PARTAGER

«Le visage de la Résistance», c’est l’intitulé de l’exposition qui se tient actuellement à la Maison de la presse. Inaugurée hier, cette exposition est une série de quinze portraits mettant en exergue le visage de femmes victimes ou ex-exciseuses et d’hommes, militants engagés dans la lutte contre l’excision. Elle se poursuit encore aujourd’hui.

Thérapeutes, infirmières, porte-parole, auteurs, victimes ou militantes, ces femmes se montrent toutes à visage découvert. Assises face à l’objectif et habillées tout en noir, ces femmes sont toutes des figures de la résistance contre l’excision, tout comme le suggère l’intitulé de l’expo : «Le visage de la Résis­tance.» Dans une série de portraits (15 environ), qu’il a réalisés au Sénégal, le photographe Jason Ashwood amène ces victimes de l’excision, exciseuses reconverties, ou hommes engagés dans la lutte contre l’excision à parler publiquement de leurs expériences. Pris en noir et blanc sur un fond noir, ces clichés relatent chacun une histoire captivante comme celle de Fatou Kanté. Parée de boucles d’oreilles en cercles tordues et d’un bracelet autour des chacun de ses poignets, l’un des portraits montre la quinquagénaire, vêtue tout en noir. Ex-exciseuse, Fatou Kanté habite à Maka-Coliban­tang, une zone située dans la région de Tambacounda. Présen­te à la conférence de presse qui s’est tenue peu avant le vernissage de l’exposition, elle raconte comment elle a hérité ce métier de ses parents. «Ma mère m’a initiée à la pratique. J’ai excisé beaucoup de filles, mais je ne connais pas exactement leur nombre. Notre maison était le lieu d’accueil des filles à exciser. On y regroupait des jeunes filles pendant une période déterminée et elles restaient jusqu’à leur guérison», narre-t-elle, tout en affirmant par ailleurs avoir maintenant arrêté de pratiquer l’excision. «Mes trois dernières filles ne sont pas excisées», confie la dame née dans une famille qui accorde pourtant une importance particulière au rituel de l’excision. «Ça me permettait de gagner ma vie. Mais aujourd’hui je n’ai plus une source de revenus», note-t-elle.
Ailleurs, les visages de Maï­mou­na Mballo, exciseuse reconvertie, de Assy Diamanka, une jeune fille victime, de Fatoumata Tamba, une infirmière, de Mariama Gnamadio, entre autres, occupent le décor. Présente à l’expo, cette dernière a elle aussi subi l’excision. Mère de 4 enfants, Mme Gnamadio s’est fortement battue pour qu’aucune d’elles ne la subisse à son tour. Elle témoigne à ce propos : «Au début, la résistance était difficile surtout avec mes parents. Mais au fur et à mesure, leurs appréhensions se sont dissipées, ils ont compris que les contraintes liées à une sexualité précoce et à des odeurs n’étaient pas fondées», soutient la dame engagée depuis 20 ans dans la lutte contre l’excision dans sa communauté à Kol­da.
A côté de ces visages de femmes victimes, ex-exciseuses ou militantes, ceux d’hommes s’il­lustrent aussi. Infirmier d’Etat et responsable de l’éducation et de l’information pour la santé du district sanitaire de Maka-Colibantang, Serigne Seck rappelle, lui, la responsabilité des hommes dans cette pratique. «Les hommes disent souvent qu’ils ne sont pas au courant quand on excise leurs filles. Comment peuvent-ils ne pas être courants ?», s’interroge-t-il. Ce n’est visiblement pas chez Mamady Koudjira qui, issu d’une famille d’exciseuses, a clairement fait savoir à sa femme qu’il ne voulait pas que l’on excise sa fille. «Il a aussi pu convaincre sa cousine et belle-mère d’arrêter définitivement cette pratique», raconte-t-on.
Même si certaines s’entêtent à encore à pratiquer l’excision, Soukeyna Diallo et Leyla Hussein, les initiatrices de cette exposition, pensent que la sensibilisation a un effet bénéfique. Cette exposition contribuera aussi à promouvoir, selon elles, «une image positive des survivantes, belles, confiantes et fières de leurs remarquables ac­complissements, malgré ce qu’elles ont enduré». «Le visage de la Résistance» se poursuit encore aujourd’hui à la Maison de la presse.
aly@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE