Le Quotidien

Première foire d’art contemporain africain organisée hors du continent : C’était «1:54» à Londres

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C’est une première, révélatrice de l’émergence d’un marché. La première foire d’art contemporain africain organisée hors du continent s’est tenue à Londres du 16 au 20 octobre dernier.

Quelque 70 artistes africains et de la diaspora - certains établis comme le photographe malien Malick Sidibé, mais aussi des moins connus - sont présents à la foire «1:54», le chiffre 1 en référence au continent africain souvent assimilé à une seule entité, et 54 en référence au nombre de pays qui le constituent. La première foire d’art africain organisée hors du continent se tient du mercredi 16 au dimanche 20 octobre à la Somerset House de Londres. «Dans la mentalité de beaucoup de gens (en Occident), l’art africain se résume aux arts premiers», explique Philippe Boutté de la galerie Magnin-A basée a Paris et spécialisée dans l’art africain contemporain. «Le public a longtemps vu dans les artistes qu’on exposait des bushmen, des gens qui auraient fait de l’art sans le savoir», note-t-il avec ironie, «alors que ce sont de vrais artistes». Derrière lui, un imposant trône de l’artiste mozambicain contemporain, Gonçalo Mabunda, confectionné uniquement de revolvers, Kalachnikov et autres munitions vestiges de la guerre civile dans son pays. Zuma est proposé à 9 500 euros, à côté d’une toile réaliste de l’artiste congolais, Chéri Samba, vendue à 55 000 euros et intitulée Lettre de la Cpi, la Cour pénale internationale qui a condamné l’ex-chef de milice congolais Thomas Lubanga à 14 ans de prison.

Thèmes récurrents
Le point commun de ces artistes : le continent africain bien sûr, leur persévérance à créer dans des conditions difficiles, mais aussi des thèmes récurrents. «Il y a un sens de l’immédiateté, des chroniques sociales et politiques, et les artistes ne produisent pas d’œuvres liées à leurs émotions, mais à leur environnement», contrairement aux artistes occidentaux, estime la Camerounaise Koyo Kouoh, directrice artistique de la foire. Romuald Hazoumè, qui a eu les honneurs du British Museum à Londres, du Centre Georges Pompidou à Paris ou encore du Guggenheim à Bilbao (Espagne), témoigne de cet engagement. Dans son boubou beige, le cou chargé de grigris, ce Béninois défend ses masques confectionnés à partir de bidons d’essence découpés. Une hanse dessine le nez, un goulot la bouche, de simples tresses ou un wax coloré finissent d’esquisser les visages. Avec ces créations, «je rends hommage aux héros de la survie, ces Béninois qui font du trafic d’essence avec le Nigeria voisin, en transportant jusqu’à 620 litres d’essence sur leur mobylette, explique-t-il à l’Afp. Je suis l’ambassadeur des questionnements de mon Peuple».
On peut aussi citer l’Ivoirien Abdoulaye Diarrasouba dit Aboudia, dont un tableau a été acquis récemment par la galerie renommée Saatchi. Ses collages grands formats, alliant dessins tribaux et journaux, s’inspirent des violences postélectorales de 2010-2011.

Un marché en pleine croissance
«1:54» se tient la même semaine que la «Frieze Masters», l’une des principales expositions d’arts contemporains au monde. Le moment choisi «envoie le message clair qu’il s’agit d’un marché en croissance», estime Paul Hewitt de la maison d’enchères Christie’s, qui soutient la foire. Depuis quelques années seulement, le marché de l’art africain fait parler de lui. Pour preuve, des œuvres de la peintre d’origine éthiopienne Julie Mehretu et du sculpteur ghanéen El Anatsui se sont arrachées pour au moins un million d’euros. Elles restent toutefois des exceptions. Les œuvres exposées à la foire sont ainsi proposées entre 1 200 et 350 000 euros. Koyo Kouoh attribue cet intérêt grandissant à la croissance économique de l’Afrique notamment. «L’art suit les facteurs économiques. Les indicateurs économiques de l’Afrique sont très positifs et naturellement il y a un intérêt pour la pratique artistique», explique-t-elle. Une foire internationale d’art africain,  relativement modeste, se tient à Johannesburg depuis 2008, mais elle n’a jamais franchi les frontières du continent. Romuald Hazoumè regrette que «1:54» ne se tienne pas, faute de marché, en Afrique. «Les nouveaux riches africains achètent des Bentley, on a une culture de la frime. On n’a pas compris que la culture c’est le meilleur investissement. Au bout d’un an la voiture est cassée, et elle ne dit rien sur nos racines. Alors que l’art ou un musée va porter notre monde pour des générations.» L’objectif affiché de Touria El Glaoui, fondatrice de la foire et fille du célèbre artiste marocain Hassan El Glaoui, est d’ailleurs de faire tourner, un jour, «1:54» en Afrique. «Alors, j’aurai accompli mon rêve.»
Avec Jeuneafrique.com

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