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Micr’Ouvert… Vieux Farka Touré, chanteur malien : «Si je peux, je vais même faire du mbalakh»

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Fils du célèbre artiste Ali Farka Touré, le jeune mu­sicien, Vieux Farka Touré, se positionne en digne fils de son père qui a démontré que les origines du blues pouvaient bien se trouver en Afrique de l’Ouest, avec la seule force de sa culture. A Dakar, dans le cadre d’une tournée africaine débutée à Praia, Vieux se produit ce soir à l’Institut français Léopold Sédar Senghor. Avec ses mots bien à lui et une simplicité bien africaine, il se livre brièvement à Le Quotidien.

Parlez nous de votre carrière dans la musique…
Je ne suis pas un musicien qui a fait vingt ans ou trente ans de carrière. J’ai commencé à prendre la guitare en 2001, mais mon début de carrière, c’est en 2006 comme musicien international.
Votre père, Ali Farka, était semble-t-il opposé à ce que vous fassiez de la musique…
C’est juste la patience. J’ai fait des efforts pour le convaincre à me laisser le faire et puis «corrompre» ses amis pour qu’ils acceptent de lui parler. Vous connaissez l’Afrique ! Les vieux entre eux, ils peuvent se comprendre mais entre eux et les enfants c’est un peu compliqué. En fait, je comprends mieux aujourd’hui sa position. C’est carrément à cause de la bureaucratie de la musique. C’est-à-dire que parmi les producteurs, les managers et les agents, il y en a qui ne sont pas du tout honnêtes, qui font travailler les artistes et qui ne les paient pas. Ça arrive sur notre marché mais aussi sur le marché international.
Pourtant, vous étiez au départ juste un guitariste…?
Oui. J’ai été guitariste avant de commencer à chanter. C’est arrivé en tâtonnant. Petit à petit, l’oiseau fait son nid. J’ai commencé en faisant des petites salles, des petits clubs sur le plan international, en prenant toutes sortes de cachets. J’ai des agents qui ont  beaucoup travaillé et j’ai collaboré avec des maisons de disques très compétentes qui m’ont permis d’arriver là où je suis. Dans la musique, on ne peut pas devenir célèbre du jour au lendemain. Il faut des années. Cela demande beaucoup d’efforts et de courage.
Chanteur malien, vous êtes  plus connu en Amérique qu’en Afrique. Qu’est-ce qui l’explique?
C’est juste à cause de la promotion ici. Comme ma carrière a dé­buté à l’extérieur, je suis mieux con­­nu aux Etats-Unis qu’en Eu­ro­pe. Mais là, c’est l’étape que j’ai sau­tée que je suis revenu faire. C’est-à-dire m’implanter,  me faire connaître ici en Afrique. L’on a beau être connu à l’extérieur, si l’on n’est pas connu chez soi, ce n’est  pas la peine. Comme on dit, quel­que soit le nombre d’années que dure le tronc d’un arbre dans l’eau, il ne deviendra jamais un caïman. Il faut souvent retourner en arrière.
Votre nom Farka Touré vous a sûrement aidé dans ce milieu ?
C’est très simple. Il y a beaucoup d’artistes qui s’arrêtent à leur première tournée. C’est pour cela que c’est une question de chance mais aussi une question de courage. Mon nom m’a beaucoup aidé. Je remercie mon papa et à ma maman pour leurs bénédictions. Franchement, il faut avoir beaucoup de bénédictions pour arriver là où je suis. On est en Afrique, on a aussi besoin de ça.

«J’essaie de montrer que la musique n’a pas de frontière»

Comment définirez-vous vo­tre style musical ?
Je n’ai pas défini ma musique. Vu que je joue du rock, du reggae et un peu de tout. Je dis juste que je fais de la musique tout court. Si je peux, je vais même bientôt faire du mbalakh.
En rajoutant des genres mo­dernes à votre musique, vous semblez vous démarquer de ce que faisait votre père ?
Non, je ne veux pas me démarquer. Je suis très fier de mon père. Je suis très fier du nom que je porte. Ce n’est pas pour me démarquer du tout. C’est juste pour apporter une certaine modification à sa musique. Il faut savoir qu’en Afrique pour la plupart, on prend les anciens morceaux que l’on reprend tout le temps. Si on prend vingt personnes, elles font la même chose. On est assez riche pour faire ça. Mais, on peut faire d’autres choses très différentes. On peut vendre la musique traditionnelle en montrant qu’on sait la manipuler comme on veut. Ce que j’essaie de faire, c’est de montrer que la musique que je fais n’a pas de frontière. Je fais ce que je veux en rock, en jazz, en blues, en traditionnel, en tout genre de musique. Je ne m’écarte pas. Il y a des gens qui m’ont posé la même question à savoir pourquoi je ne fais pas la même chose que mon père. Je dis non ! Mon père, il a déjà fait ses preuves. Nous, ce qu’on fait c’est de continuer ce qu’il a fait avec son album Talking Timbuktu, c’est-à-dire mixer sa musique traditionnelle avec d’autres. Je viens de faire un album avec un Israélien, la musique malienne combinée avec une musique orientale. C’est ce qu’il faut envisager le plus souvent. Je crois que beaucoup d’artistes passent par là. C’est bien de montrer que notre musique va plus loin qu’on le pense.
Dans une Afrique encore traditionnaliste, votre musi­que pourrait ne pas toucher par exemples des maliens ?
Quand on fait ce genre de musique, on prend un risque. Quand on réussit, on réussit. Quand on échoue, on échoue. Mais, j’ai pris le risque. Il y a en qui aiment et d’autres qui n’aiment pas. Mais attention, on fait cette musique. Il faut faire très attention là où on met les pieds. Ne laisse jamais la tradition, tu la gardes sur terre et lèves ta main en haut. C’est comme si tu prends un arbre que tu décores. Le tronc reste inchangé mais sur les feuilles parfois tu mets du jaune, parfois du rouge… Ma voix est traditionnelle. Mon groupe est constitué de trois musiciens qui ont déjà joué avec mon père. Ce sont les anciens qui jouent carrément traditionnel. Il y a aussi trois musiciens modernes. Ils sont jeunes. Il y a mon bassiste et mon batteur. Je mixe la tradition et la modernité. Il faut que ça synchronise.
Comptez-vous bientôt jouer au Mali ?
J’espère bien !  Je veux clôturer la tournée au Mali. Après cela, je serai au festival du Niger. On espère que la rébellion va finir vite afin qu’on puisse faire le festival du désert, le festival Ali Farka Touré à Niafunké. Au sujet de mon spectacle de Dakar, je ne veux pas trop parler. Ce n’est pas trop mon genre. Je préfère  dire au public de venir découvrir.
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