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Les élèves et étudiants de l’Ecole nationale des arts ont bloqué hier pendant près d’une heure la circulation sur la Vdn. Allumant des pneus sur un point stratégique de cette route qui passe près de leur école, ils exigeaient le paiement de leurs bourses et la reprise des cours qui, depuis 2 mois, sont arrêtés dans leur établissement. Et pour obtenir satisfaction, ils ont décrété 96h de grève.

Mine renfrognée, sueur perlant sur le visage, groupés en ordre de bataille face à un peloton de Forces de l’ordre campé devant un pneu brûlé sur une route embouteillée, les étudiants de l’Ecole nationale des arts ont manifesté hier leur mécontentement vis-à-vis de l’autorité qui, depuis deux mois, ne leur a pas versé leurs bourses, et de leur administration qui peine depuis 2 mois à amener les enseignants à reprendre les cours. Avec à leur tête Moussa Faye, président de l’amicale, ils ont porté à la connaissance l’opinion leurs revendications en 8 points : Reprise immédiate des cours suspendus depuis près de 2 mois, signature du décret de réforme de l’Ena, reprise du paiement des bourses impayées depuis 2 mois, révision du statut des professionnels (l’un des motifs de la grève des enseignants de l’Ena), ouverture du concours des inspecteurs d’éducation artistique ou musicale…
Dans ce document revendicatif, les étudiants fustigent également la mise à l’écart de l’Ena/Section art dans l’organisation de la Biennale 2018, exigent l’obtention d’un bus pour leurs sorties et la construction de la nouvelle école. «Cela fait 2 mois qu’il n’y a pas cours à l’Ena. Les professeurs ont suspendu leur cours, vu que le statut n’a pas été respecté, vu qu’ils n’ont pas reçu des indemnités liées à leur statut de formateurs à l’Ecole nationale des arts. Les bourses ne sont pas payées depuis 2 mois. Nous exigeons la signature du décret qui va régir cette école, la construction de cette école logée dans un bâtiment qui date de mathusalem», note M. Faye, étudiant en 3e année de musique et leader de la manifestation. Pour se faire entendre des autorités et les amener à réagir, il renseigne que ses camarades et lui ont usé et épuisé toutes les voies de recours possibles. Le dernier qui restait donc était de barrer la Vdn et décréter 96h de grève. Espèrent-ils sans doute être entendus par le président de la République qui, depuis fort longtemps, avait demandé que l’école soit construite ? «Mais ses ministres n’ont rien fait pour que cela soit réalisé. Nous demandons que cette école soit construite et délocalisée dans les plus brefs délais et voulons que le ministre de la Culture et le président de la République prennent le problème de l’Ena en mains pour qu’il soit réglé pour de bon.» Ils se disent prêts à en découdre avec «les autorités du ministère de la Culture qui restent les bras croisés comme si elles ne peuvent pas ou ne veulent rien faire de cette école».

Les risques d’une année invalide
«S’ils ne veulent pas ou ne peuvent pas, ils n’ont qu’à remettre cela au président de la République», s’emporte le président de l’amicale dont le premier souci reste les risques pesants d’une «année invalide», si les cours ne sont pas repris immédiatement. «Une année blanche, nous n’en voulons pas. Nous ne voulons pas être les agneaux du sacrifice», déclare Moussa Faye. Etudiant en 3e année en animation culturelle, Yoro Cissokho est aussi soucieux de la tournure des événements. «Nous qui sommes en dernière année, que ça soit en musique, art plastique, animation culturelle, devions tous déposer nos mémoires depuis maintenant 1 mois. Pour ce qui nous concerne, nous avons arrêté les cours depuis le mois de mars. Et les profs devaient durant cette période nous encadrer et corriger nos travaux, mais nous n’avons pas pu le faire parce qu’ils sont en grève. On est là et on ne sait pas quand est-ce qu’on va soutenir. Nous, notre intérêt, c’est de reprendre les cours, déposer nos mémoires, percevoir nos bourses», dit-il agacé par cette situation.
Coordonnatrice du Collectif des professeurs de l’Ena, Ndèye Codou Ndiaye confirme les propos de Yoro. «L’année risque d’être invalidée à ce stade. D’habitude au mois de juin, les 1ère, 2e et 3e années étaient en train de faire leurs examens partiels. Cette semaine, c’est ce qu’on appelle la semaine de révision. Au retour, ils devraient démarrer leurs examens. Et pour ceux qui sont en 4e année, on devait actuellement disposer de leur document de mémoire et ils devaient soutenir en principe au mois de juillet», confie-t-elle. Mais pour le moment, «la priorité des priorités» de ce professeur reste la révision du statut des professionnels ou au moins une rémunération des charges supplémentaires. «Nous sommes des Professeurs d’éducation artistique plastique titulaires. Il n’existe pas de statut de formateur. Nous conservons le même statut que celui qu’on avait au niveau des collèges et lycées. Alors que nous ne faisons plus les mêmes tâches. Actuellement, nous encadrons des étudiants pour la soutenance de mémoires. Nous faisons des inspections d’étudiants en stage pratique dans les écoles pour qu’ils puissent devenir des professeurs. Nous évaluons les dossiers plastiques individuels aussi bien en musique qu’en éducation artistique plastique. Depuis notre détachement il y a 3 ans, nous n’avons pas eu d’avantages. Notre salaire n’a pas changé. C’est inadmissible ! Dans les normes, ont devait bénéficier d’une prime académique spéciale», souligne-t-elle.

Inadéquation des locaux
Pour une école de formation de cette envergure, Mme Ndiaye trouve encore déplorable l’état des locaux. «Le site n’est pas adéquat. Nous logeons dans un bâtiment à usage d’habitation et fonctionnons avec un budget insuffisant de 11 millions de F Cfa. Pour une école de formation, 11 millions c’est vraiment insuffisant pour prendre tout en charge», s’indigne-t-elle. Et malgré les demandes d’audience déposées auprès du ministre de la Culture, la situation reste la même. «Il n’y a aucune proposition», note-t-elle. «On nous avait promis de tout faire pour mettre sur pied un comité restreint qui travaillerait sur ce dossier, mais nous attendons en vain. Jusqu’à présent, ce comité n’est pas mis en place. Et aujourd’hui, il nous faut au moins des propositions pour reprendre», argumente un membre du corps professoral.
Face à cette situation, l’Administration est impuissante. Directeur par intérim, Bernard Bangoura souhaite que les enseignements reprennent. «Ça va dans l’intérêt aussi bien des stagiaires que des élèves. La mission de l’école c’est de faire en sorte que les élèves, les stagiaires puissent bénéficier d’une formation de manière conforme au calendrier académique», rappelle-t-il, invitant les étudiants à mesurer l’impact que ces grèves pourraient avoir dans le cadre de leur formation et de leur positionnement professionnel dans le futur.
aly@lequotidien.sn

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