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Délit d’initiés - Senegal Airlines : S.A, est-ce ça ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
20-11-2009
Décryptage de démarque
S.A. Comme société anonyme. S.A. Comme Senegal Airlines. En portant sur les fonts baptismaux la nouvelle compagnie aérienne du Sénégal, détenue à 64% par le «secteur privé national», en clair une partie du patronat sénégalais, jamais actionnaires de société anonyme n’auront été moins… anonymes.
Cheikh Amar, Président directeur général de Tracto service équipement (Tse), Serigne Mboup, Directeur général de Ccbm, Ousmane Joseph Diop, Directeur général de Senbus, Kader Mbacké, Président directeur général de Dagote Group, Mamadou Racine Sy, président de la Fédération des organisations patronales de l’hôtellerie et du tourisme (Fopaht) et Président du conseil d’administration de la Caisse de sécurité sociale , Layousse, Directeur général de Layousse Transport, Baïdy Agne, président du Conseil national du patronat sénégalais…
C’est sous les ors de la République et les caméras de télévision que le tour de table de l’actionnariat a été rendu public, en présence du chef de l’Etat, Abdoulaye Wade, du ministre de tutelle et non moins fils du précédent, Karim Wade, et de la ministre conseillère et nonobstant Directrice générale de l’Agence de promotion des investissements et des grands travaux (Apix), Aminata Niane.
Si cette société à capitaux fièrement dits «nationaux» et à vocation pourtant proclamée «régionale», avec une levée de fonds initiale de 17 milliards de FCfa, soit 36 millions de dollars (pour 15 milliards FCfa escomptés), flatte, à première vue, l’égo des Sénégalais pour ce qu’ils perçoivent comme du «patriotisme» prétendument économique, c’est pourtant une démarche iconoclaste de la part de l’Etat, qu’il serait dangereux de voir prospérer et une approche de l’investissement privé, dont le principe de légalité peut être sujet à caution. Le délit d’initiés n’est pas très loin.
Le Sénégal, en effet, fait partie d’une zone économique, l’Uemoa (Union économique et monétaire ouest-africaine) composée de 08 pays, et est partie prenante d’instruments juridiques régionaux, l’Ohada (Organisation pour l’harmonisation du droit des affaires) et le Syscoa (Système comptable ouest-africain), qui lui indiquent la voie à suivre en termes de levées de fonds. De même que quand l’Etat du Sénégal souhaite lever des fonds, il introduit un appel à obligations concernant toute la sous-région ouest africaine, de la même manière et dans un parfait équilibre des formes, quand il s’agit de fonds privés, le canal idoine est tout trouvé : c’est la Bourse régionale des valeurs mobilières, la Brvm, installée à Abidjan (avec une antenne nationale au Sénégal), où tout investisseur de l’espace Uemoa, personne morale ou physique, peut acquérir des actions lors d’une introduction en bourse. Alors, que fait la Commission de l’Uemoa, devant ce cas flagrant de contournement par le Sénégal de la référence communautaire au profit d’une préférence dite nationale ?
C’est d’ailleurs ainsi qu’en 2008, lorsque l’Etat du Sénégal, à la recherche de fonds pour renflouer ses caisses et payer sa dette intérieure, avait exprimé l’intention de vendre les actions qu’elle détient dans le fleuron de l’économie nationale qu’est la Sonatel, par une transaction de gré à gré avec France Télécom, principal actionnaire de la compagnie de téléphonie, il lui avait vite été opposé que cette transaction devait se faire par le seul canal de la Brvm. L’Etat avait dû alors reculer. Fait assez troublant par ailleurs : depuis dix ans, la Sonatel continue d’être la seule société de droit sénégalais à être cotée à la Brvm.
Les créanciers intempestifs auprès de qui l’Etat du Sénégal cherchait alors à solder ses dettes sont, peu ou prou, les mêmes qui ont été appelés à faire partie du tour de table de la toute nouvelle Senegal Airlines, qui démarrera ses activités début 2010. Retour d’ascenseur ?
Le Français Gérard Sénac (Eiffage Sénégal, société présente dans le pays depuis 80 ans) et le Suisse Jean-Claude Mimran (Compagnie sucrière sénégalaise, 2e employeur après l’Etat) font-ils partie du «secteur privé national» ? A contrario, Bara Tall, patron du groupe Talix - Jean Lefèvre, qui s’est redéployé en Gambie, est-il toujours considéré comme en faisant également partie ? Dans les deux cas, il faut se résoudre à croire que non.
En 2010, lorsque Senegal Airlines commencera ses vols, elle trouvera sur le terrain trois  nouveaux acteurs, dont la capitalisation est supérieure à la sienne. Nigerian Eagle Airlines (anciennement Virgin Nigeria) au capital de 50 millions de dollars, Air Cemac (capital de 20 milliards de francs Cfa soit 40 millions de dollars), pilotée par la Cemac (équivalent de l’Uemoa pour l’Afrique centrale) et Asky (au capital de 120 millions de dollars), composée à 80 % de capitaux privés (Ecobank…) et publics à 20 % (Cedeao et Uemoa).
De plus, aussi bien Air Cemac (dont South African Airlines détient 40 %) qu’Asky (dont Ethiopian Airlines possède 20 %) bénéficient, on le voit, de partenariats stratégiques décisifs. Puisque South African Airlines et Ethiopian Airlines figurent dans le trio de tête des compagnies aériennes africaines.
La bataille du ciel africain risque d’être une jungle pour Senegal Airlines, qui a choisi le «patriotisme» dit économique, pour faire flotter son pavois. Au mépris du réalisme stratégique ?


Ousseynou Nar GUEYE - ournaliste-Consultant en propriété intellectuelle / Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
 
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