Le Quotidien

EXPOSITION-Shael gris de Mame Diarra Niang, plasticienne : Riches émotions d’une identité plurielle

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Artiste franco-ivoiro-sénégalaise, la conceptrice de l’exposition «Shael gris», âgée de 31 ans, place toujours ses photographies au milieu d’une installation. Mame Diarra Niang, qui expose ses œuvres à l’Institut français depuis le mois dernier, fait savoir qu’elle tente d’apporter à travers son travail une autre vision, un autre angle de réflexion.

Dans son exposition baptisée Shael gris, Mame Diarra Niang apporte un regard critique sur le fonctionnement des sociétés contemporaines. «J’ai connu Dakar avec beaucoup moins d’habitation. On vivait dans une grande maison. Et aujourd’hui, il y a une sorte d’individualisation qui se forme. On ne vit plus les uns à côté des autres, mais les uns sur les autres. On ne cherche plus à sortir du territoire. Mais on s’y implante davantage», constate-t-elle. En réutilisant les sables du territoire, dit-elle, on forme des briques et on bâtit. Pour l’enfant chérie de Thiaroye Azur, Shael gris, c’est tout ce sable qu’on a réutilisé et qui est devenu gris comme du ciment.
Métisse, Mame Diarra Niang se dit enraciner dans ses valeurs africaines. «Il ne faut pas qu’on s’oublie, qu’on oublie ce qui a fait la force de nos familles africaines», conseille-t-elle. Avant de soulever des interrogations : «Où est-ce que ça mène le fait de vivre toujours les uns au-dessus des autres ? Pourquoi je cherche toujours à être au-dessus de quelqu’un ? Pourquoi tu te mets à l’écart des autres ?» Et puis, il y a une seconde lecture dans son œuvre Shael gris : «Quand je créais cette série, j’avais l’impression de me promener dans un cimetière. Il y avait quelque chose qui me disait toujours qu’on essaye de mettre un cadre autour de nous. Finalement, c’est comme si on s’habitue à notre propre tombe. C’est ce qui m’a sautée aux yeux», explique Mame Diarra. Dans ses travaux, elle présente en effet des paysages en ruines, en construction, etc. «Il y a toujours une mutation. Et Shael gris parle d’une colonisation urbaine. La pratique de la plasticité demande une certaine maturité dans le regard. Donc moi, quand j’expose, je place mes photographies au milieu d’une installation. Je ne mime pas ce qu’il y a dans la photographie. Mais j’apporte une autre vision, un autre angle de réflexion», renseigne-t-elle.
Au Sénégal, signale cette artiste d’une lucidité extraordinaire, beaucoup de choses m’ont inspirée à faire cette exposition : «J’avais un rapport un peu bizarre avec le Sénégal. Etant métisse, je ne trouvais pas forcément ma place dans ce pays. On me renvoyait toujours à cette place de ‘’toubab’’ qui m’engrangeait parce que je n’essaie pas de comprendre et je ne me posais pas trop de questions. Mais le fait que mon père Cheikh Niang soit mort (2007), j’ai été à sa recherche, à ma propre recherche, une réap propriation de mon territoire et de ce que je suis. La finalité de tout ça, c’est de dire non à tous ceux qui pensaient que j’étais une ‘’toubab’’  et que je suis une facette du pays que tu ne veux pas voir.»
Stagiaire

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