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Les gisements de Grand Tortue et Sn1 devraient générer des revenus de 84 000 milliards de francs Cfa. Sur cette manne financière, l’Etat du Sénégal devrait encaisser quelque 16 800 milliards de francs Cfa sur 30 ans, soit 560 milliards par an.

De l’exploitation des ressources pétrolières et gazières des gisements de Grand Tortue qui est à cheval entre le Sénégal et la Mauritanie et Sn1, les revenus attendus sont estimés à 84 000 milliards de francs pour des investissements de 33 000 milliards de francs Cfa. Le directeur général de Petrosen, Mamadou Faye, qui a fourni ces chiffres à l’occasion de la concertation nationale sur la gestion des recettes issues de l’exploitation du pétrole et du gaz souligne que les revenus de l’Etat du Sénégal dans ces recettes dépassent les 16 800 milliards de francs Cfa sur une période de 30 ans. «La part de l’Etat représente 52 à 66% des profits», souligne M. Faye. Mais déjà, une grille de répartition a été définie par le Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (Cos-petrogaz). Elle alloue ainsi le tiers des recettes à l’épargne pour les générations futures et ces fonds seront hébergés par le Fonds souverain d’investissement stratégique (Fonsis). 5% sont ensuite affectés à la stabilisation des revenues et serviront à prévenir les chocs. Le reliquat des 2/3 ainsi que les recettes fiscales étant transférés vers le budget pour financer l’économie du pays à travers des programmes de développement. Cette grille semble pertinente pour nombre d’acteurs ayant participé à ces assises. Néanmoins, la députée Awa Guèye insiste sur la nécessité de veiller à ce que les programmes développés avec ces ressources soient à fort impacts sociaux.
Si pour M. Mansour Cama de la Confédération nationale des entreprises du Sénégal (Cnes) cette grille de répartition est frappée du bon sens, pour le maire de la commune de Passy, M. Adama Cissé, il ne faut surtout pas occulter les aspects environnementaux. «L’impact environnemental de la gestion du pétrole est très importante. La première composante doit être la préservation de la nature qui doit avoir une part symbolique de 2 à 3%», plaide l’édile.
Le développement d’un secteur pétrolier dans le pays ne doit pas se faire au détriment des autres secteurs d’activités. C’est aussi la conviction de M. Cama qui estime qu’il ne faut pas abandonner les autres secteurs que sont l’agriculture, la pêche, etc. «Trois secteurs doivent bénéficier d’un intérêt particulier : c’est l’éducation, la formation et le secteur agricole», souligne oustase Makhtar Fall, un des participants. Le tout, c’est que «le budget soit à la base de l’exploitation de la manne pétrolière», insiste M. Cama. Le Sénégal vient à peine d’accéder à ce cercle restreint des pays riches en hydrocarbures. Et pour éviter de vivre les mêmes errements que certains de ses voisins ouest africains, le maire de Passy suggère un benchmark au Ghana ou au Nigeria. «Un pays comme le Nigeria a commis beaucoup d’erreurs dans la gestion de ses ressources et aller apprendre auprès d’eux nous ferait gagner 30 ans», dit-il.

Contenu local
Si la grille de répartition semble satisfaire le secteur privé, ce dernier manifeste tout de même le désir de bénéficier des retombées de cette exploitation. Une doléance que le Président Macky Sall inscrit dans la capacité des entreprises locales à assurer certains types de services aux grandes compagnies pétrolières. Ainsi, M. Sall exhorte les entreprises sénégalaises à tout faire pour qu’à l’horizon 2030 la part de contenu local dans le secteur pétrolier atteigne les 50%. Il prend ainsi l’exemple du Brésil qui aujourd’hui a atteint 70%. Mais pour Baïdy Agne, il y a une réflexion plus large à mener parce beaucoup d’entreprises sénégalaises n’auront pas les capacités d’intervenir sur le pétrole. «Mais les fruits du pétrole, que ça soit dans les infrastructures ou les autres secteurs de notre économie, cette réflexion de contenu local doit être élargie à tous ces secteurs. Je salue cette initiative et j’espère après cette discussion d’aujourd’hui trouver un mécanisme plus spécifique avec le ministre des Finances et le ministre du Pétrole pour approfondir les réflexions et préparer tout de suite les interventions», souligne M. Agne. Pour le président de la Cnes, il revient au secteur privé de s’organiser pour tirer son épingle du jeu. «Du point de vue règlementaire et législatif, le Code pétrolier qui est en gestation intègrera la nécessité d’une prise en compte des entreprises locales dans ce qu’on appelle le contenu local de l’économie pétrolière et gazière. Cela veut dire qu’à côté des grands groupes qui font de l’exploitation pétrolière et gazière, il y aura tout un ensemble de services et d’activités qui seront à la disposition du secteur privé. A nous de nous organiser», précise-t-il. Du côté du Comité d’orientation stratégique (Cos-petrogaz), l’on prévient que dans certaines situations, le contenu local a eu des effets contraires à ceux recherchés. «Certaines stratégies de captation pour les compagnies privées se sont révélées désastreuses», prévient Mamadou Fall Kane, secrétaire permanent adjoint du Cos-petrogaz.
mamewoury@lequotidien.sn

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