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Directeur du Centre culturel régional de Kédougou, Youssouf Diatta aborde dans cet entretien qu’il a accordé au journal «Le Quotidien», la question du patrimoine culturel de la région, les contraintes qui étreignent l’éclosion des acteurs culturels, la sauvegarde des rites et traditions des ethnies minoritaires entres autres. Il revient aussi sur les projets du ministère de la Culture, notamment la construction prochaine du Centre culturel régional de Kédougou pour améliorer le cadre d’expression et de production des acteurs culturels.

Patrimoine culturel riche et varié
Sur le plan culturel, la région de Kédougou est une localité qui regorge un patrimoine culturel très riche et diversifié. Déjà sur la conservation des rites et traditions, des initiations chez les ethnies minoritaires (Bassari, Be­dik, djalonké, congnadji). On se rend compte que ces communautés on réussi à garder et à sauvegarder leur rituel, leurs traditions, espaces et patrimoine, bref leur art de vivre. C’est un potentiel très important qui entre dans le cadre du patrimoine culturel immatériel. Cela à fortement contribué à l’érection du village culturel de Bandafassi qui se charge de la gestion du pays Bassari classé patrimoine mondial. Ce pays est composé des espèces géographiques du pays peulh dans le Dindéfélo, le pays Bedik dans le Bandafassi et le pays Bassari dans la zone d’Ethiolo.
A côté de cela, on a des sites historiques culturels tels que  le comptoir commercial d’Itato, la dame de Marougou, le Kourou­gningougningou, entre autres, qui sont placés sur le patrimoine immatériel qui est en cours de validation. Avec la direction du Patrimoine, on a démarré le projet en 2016 avec l’accompagnement de l’Unesco. En 2017, nous allons arrêter la liste du patrimoine culturel immatériel de la région de Kédougou. Il y a aussi les expressions artistiques avec un engouement sur le plan musical, des arts visuels, etc. Il y a aussi les acteurs de la culture urbaine qui s’activent beaucoup. Même s’ils n’ont pas de moyens ou d’espace pour mieux faire valoir leur talent. Quand bien même, la région se débrouille tant bien que mal pour être représentative sur la plan culturel au niveau national comme international.
Par ailleurs, le potentiel culturel est exploité avec les moyens du bord et les acteurs locaux. Par exemple, les initiations en pays Bassari font venir beaucoup de touristes, qui viennent pour prendre part à ces festivités, voir le paysage culturel authentique dans sa diversité.
En dehors de ce fait, il y a aussi un art de vie entretenu par cette communauté qui impressionne beaucoup les touristes et autres visiteurs. Le fait d’avoir déjà conservé ce patrimoine est quelque chose d’authentique et salutaire. Malheureusement, nous avons parallèlement les sites d’orpaillage qui ternis­sent l’image de ce riche patrimoine culturel que regorge la région.
Développement du tourisme culturel
On n’a pas un baromètre pour mesurer l’impact du tourisme sur les populations. Néanmoins, je pense que le service régional du tourisme pourrait donner de plus amples informations par rapport à cette situation. A notre niveau, on peut simplement dire que ces fêtes traditionnelles font venir beaucoup de touristes. Sur le plan événementiel, la valeur ajoutée de ces activités est que tout touriste, qui se rend à Ethiolo pour prendre par à l’initiation, va dépenser de l’argent, pour son transport, le guide touristique qu’il engage durant son séjour et les frais d’hébergement. C’est dire donc que le tourisme culturel fait rentrer de l’argent. On peut dire sous ce rapport que les populations vivent du tourisme culturel. Mais aussi que cela contribue fortement à la promotion et la vulgarisation du riche patrimoine culturel de la région. Même si, cependant, cela est périodique.
2017, année de culture
2017 a été décrétée année de la culture par le président de la République, Macky Sall, au lendemain du Festival national des arts et de la culture. C’est une façon de féliciter le ministre de la Culture du succès enregistré lors du Fesnac. Par cet acte, le chef de l’Etat vient de renouveler son option de faire de cette année, une année de la culture. Et cette volonté a été renouvelée lors de son discours à la Nation à la veille de la célébration de la fête nationale de l’Indépendance. Pour être en phase avec cette volonté, le ministère est en phase de finalisation d’un projet d’envergure nationale pour montrer à la communauté nationale et internationale toutes les richesses culturelles, valeurs culturelles comme facteurs de cohésion sociale, la culture comme moteur de développement surtout.
Beaucoup de personnes classent la culture comme une activité de seconde zone. Alors qu’elle est avant tout un moteur de développement et un secteur pourvoyeur d’emplois. Et c’est cela que le président de la République a compris en mettant en avant ce secteur pour l’année 2017. Aussi, inciter les populations à plus de considération pour nos valeurs. Parce qu’on ne peut réussir le développement pour ne pas dire l’émergence sans intégrer cet aspect important de nos valeurs traditionnelles. Il s’agit surtout du «joom», du «fouleu» et du «fayda», qui sont des repères qui doivent guider nos pas et nos actions. C’est dire donc, que c’est en quelque sorte un retour à la source pour mieux embrayer sur les rampes du développement.
Contraintes et actions réalisées
Comme dans tous les secteurs, les contraintes ne manquent pas pour faire éclore les jeunes talents et exporter cette richesse culturelle. Pour le cas de Kédougou, je crois que cela est dû en grande partie à son enclavement. Non seulement, c’est une nouvelle région, mais elle est très enclavée.
Néanmoins, il faut reconnaître qu’il y a des efforts qui sont en train d’être consentis par la tutelle pour juguler ces contraintes. En 2015, le ministère a subventionné le Festival des ethnies minoritaires. Cette édition a créé un engouement énorme au niveau régional.
Très prochainement, le ministère a dans son collimateur la construction du Centre culturel régional de Kédougou dont le site est déjà acquis. Nous sommes dans une maison conventionnelle, vous imaginez que tout ne peut pas être nickel. Ce n’est pas donc évident de dérouler l’action culturelle comme il le faut.
Avec ce joyau qui verra le jour bientôt, les artistes et acteurs culturels auront un espace d’expression et vont contribuer à la valorisation de la culture et du patrimoine de la région. Malgré les difficultés et contraintes, cela ne nous a pas empêché de réaliser des activités culturelles en 2016. Au contraire, nous avons pu réaliser des activités aussi variées et riches en enseignements. Il s’agit, entre autres, des activités financées par la direction des Arts et notre partenariat avec les collectivités locales, notamment la mairie de Kédou­gou.
Comme principale activité, on avait le théâtre scolaire qui a permis d’avoir un partenariat avec l’Inspection d’académie et de mobiliser tous les acteurs autour de l’importance du théâtre scolaire. Cela a poussé les élèves à mieux s’exprimer en français, à mieux considérer les valeurs de civisme et de citoyenneté. Cette activité a été un succès éclatant.
Il y a eu aussi le voyage des ethnies minoritaires en France. Le programme a été entièrement financé par le député-maire de la commune de Kédougou, Mamadou Hadji Cissé. Il a déplacé 27 personnes qui ont séjourné pendant 30 jours dans la capitale française. Durant ce voyage, les artistes de Kédougou ont exhibé la richesse culturelle de cette contrée devant 60 000 spectateurs. Ces derniers ont partagé la scène avec plus de 350 artistes d’origines diverses et sur plusieurs scènes. En outre, il y a la mutuelle de santé qui est un programme financé par le ministère de la Culture en partenariat avec celui de la Santé. La mutuelle a permis de subventionner beaucoup d’artistes de la région qui y ont adhéré.
En plus, il y a eu le Fonds de développement des cultures aubaines estimé à 300 millions de francs et institué par le président de la République. On n’est en train de se battre pour que la région puisse également bénéficier de ce fonds. Même si les acteurs de la culture urbaine à Kédougou n’ont pas pu obéir aux critères. N’empêche, on n’est en train d’essayer d’apporter des correctifs à cela en les accompagnant pour qu’ils puissent disposer de ce fonds, au même titre que les artistes et rappeurs des autres régions.
Formation et financement des acteurs culturels
La formation est très importante pour ne pas dire primordiale. Surtout dans une région comme Kédougou. C’est pourquoi, dans notre plan d’action pour 2017, ce volet occupe une place importante. On veut mettre l’accent sur la formation des troupes théâtrales, entre autres. On avait amené une troupe au Fesnac 2016. Malgré la volonté des acteurs, on s’est rendu compte qu’ils n’avaient pas tous les outils pour mieux prester, pour faire du théâtre. Un metteur en scène va incessamment faire une descente pour les former en jeu d’acteur, à la mise en scène, en décoration, bref en plusieurs techniques du théâtre. Il y aura aussi des formations en peinture avec des professeurs d’art qui sont dans la région. Des formations en écriture pour les rappeurs et en graffitis. Tout cela permettra de renforcer les acteurs culturels de la région en capacité et leur permettre de mieux exercer leur art, chacun dans son domaine.
Pour les financements, nous sommes dans des démarches très poussées avec les collectivités locales et notre ministère de tutelle. Nous espérons que les nombreuses tractations vont aboutir et que cela nous permettra de faire un travail remarquable.
Par ailleurs, on est conscient de l’importance de la culture urbaine au niveau national et particulièrement dans la région. Cependant, il est vrai que son développement dans la localité est difficile, faute d’infrastructures pouvant permettre aux jeunes de dérouler leur art. Ce, même s’il y a des jeunes qui sortent du lot avec de maigres moyens.
Avec l’érection très proche du Centre culturel régional, nous espérons bénéficier d’un studio d’enregistrement, de toutes les commodités pour permettre à ces talents d’éclore et de vendre la destination Kédougou. Ce dispositif va booster la créativité des jeunes, surtout qu’il est important pour les jeunes d’apprendre à se sacrifier et travailler sérieusement pour arriver à présenter des produits de qualité qui vont faire la fierté de la région. Il est vrai que la situation actuelle du centre culturel de Kédougou ne permet pas de régler ces difficultés. Tout compte fait, avec le projet de construction du Centre culturel régional, ce sera bientôt un vieux souvenir. Car nous ne sommes pas les seuls dans cette situation. La plupart des services de l’Etat sont dans des maisons conventionnées à Kédougou. Heu­reusement, le ministère à pris en charge cette préoccupation qui est en passe d’être réglée pour de bon.

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