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ENQUêTE SUR LES PRéPARATEURS PHYSIQUES : Seuls quatre diplômés au Sénégal Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
05-11-2009
L’importance d’un préparateur physique au sein d’un staff technique n’est plus à démontrer au vu de ce qu’il représente dans la performance d’un joueur ou d’un athlète. Mais paradoxalement au Sénégal, c’est le désert concernant ce métier où on ne recense que quatre diplômés. Le Quotidien a mené son enquête.

ImageL’absence de cadre approprié au Sénégal pour être formé au métier de préparateur physique fait que la majorité des pratiquants sont formés sur le tas. Pourtant, ce métier est devenu incontournable au vu de ce qu’il représente dans la performance des joueurs et des athlètes. Mais curieusement au Sénégal, c’est le désert. Il n’y a en effet que quatre préparateurs physiques à se prévaloir d’un parchemin universitaire. Le Quotidien a mené son enquête en s’approchant des concernés. Il s’agit du doyen Ibou Diatta, qui officie dans l’équipe de football de l’As Douane et qui a eu à intervenir au sein de la «Tanière», de Mamadou Lamine Bâ alias «Petit Bâ» de Niary Tally ; Mamadou Fall de l’Us Gorée et Samba Keïta qui est sans club.
Si les trois derniers, issus de la première promotion francophone formée à Leipzig (Allemagne), ont bénéficié d’une bourse d’études offerte par le ministère des Sports, il n’en est pas de même pour Ibou Diatta, qui, de par ses propres moyens, a assuré sa formation universitaire à Dijon (France) après un passage à Leipzig. «Je suis le premier Sénégalais à faire une formation universitaire en préparateur physique. C’est très coûteux. J’étais parti de par mes propres moyens. J’ai payé 5 millions de nos francs pour une formation sanctionnée par un diplôme universitaire de préparateur physique.» C’est sur ces entrefaits que Ibou Diatta a posé depuis 2005 son baluchon chez les gabelous, avant d’intégrer l’encadrement des Lions du foot en 2006.
Aujourd’hui même s’il ne tire pas la couverture à lui seul, Ibou Diatta veut que l’on reconnaisse qu’il a été pour quelque chose dans la performance du club Douanier ces cinq dernières saisons. «La préparation physique a amené un plus à la Douane. Si vous avez regardé les matches de la Douane, avant la fin vous voyez la Douane monter toujours en puissance et terminer très fort ses matches. Et, quel que soit le score, elle est capable de revenir au score. Et si on devance l’adversaire, ce dernier ne revient pas au score. La plupart du temps nous gagnons nos matches en fin de partie», avance-t-il.
Samba Keïta, Mamadou Bâ dit «Petit Bâ» et Mamadou Fall ont été plus chanceux. Les trois préparateurs physiques ont en effet bénéficié de bourses par le concours de la coopération allemande par l’intermédiaire du ministère des Affaires étrangères allemand. Ils sont sortis de l’Université de Leipzig en février dernier avec le Certificat international de préparateur physique avec la mention «très bien». Mais si «Petit Bâ» et Mamadou Fall ont trouvé des employeurs, ce n’est pas le cas de Samba Keïta qui cherche toujours un point de chute. «Le premier problème, c’est que je suis à Saint-Louis où il n’y a pas beaucoup de clubs. Il n’y a pratiquement que la Linguère que j’ai entraînée par le passé», souligne le préparateur physique qui reconnaît que les gens sont un peu réticents. «Quand tu as un niveau assez élevé, les gens ne sont pas attirés parce qu’ils vont se dire que cela va leur coûter beaucoup sur le plan financier. Et comme le métier de préparateur physique n’est pas très bien connu au Sénégal, ils te disent que l’entraîneur titulaire peut cumuler les deux. Ce qui est totalement différent. On ne peut pas faire un sport de haut niveau en Europe sans un préparateur physique confirmé. C’est ce qui fait que nos clubs en Afrique, au Sénégal en particulier, sont en retard», tente de convaincre Samba Keita.

UN GROS RISQUE POUR LES JOUEURS
Sur les raisons qui font que ce métier de préparateur physique est devenu rare au Sénégal en dépit de son importance, on peut citer l’absence de cadre bien adéquat à ce niveau. Ce qui explique que la majorité des clubs font recours, soit à leurs entraîneurs pour faire le travail qui leur est destiné. Ou faire appel à d’anciens athlètes qui jouent les bouche-trous au niveau de certains clubs.  
Un gros risque pour les joueurs si l’on en juge les propos de Ibou Diatta. «Ce sont d’anciens entraîneurs d’athlétisme, d’anciens athlètes qui font office de préparateurs physiques. Sans aucune expertise dans ce domaine, ces anciens athlètes appliquent aux joueurs ce qu’on leur faisait quand ils étaient athlètes ; là il y a un réel danger. On agit sur l’homme et il y a des risques sur le plan cardiaque et musculaire. Donc il ne faut pas faire n’importe quoi. Mais il y a une grande différence entre l’athlétisme et la préparation physique en sport collectif. Ce sont des joueurs qu’on prépare pour jouer au football et non pas des athlètes pour courir. Il y a des exercices appropriés, il y a un dosage, il y a tout un circuit. Toute une technicité.»
Samba Keita va plus loin en soulignant que «la plupart de nos entraîneurs ne maîtrisent pas la préparation physique de haut niveau. Ils ont des rudiments pour pouvoir préparer leur club mais le travail de fond que le préparateur physique peut faire, ils ne pourront pas le faire», soutient le technicien saint-louisien qui juge qu’au niveau du travail physique, il y a certaines choses que les autres ne maîtrisent pas. Par exemple la «rééducation fonctionnelle». «C’est le préparateur physique qui est entre le médecin et l’entraîneur titulaire. Il doit avoir des notions en médecine sportive très poussées», prévient Samba Keita. Une idée largement partagée par Mamadou Fall, qui à son retour de formation en Allemagne s’est vu proposer un poste au sein du club insulaire par le président de l’Us Gorée, Me Augustin Senghor. «Ce qu’on ignore, c’est que le préparateur physique doit être présent durant toute la saison pour maintenir le niveau de performance, ce qui est difficile dans nos équipes. Et au-delà, récupérer les blessés pour un retour dans le groupe. Notre travail consiste aussi à épargner des blessures. Nous subissons la même formation théorique que les médecins», renseigne le technicien insulaire.
Mamadou Bâ alias «Petit Bâ», qui a d’abord entraîné l’équipe de volley du Duc avant de devenir préparateur physique de l’Asc Niary Tally, déplore le fait que les clubs ne sollicitent pas l’expertise de personnes ayant  une formation qualifiée dans ce domaine pour aider les athlètes à être plus performants. «Comme le disait Amsata Fall (Dtn), au niveau du Sénégal, c’est un problème sociologique ; les gens veulent s’accaparer de tout. C’est pourquoi on trouve souvent dans les clubs un technicien qui s’occupe à la fois de la tactique, du mental et de la préparation physique», fait remarquer «Petit Bâ».

LA PERFORMANCE DES CLUBS S’EN RESSENT
A l’arrivée «c’est un problème de performance qui se pose», déplore Ibou Diatta qui s’est toujours posé la question de savoir pourquoi les clubs sénégalais sont toujours éliminés au premier tour des compétitions africaines. «Des fois, j’allais voir l’entraînement des clubs engagés en compétition africaine. Mais j’ai vu que la part réservée à la préparation physique est minime.  On ne fait pratiquement pas de préparation athlétique. On joue surtout au ballon. Et cela explique nos déroutes sur le plan international», fait remarquer le technicien de la Douane qui explique ces contre-performances des clubs dans les compétitions africaines par le manque «de préparateurs physiques formés à bonnes écoles».
C’est ainsi que Ibou Diatta attire l’attention sur le fait que la plupart des joueurs africains, Sénégalais en particulier, sont recalés au cours des tests effectués dans les clubs européens à cause de problèmes physiques. Le membre de l’encadrement technique de la Douane soutient en avoir discuté avec plusieurs recruteurs au cours de sa formation, qui lui en ont fait la remarque. «L’Afrique noire subsaharienne doit faire des  efforts sur ce plan-là. C’est pourquoi j’ai fait cette formation», laisse-t-il entendre. Avant d’ajouter : «Si on veut tenir la dragée haute aux clubs maghrébins, il faut qu’on ait des préparateurs physiques dans les clubs. Il faut savoir que si une bonne préparation physique ne se fait pas sentir, si les joueurs ne sont pas préparés  comme il le faut physiquement, au-delà des blessures musculaires qu’ils encourent, c’est la performance de leur équipe qui va s’en ressentir», prévient Ibou Diatta.
Son collègue «Petit Bâ» ne dit pas le contraire : «Aujourd’hui tout ce qui est performant dans le domaine du sport passe par une bonne préparation physique. Partout dans le monde, si un athlète veut faire une grosse performance, il faudra un bon préparateur physique à ses côtés», laisse entendre le technicien de Niary Tally qui cite l’exemple du tennisman Roger Fédérer qui, «en lieu et place d’un entraîneur, n’a qu’un préparateur physique».
La solution à cette rareté de préparateurs physiques au Sénégal, selon nos interlocuteurs, trouve l’expression «à travers l’ouverture d’un volet de formation de préparation physique à l’Inseps de Dakar», pour inciter les personnes intéressées à embrasser le métier.

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