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PARIS - Restitution des travaux du programme Mafe : Aperçu sur les migrations sénégalaises Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
29-01-2009
Le Sénégal compte une forte population d’émigrés en Europe. La plupart de ces personnes reviennent au pays, selon une étude partielle du programme Migration Afrique-Europe (Mafe) sur les migrations sénégalaises qui a aussi dressé le profil de l’émigré sénégalais qui n’est pas toujours celui du clandestin adepte des pirogues de la mort. Par Thierno DIALLO

ImageAprès un an d’enquête, l’équipe du programme Migration Afrique-Europe (Mafe) a tenu sa première séance de restitution, la semaine dernière à Paris. Il s’agit de «résultats préliminaires», indique Chris Beauchemin, chercheur à l’Institut national d’études démographiques (Ined), qui montrent que les émigrés sénégalais «retournent» de plus en plus dans leur pays. «On nous parle beaucoup d’immigration en Europe comme s’il n’y avait jamais de sortie d’Europe. En réalité, il y a très peu de pays qui ont des données statistiques sur les sorties de leur territoire. Il y a une proportion importante de gens qui ont quitté le Sénégal et qui reviennent dans un temps relativement court. Dix ans après leur départ, il y a quand même un quart des personnes qui revient, ce qui n’est pas mal», soutient le chercheur. Aussi, il ressort de l’étude que «la pauvreté n’est pas une cause de l’immigration». Car, pour le chercheur, «n’importe qui ne peut pas décider de partir, il faut pouvoir payer les frais de voyage. Elle n’est donc pas donnée à n’importe qui, aux pauvres en particulier. La plupart des recherches partout dans le monde montre que les migrations internationales n’affectent pas du tout les plus pauvres, mais au contraire ceux qui ont déjà un certain niveau de richesse». Autre élément de l’enquête en cours : les retours au pays seraient motivés par des «raisons familiales», telles que les décès, la polygamie, le divorce. Il y a aussi la féminisation de l’émigration, même si sur trois migrants on ne note qu’une seule femme. En outre, la destination de l’argent des émigrés a attiré la curiosité des enquêteurs, selon qui, le souci premier des expatriés est «l’immobilier».
Par ailleurs, lors des débats, les intervenants ont relevé des «failles» dans le travail présenté par les chercheurs. D’après le député Amadou Ciré Sall, «l’étude n’est pas complète parce que certaines questions n’ont pas été prises en compte, comme les migrations du Sénégal en Afrique». «Je me suis demandé pourquoi ils ont choisi Dakar, alors que les régions périphériques sont des régions d’émigration. On aurait pu fouiller dans ces régions pour permettre de comprendre le phénomène de l’émigration aujourd’hui, et surtout son utilité», poursuit M. Sall. Le sociologue des migrations, Mamadou Dème, fustige, quant à lui, le fait de réduire l’ambition des expatriés au seul investissement dans l’immobilier. «Comme si avoir un toit était une raison essentielle d’émigrer, alors que le toit reste un élément de l’ensemble. Ce n’est pas une immigration de construction d’habitats, c’est ça qui n’apparaît pas dans leur travail. Ils ont cherché à voir en quoi l’influence de l’immigration, en matière d’apport financier, était susceptible d’apporter un impact important dans le processus d’habitat au Sénégal.»
L’équipe de Mafe a pris acte de ces critiques relevées ça et là. Peut-être qu’eIle en prendra compte pour la suite de leur enquête qui vise à produire des «données et des statistiques fiables sur les migrations entre le Sénégal et l’Europe». Elle rassemble l’Ong Enda Tiers-monde, des instituts de recherche au Sénégal et en Europe et des associations de ressortissants, tel le comité de Suivi du Symposium des Sénégalais de l’Extérieur. Le but étant de donner «un regard plus juste sur les migrations sénégalaises». D’après Annelaure Wittmann, coordinatrice d’Enda Europe, ces études «doivent permettre aux politiques de mettre en lumière des aspects mal connus ou mal présentés, à la fois par les médias et par les politiques. Des migrations sénégalaises dont on présente essentiellement le côté migration clandestine». Et de préciser : «Nous voulons montrer le côté circulaire des migrations, c’est-à-dire les allers et les retours. C’est important donc de produire des statistiques pour remettre les idées à leur place et qui permettent de dire qu’il n’y a pas que les pirogues. C’est donc un peu pour démêler tous ces amalgames qu’on a lancé le programme Mafe.» Selon Mme Wittmann, la particularité de cette enquête est «d’interroger principalement des ménages à Dakar (afin) de pouvoir faire une comparaison entre les ménages qui ont des migrants, les ménages qui n’en ont pas, les migrants de retour, les gens qui n’ont jamais migré, etc.».
Correspondant
 
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