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Wall Street corse le mal en point des finances publiques du Sénégal Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
25-10-2008
Quand l’Amérique s’enrhume, le reste du monde éternue : Cette assertion démontre combien nos pays, à revenus faibles, sont dépendants du système mondial capitaliste dont les crises cycliques rejaillissent naturellement sur nos économies insérées dans une logique globale d’échange inégal. Cette interdépendance des  économies se trouve d’avantage renforcée aujourd’hui par l’effectivité d’un environnement  planétaire de plus en plus  uniformisé.

La grave crise financière qui vient d’atteindre son seuil de maturation consécutivement au surenchérissement des banques d’affaires américaines qui s’écroulent comme des châteaux de paille en affectant par ricochet le système financier international, ne va pas sans conséquences dommageables pour nos économies à revenus faibles. Déjà, le président de la Banque mondiale M. Zoelick donne l’alerte générale par l’évocation d’une transformation de cette crise financière en crise humanitaire qui va frapper de plein fouet les pays pauvres.


Cette grave crise financière va se matérialiser en direction de nos pays à faibles revenus à deux niveaux :
D’une part, nous aurons par le développement d’un réflexe d’auto survie de rattrapage des principaux  pays détenteurs de capitaux, l’accentuation des transferts de valeurs des économies périphériques vers les économies des pays du centre afin de juguler les pertes financières consécutives au dérèglement du système financier et, d’autre part, nous aurons la diminution des moyens de redistribution des flux de capitaux sous forme d’aide publique au développement et de transfert d’argent. Bien entendu, la conjugaison de ces deux facteurs négatifs par suite de l’effondrement du système financier aux Etats-Unis et dans les autres grandes places financières du monde va renforcer l’accélération des transferts de valeurs par un commerce mondial plus inégal dans le but de pallier les énormes pertes financières à la suite de cette crise du capitalisme incarnée aujourd’hui par la toute puissance économique, financière et monétaire du pays de l’oncle Sam.


L’innovation financière dans le crédit aux Etats-Unis au moyen de la titrisation, depuis des années, a atteint des proportions phénoménales en créant des situations financières virtuelles en dehors du cadre réel et des capacités d’absorption des banques. Ce gonflement d’échelle hors norme des portefeuilles du crédit a été à l’origine de la grave crise de l’immobilier et qui affecte de plein fouet aujourd’hui les banques privées américaines en perte de confiance, empêtrées dans des situations où elles ne peuvent plus assumer les contreparties financières des demandes de compensation.


La libéralisation sauvage du mode de production capitaliste avec la déréglementation financière, a provoqué le foutoir dans un système financier qui échappe à tout contrôle et dont les seuls mécanismes du marché ne peuvent réguler. Le développement du capital par la surcapitalisation crée, en effet, une saturation du marché oligopolistique ou les capacités de compensation des contreparties financières s’amenuisent provoquant les crises cycliques du capitalisme dont il va falloir, comme en 1929, un interventionnisme assez fort de l’Etat par l’absorption des banques privées. Les marchés imparfaits conduisent à une allocation inefficiente des ressources et à terme à une désorganisation et déséquilibre nécessitant l’interventionnisme de l’Etat afin de pallier les imperfections du marché. C’est ainsi que l’Angleterre envisage la nationalisation des banques privées anglaises en perte de confiance afin d’assurer la couverture des  risques  de crédit pour un sauvetage dans le but de respecter les engagements et d’éviter que la montagne fonde comme du beurre au soleil.


En plus de l’occupation de l’Irak, de l’Afghanistan et des énormes engagements financiers en Géorgie ou dans d’autres parties stratégiques pour le contrôle du monde provoquant d’avantage un creusement du déficit public du trésor américain, la crise financière actuelle va davantage plomber l’économie Américaine qui viendra accentuer la récession économique mondiale déjà en cours. La demande mondiale connaîtra alors un ralentissement dans un contexte dépressif de rareté des capitaux pour les investissements et subséquemment à un accès réduit des exportations Africaines dans les pays du Nord et du reste du monde. La baisse tendancielle de la demande mondiale par suite d’une récession dans l’environnement économique mondial va impacter négativement les cours des matières premières  au détriment de nos Etats exportateurs de produits de base. A ce tableau sombre attestant une régression des échanges commerciaux mondiaux défavorables à nos Etats à faibles revenus faisant suite à la crise financière née aux Etats-Unis, viendra s’ajouter incidemment un ralentissement des mouvements internationaux de capitaux vers ces dits pays. L’accès aux capitaux deviendra de plus en plus difficile si bien que l’aide publique au développement et les transferts d’argent connaîtront un sacré coup de ralentissement. C’est dire qu’il ne faudra surtout pas s’attendre à des transferts de ressources vers nos pays provenant des pays riches, préoccupés par la mise en branle de stratégies de sauvegarde et d’économie sur leurs dépenses.


Le Sénégal malheureusement qui est éprouvé, de nos jours, par une grave crise financière coïncidant avec la crise financière internationale en dépit de la faible bancarisation de son économie, ne devrait pas s’attendre à des transferts importants de capitaux pour les besoins de financement de son important déficit budgétaire en 2008 autour de 30%. Il devra encore prendre son mal en patience dans un contexte mondial de raréfaction des capitaux et de récession  pour assouvir ses besoins criards de financement de sa trésorerie provenant d’une mauvaise allocation de ses ressources publiques, d’une croissance économique en déclin et d’une situation hyper-inflationniste.


Kadialy GASSAMA
Economiste
Rue Faidherbe x Pierre Verger
Rufisque

 
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