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La non signature de l’arrêté le nommant au poste de Directeur technique national n’a pas empêché Lansana Badji de se mettre au travail en portant fièrement ses nouveaux habits de patron technique de l’athlétisme sénégalais. Dans l’interview qui suit, sa toute première depuis qu’il a remplacé Amadou Diao, ce Professeur d’Education physique, enseignant à l’Inseps, révèle avoir tourné le dos à certains avantages académiques pour aller en mission. Une mission déjà vieille d’une saison avec des résultats que l’intéressé juge positifs, et qui sera placée sous le sceau de la concertation et du partage.
Pouvez-vous dresser le bilan de votre premier exercice à la veille d’une année importante avec les prochains Championnats d’Afrique seniors prévus au Kenya ? Tout le monde a été d’accord qu’avec le peu de moyens que nous avons, il y a bien lieu de se féliciter des résultats obtenus la saison écoulée. Ce sont d’abord au mois de mai les cadets qui sont troisièmes à Bamako derrière le Mali et la Gambie aux Championnats 2009 de la Zone II. C’est ensuite les seniors avec une dizaine de médailles qui gagnent les Championnats de la Région ouest devant le Nigeria et le Burkina Faso à Porto Novo, ce qui n’est pas une mince affaire. Les quelques athlètes qui sont envoyés aux Mondiaux universitaires de Belgrade en sont revenus avec un titre (Fatou Bintou Fall), un autre de vice-champion (Ndiss Kaba Badji) et le bronze au relais 4x400 Dames. Ce sont les meilleurs résultats de notre pays dans l’histoire de ces championnats. Avec le seul Mamadou Ndiaye aux Mondiaux cadets, ce dernier est revenu avec une place de finaliste aux 400m Haies. C’est le même garçon et le sauteur en Longueur Sangoné qui sont revenus respectivement avec l’Argent et l’Or aux Championnats d’Afrique juniors en Ile Maurice. A Beyrouth, on a eu les meilleurs résultats de toutes les participations sénégalaises aux Jeux de la Francophonie. Il n’y a qu’à Berlin, lors des championnats du monde seniors, que les résultats de nos athlètes n’ont pas été en phase avec nos espérances. A propos de ces mauvais résultats de Berlin, avez-vous été satisfait de la préparation de Ndiss Kaba Badji par le Ciad ? En tout cas les résultats de l’athlète ont été mitigés. Fleuron de notre athlétisme, Ndiss Kaba n’a pas connu de grands succès jusqu’à Berlin où il a raté sa compétition. Heureusement qu’il a rebondi lors des Jeux de la Francophonie. Je pense que le Ciad y tirera toutes les conséquences pour la saison à venir. Cette gestion de nos athlètes par le Ciad fait souvent tenir des critiques sous le manteau de la part de certains de vos collègues techniciens. Qu’en pensez-vous ? Entre nous et le Ciad, il n’y a rien qui nous oppose. Personnellement, j’ai pris langue avec M. Tidiane Corréa et les autres collègues techniciens qui officient au Ciad. Ce sont tous des amis et certains parmi eux sont des compatriotes. On ne peut pas ne pas travailler avec eux. Nous y avons nos athlètes et nous ne pouvons pas ne pas avoir l’œil sur ce qui se fait là-bas. La collaboration avec le Ciad va continuer. Nous allons mettre à côté un groupe de performance. On avait tenté cela et il y a eu de bons résultats. Ce ne sera pas un Ciad bis mais un simple groupe d’espoirs ciblés qui vont bénéficier de la disponibilité des techniciens sénégalais du Ciad en plus de l’encadrement des entraîneurs fédéraux. Donc avec le Ciad, on va travailler la main dans la main. On peut expliquer ces mauvais résultats de Berlin par un mauvais choix dans la sélection. Est-ce que l’on peut vous voir innover dans le mode de sélection jusqu’ici en vigueur dans les grandes compétitions ? On peut envisager d’aller vers un autre type de sélection en fonction du niveau de la compétition que nous allons disputer mais aussi des places disponibles, car cet aspect est important au stade où en sont nos moyens. Je préconise un listing de nos meilleurs athlètes ainsi que leurs performances dans toutes les épreuves et celui-ci sera à chaque fois confronté aux différents «rankings» africain et mondial. L’idéal, c’est d’avoir à chaque fois les meilleurs sur le terrain au moment de la compétition et pourquoi pas par exemple faire des championnats nationaux une journée de sélection comme cela se passe ailleurs. Ceci renvoie au problème des minimas. Ces derniers ne suffisent pas comme seuls critères de sélection. Ma conviction, en tout cas est que je ne sélectionne que ceux qui sont au top et qui sont les meilleurs du moment. C’est ce qui m’a guidé durant toute la saison passée. L’échec de Mamadou Guèye, le coureur du 400m, est lié au fait qu’il est venu à Beyrouth avec une tendinite qu’il m’avait cachée. Il y a quelques jours la Dtn s’est réunie à Thiès pour un séminaire technique. Qu’est-ce qui explique cette première ? C’est en effet une première. Pour la saison 2008/2009 que je considère comme une saison de transition suite à la démission de mon prédécesseur, on avait mis en place un plan d’action élaboré en compagnie de quelques techniciens. A la fin de ce programme qui a coïncidé avec la fin de la saison, la Direction technique que j’incarne en ce moment a pensé élaborer un autre plan d’action 2008/2009 en y associant tout le monde. Ma démarche est que tout le monde se sente responsable et responsabilisé, que chacun s’engage à fond, aussi bien techniciens qu’administratifs ; ce qui explique le panel qui a pris part au séminaire. Ce qui a été arrêté à l’issue de ce séminaire sera soumis au Bureau fédéral et par ricochet au Comité directeur. Il faudrait qu’à l’heure de l’évaluation qu’on puisse situer les responsabilités, en se demandant qu’est-ce qui a marché ou qui ne l’a pas été dans ce qui a été prévu, qui était responsable de quoi ? etc. En gros, au cours de ce séminaire, il s’agissait d’arriver dans la discussion à l’essentiel qui était de définir ce qui doit être réalisable et réaliste pour la saison à venir et au-delà. Vos collègues, notamment ceux qui sont en poste dans les régions, ont dû vous faire cas de leurs difficultés sur le terrain ? Deux problèmes majeurs se dégagent dans les discussions avec les collègues. D’abord, le manque de cadres que sont les entraîneurs et les officiels techniques. Cela constitue un manque criard dans les régions. Il faut donc former, surtout en ce qui concerne les officiels techniques. C’est une demande générale. Il y a de l’existant et on est en train de faire l’inventaire pour savoir qui est qui et qui fait quoi. Il y a ensuite les moyens qui permettent de multiplier les compétitions. On avait dit l’année passée qu’il fallait au moins huit compétitions par région. Certaines de ces régions y sont parvenues et même fait plus, mais dans d’autres un tel objectif n’a pas du tout été atteint à cause du manque de moyens financiers. Il faut magnifier le geste du président Lamine Diack au cours de cette saison écoulée quand il a permis à chaque Ligue régionale d’organiser ses Championnats régionaux en allouant 500 000 francs à chacune d’elles, à l’exception de celle de Matam non encore fonctionnelle. Nous envisageons une tournée vers chaque région pour mieux voir ce qui s’y fait. Vous aurez ainsi l’occasion de voir l’absence d’équipements de compétition à Diourbel malgré sa nouvelle et belle piste… Et c’est à déplorer. Voyez ce qui se passe au niveau des nouvelles constructions scolaires où il n’y a pas de terrain pour l’Eps. Je dis que c’est extrêmement grave pour l’apprentissage du sport à l’école que nous souhaitons tous. De la même manière que vous réfectionnez ou construisez un stade, il faut du matériel de travail pour les athlètes et les techniciens, ainsi que des compétitions. Une nouvelle piste appelle forcément ce matériel à mettre en place. A quoi cela rime de disposer d’une piste sans matériel de compétition. Que c’est navrant à chaque fois qu’il y a compétition hors de Dakar, de venir avec du matériel. On ne le dira jamais assez : je pense qu’il est impératif qu’à chaque fois qu’on réceptionne une nouvelle piste qu’on mette en place l’équipement complet. Sur le plan de la formation, il est question d’un programme chiffré à 18 millions qui vous a été soumis par le responsable de la formation et du développement de la fédération… Cette formation, c’est ce qu’il faut dans tout programme de développement. M. Fara Fall a, en effet, mûri tout un programme de formation qui s’étalera jusqu’en 2012 avec un coût approximatif de 18 millions. A la clef de ce projet, il est prévu un cahier des charges pour discipliner les gens. Dorénavant, personne ne fera ce qu’il veut dans cette formation des cadres et tout projet de formation dans les ligues se fera sous le contrôle de la fédération. On souhaite vivement qu’il y ait début d’exécution dans ce qui est prévu pour la saison 2010. Dans ce projet de formation envisagé, il est aussi souhaité que les pouvoirs locaux s’impliquent car le sport est devenu une compétence transférée au terme de la loi. Fara Fall ne croit plus aux écoles fédérales d’athlétisme. Assez étonnant quand même de la part du chargé de la formation et du développement de la Fédération… Ecoutez, il faut comprendre peut-être dans ce qu’il dit qu’il faut aller vers la restructuration de ces écoles dont certaines ont apporté beaucoup de satisfaction, avec notamment le projet Fac. De cinq, ces écoles sont passées à plusieurs. Disons que ce sont les moyens qui ont fait défaut pour l’encadrement technique de ces écoles. Faut-il donner un souffle nouveau à ces écoles fédérales ou tendre vers autre chose ? Le débat reste ouvert avec cette certitude que tout doit se construire à partir de la base. En ce moment je suis en discussion avec les membres de l’Association des anciens athlètes établis hors du pays. Chacun de ses membres a décidé de prendre en charge une école fédérale dans sa ville d’origine. Moi, je crois fermement à ces écoles d’athlétisme et entre autres raisons, c’est pourquoi je soutiens le projet du conseiller itinérant Tidiane Corréa en direction des jeunes de la Casamance. Il aura des moyens en s’appuyant sur la coopération française. Votre Direction technique tarde à prendre forme. En plus de l’absence de l’arrêté qui vous nomme. Que se passe-t-il ? C’est vrai, je suis dans l’attente de cet acte administratif et cela fait un bail. Pour la Direction technique, sa restructuration est déjà en marche. Vous savez, les gens n’ont pas attendu pour travailler. La Dtn n’entraîne pas au quotidien les athlètes qui sont entre les mains de leurs entraîneurs dans leurs clubs respectifs. Elle n’intervient que quand il y a regroupement, stage ou camp d’entraînements. J’ai déjà ciblé des noms. Amadou Diao, mon prédécesseur, va coordonner le sprint, Babacar Cissé, les haies, Karamo Dabo, le fond, le demi-fond et la marche, Mademba Mbacké, les sauts et Mbaye Ciss, les lancers. Au niveau de chaque secteur, il y aura un pool d’entraîneurs. Il est prévu que ces entraîneurs se réunissent pour qu’on identifie la responsabilité de chacun dans le secteur où il aura à évoluer. Vous trouvez sur la table de la Direction technique l’équation que constitue la motivation du Dtn et des entraîneurs nationaux. Quelle démarche aura Lansana Badji pour la solution de ce problème ? Vous soulevez à travers cette question cette autre équation que constitue la disponibilité des moyens. On ne peut pas cependant occulter la motivation, mais je compte plus sur l’engagement et la bonne volonté des techniciens car nous ne sommes pas encore au stade où tous ceux qui doivent être rétribués le sont. En tout cas je suis pour que l’on motive les gens à défaut de les indemniser. Personnellement, je suis à un niveau où je ne me plains pas de mon sort. Que je ne reçoive rien, à la limite, ne me gène pas. Fonctionnaire, j’ai été chef de département où j’ai été dans des conditions favorables. Par engagement, j’ai abandonné tout cela pour venir prendre en main la Dtn. L’idéal, évidemment, serait d’être indemnisé, d’autant que quelque chose est prévue pour cela. Mais comme dit un peu plus haut, cela ne me gène pas de ne rien recevoir. Cela ne m’empêchera pas de travailler car c’est un engagement que j’ai pris pour servir. Je dois cependant dire que tous mes collaborateurs ne sont pas dans les mêmes conditions que moi. C’est pourquoi je souhaite que ceux qui sont sur le terrain soient l’objet d’une attention toute particulière de l’autorité. En plus de cet engagement personnel de votre part, quelle sera la touche propre de Lansana Badji dans cette gestion de la Dtn ? Ce sera la concertation, l’échange et le partage, pour arriver à l’essentiel. Je vais beaucoup consulter et privilégier la communication. Quand on suit une partie du cheminement qui a abouti à votre nomination, pensez-vous que vous serez accepté ? Je me considère comme étant en mission pour avoir été proposé par le président de la fédération. Je pense en toute honnêteté que je ne suis pas contesté et que je suis loin d’être à l’étroit dans la fonction. J’ajoute que je n’ai aucune contrainte. Du jour au lendemain, je peux quitter, soit de mon propre chef, soit par une autre raison venant d’ailleurs. Moi, j’ai une chance de par mon statut d’enseignant à l’Inseps. Je suis formateur des entraîneurs et la plupart sont passés entre mes mains. Je considère que je n’ai de conflit avec personne. Qu’il soit athlète ou entraîneur. Ce qui fonde mon grand souhait de collaborer avec tout le monde.
Propos recueillis par Birane GNING
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