà. C’est une bonne solution. Et nous au niveau de notre association nous respectons cette décision parce que cela permet aux gosses d’aller se reposer. Mais également cette décision permet d’identifier les voleurs et autres malfaiteurs qui utilisent les motos pour faire des choses louches.

Envisagez-vous de vous formaliser en exigeant à vos membres de se doter de permis de conduire, le port de casque et l’immatriculation de vos engins ?
Ça, nous le voulons dans l’immédiat parce que c’est obligatoire. Le fait de nous formaliser nous permettra d’être beaucoup plus respectés et ce serait une bonne chose non seulement pour les conducteurs de motos Jakarta mais aussi pour la clientèle et cela va les rassurer davantage.

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