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Mahawa Sémou Diouf sort de sa réserve : Le doyen des juges vide ses dossiers Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
22-06-2009
La Une du journal Le Quotidien du weekend dernier a littéralement fait sortir le haut magistrat de sa réserve, et il a tenu à réagir aux accusations portées contre lui. Et M. Mahawa Sémou Diouf a tenu, tout en assumant tous les actes posés dans le cadre de sa fonction, à se laver de toute accusation d’ignominie. Il n’a pas manqué lui-même, de faire le parallèle avec la publicité malheureuse faite autour d’une autre de ses décisions, qui concerne la fameuse affaire d’escroquerie, qui implique Youssou Guèye et un ressortissant tunisien. L’occasion faisant le larron, Le Quotidien n’a pas voulu rater l’occasion de lui demander où se trouvaient les blocages dans le dossier des brutalités policières contre les journalistes Kambell Dieng et Karamoko Thioune, agression dont l’anniversaire a d’ailleurs été commémoré hier.

ImageAvant de commencer, je voudrais, si vous le permettez, faire quelques observations sur votre article. La première, c’est qu’il a été titré que le Doyen des juges est au cœur d’un scandale. Je voudrais affirmer de la façon la plus claire et la plus nette possible que je ne suis au cœur d’aucun scandale. Et je peux même faire un pari sur l’avenir, c’est que tant que j’exercerai ce métier de magistrat, je me ferais un point d’honneur de ne jamais être au cœur d’un scandale. Et personne ne me verra au cœur d’un scandale. Le reste, il s’agira d’investiguer et de vérifier si ce qui a été avancé est vrai ou faux. Et pour cet exercice-là, je me prête à toutes les questions que vous voudrez bien me poser, pour des clarifications, jusqu’à ce que nous soyons tous édifiés. Le seul souci que j’ai, est celui de la vérité.
Pour cet entretien, vous avez à vos côtés un de vos collègues magistrat. Est-ce à dire que vous avez tenu à prendre à témoin votre corporation ?
Parfaitement. Parce que ce sont des pairs, que je respecte et qui me respectent. Je veux que tout ce qui sera dit, le soit sous le contrôle de mes pairs. A chacun de se faire l’idée qu’il voudra se faire, à l’issue des explications que nous aurons données. Alors, autre précision. Dans votre article, il est titré que «Mahawa Sémou Diouf fait vendre une maison par une morte». Je voudrais aussi infirmer ce propos. Je ne sais pas s’il est de vous ou de votre informateur, mais ma réponse est que Mahawa Sémou Diouf n’a jamais fait vendre quoi que ce soit. S’il y a eu vente d’une maison dans cette affaire, elle a dû se faire peut-être, par d’autres acteurs, mais pas par moi. Je n’ai posé aucun acte, dans le cadre de cette affaire, tendant à faire vendre quoi que ce soit. D’ailleurs, la vente qui est évoquée, a dû être faite, je crois, avant même que je n’occupe les fonctions de juge du Tribunal départemental hors classe de Dakar. Il me semble aussi que c’est une vente qui a dû être faite, bien des années avant, par le Tribunal des criées. Et dans ce cas, cela ne saurait, en aucun cas, me concerner.
Effectivement, la vente avait été faite avant que vous ne soyez nommé président du Tribunal départemental de Dakar, mais pendant vos fonctions dans cette juridiction, vous avez été saisi d’une requête de rétractation d’une ordonnance qui avait été rendue par un de vos prédécesseurs. Et vous avez eu à rendre une décision déboutant les demandeurs. Et pourtant, ces gens avaient apporté la preuve indubitable que la personne au nom de laquelle l’ordonnance avait été rendue, était morte cinq ans avant la transaction.
Pour votre compréhension, il faudrait que vous distinguiez bien deux choses. Le temps que j’ai occupé au niveau du Tribunal départemental hors classe de Dakar, comme président de cette juridiction. Ensuite, le temps que j’ai occupé au premier cabinet, comme Doyen des juges. Lorsque je prenais fonction au Tribunal départemental de Dakar comme président, la succession qui est évoquée, avait été ouverte, semble-t-il, depuis 1984. Et à l’époque, je n’étais même pas encore magistrat ; j’étais à l’Enam. Et donc, l’ouverture de cette succession par la voie de l’introduction des pétitions d’hérédité ne m’avait même pas trouvé là-bas comme magistrat. La succession s’est déroulée jusqu’à son règlement, donc jusqu’à la clôture par d’autres magistrats qui se sont succédé, je n’étais toujours pas encore arrivé au Tribunal départemental. Je crois donc que le partage, l’homologation du partage a été faite en 2005, par d’autres magistrats. Je ne veux pas citer de noms, vous pouvez vérifier et savoir quels magistrats ont clôturé cette succession.
Vers la fin de mon mandat, juste avant ma nomination comme Doyen des juges, j’ai connu d’une requête qui avait été introduite par l’avocat de ces héritiers dont vous me parlez aux fins de rétractation d’une ordonnance que moi, je n’avais pas rendue, qui était le fait d’un autre magistrat, que je ne vais pas citer non plus.
Pour plus de précision, elle avait été rendue par le président Bayo, qui était à l’époque président du Tribunal départemental.
Cela, c’est vous qui le précisez. Alors, la rétractation, elle est d’abord portée devant le juge qui a rendu la décision. Au cas où, par force majeure, ce juge n’est plus là pour en connaître, on pourrait comprendre que la requête soit portée devant un autre juge. Peut-être que ce fut le cas en l’espèce. Mais en tous les cas, je veux simplement faire remarquer que les parties qui se plaignent, avaient toute la latitude, depuis ce moment, quand ce juge avait pris son ordonnance aux fins de remplacement du notaire, de porter leur requête aux fins de rétractation devant ce juge. Ils ont attendu longtemps, bien des années après, quand je suis venu au départemental, et ne sachant même pas qu’il y avait un dossier de succession qui avait été instruit devant cette juridiction, pour me porter de façon séparée, une requête aux fins de rétractation. Naturellement, je suis juge, je n’ai pas à me dérober. J’ai pris la requête, qui était portée par un avocat, je l’ai instruite, j’ai même institué, je crois, un débat contradictoire, en les mettant à même de faire leurs observations, par rapport à la demande. J’ai mis cette affaire en délibéré, j’ai vidé en rejetant la demande.
Si vous voulez discuter de la pertinence de la mesure, vous conviendrez avec moi que la mesure en elle-même se suffit comme justification, puisqu’elle a des motifs qui la sous-tendent, vous pouvez vous y reporter. Si vous voulez qu’on en discute après, on pourra le faire. Mais les motifs sont clairement exposés et j’ai  pris la décision de débouter cet avocat qui avait fait la requête, de sa demande de rétractation.
Ce qui semble curieux, c’est que l’ordonnance, dont Le Quotidien a une copie, dans ses motifs, établit que Ngoye Thiam, la propriétaire de l’immeuble, dont les héritiers ont instruit une procédure, était morte en 1995, et l’ordonnance a été rendue postérieurement. Ce qui voudrait dire que vous, en tant que président du Tribunal départemental, vous aviez compétence pour rétracter une ordonnance rendue même 20 ou 30 ans auparavant, par un de vos prédécesseurs.
J’ai débouté parce que j’estime…  Savez-vous le problème juridique qui était posé ? Ils ont exposé ce que vous venez de dire, que l’une des personnes qui avaient été citées dans la requête qui avait été introduite par l’avocat, était décédée au moment où les demandeurs introduisaient la requête auprès du président Bayo. Il n’y avait pas que cette personne qui était citée. Il y avait également plusieurs autres héritiers qui étaient cités. Et au cours des débats, l’avocat a dit que ces autres héritiers au moins ne contestaient pas son mandat. Par rapport à ces gens, la constitution de l’avocat était régulière. C’était un problème de régularité de constitution de mandat de l’avocat. Tout cela, je ne suis pas obligé d’en discuter parce que c’est une décision déjà rendue, et qui a ses motifs. Il leur était loisible de faire appel contre ma décision. Et vous avez vu que même l’avocat qui avait introduit cette requête, s’est dispensé de faire appel de cette décision. Je dis donc que, dès lors que la requête vise des héritiers qui déclarent qu’ils ont constitué cet avocat, elle est recevable. S’il ne s’agissait que d’un seul héritier, ce qui n’était pas le cas.
Mais ce sont ces mêmes héritiers qui viennent dire que la personne, dont on a réglé la succession en 2000, était morte en 1995. Et elle était censée en 2000, avoir introduit une procédure de vente de son domicile. Est-ce que cela ne pose pas problème ?
J’avoue que sur le plan juridique, cela n’a pas posé de problème pour moi. Et je pense que l’avocat de la partie plaignante avait semblé presque adhérer. Pourquoi, lorsque j’avais rendu cette décision, il n’a pas formé appel ?
Et les requérants ont porté plainte pour faux, parce qu’ils ont considéré qu’on a utilisé de faux actes pour les exproprier
C’est pourquoi, j’entends que soit fait le distinguo entre ce que j’ai connu en tant que président du Tribunal départemental, et qui se limite à l’examen de cette requête aux fins de rétracter une décision qui avait été rendue par mes prédécesseurs, et que j’ai rejetée ; et l’autre phase, qui s’est déroulée au niveau du cabinet d’instruction. Parce que, jusque là, moi, personnellement, je n’étais même pas censé savoir qu’il y avait autre chose ailleurs. Je ne savais donc pas qu’il y avait une décision pendante ici et qui a été clôturée, parce que je n’ai jamais eu à intervenir dans cette succession. Je n’étais même pas là-bas. Tout comme non plus, je n’étais pas censé savoir qu’il y avait une procédure pénale pendante, pour faux, au niveau du Premier cabinet, parce que je n’étais pas encore là-bas. Alors, je fus donc affecté quelques temps après, au Tribunal régional, comme Doyen des juges. Cette procédure n’avait nullement attiré mon attention. J’ai hérité de centaines de dossiers, et je faisais mon travail de juge d’instruction. Savez-vous ce qui a attiré mon attention sur cette affaire-là ?
Un beau jour, je trouve dans mon courrier, une lettre d’une personne que je ne connaissais pas à priori. Parce que, quand j’étais au Départemental, la requête que vous évoquez, elle avait été introduite par un avocat, Me Pascal Gomis. Donc, ces gens-là n’avaient même pas comparu pour défendre quoi que ce soit, contrairement peut-être à ce qu’ils vous disent. Il n’y a que les avocats qui, en professionnels, ont fait leurs plaidoiries, leurs observations. On a examiné et on a jugé. Jusque là, physiquement, personne n’est venu me voir pour me parler d’une succession ou de quoi que ce soit. Alors, je reçois donc dans mon courrier, une lettre que j’ai trouvée, à la limite, discourtoise envers un magistrat. Quelqu’un qui se prend à écrire au juge, pour lui demander, presque sous forme d’injonction, de se dessaisir d’une affaire qu’il avait entre ses mains. Au motif de ce que : «Vous aviez connu de cette affaire en tant que président du tribunal départemental de Dakar.»
Il faut préciser que, dans la lettre dont nous avons copie, le requérant a précisé, en des termes que vous jugez discourtois, mais dont nous n’avons pas la même perception. Néanmoins, dans tous les cas, il vous avait suggéré que, étant entendu que vous avez eu à connaître de cette affaire-là au niveau du Tribunal départemental, de vous dessaisir au profit d’un autre magistrat, pour être plus à l’aise. C’est cela le contenu de la lettre dont nous avons possession.
Je peux même vous concéder ce que vous dites que vous ne trouvez pas discourtois les termes. Mais l’important est qu’il me demandait de me dessaisir de cette affaire-là. J’ai jugé qu’il s’est trompé d’interlocuteur. Et dès cet instant, j’ai pensé que je me devais de le lui faire comprendre. Il y avait un numéro de téléphone sur la lettre. J’ai appelé mon greffier et lui ai demandé qui est cette personne. Il m’a dit que c’est une vieille affaire de succession, qui a souvent posé des problèmes d’ailleurs, avec pas mal de réclamations, contre des magistrats, et contre d’autres. Je lui ai demandé de l’appeler au téléphone, et de me la passer. Je lui ai demandé de venir me voir, puisqu’il m’avait écrit, pour que nous échangions. Je lui ai fait comprendre que s’il avait consulté son avocat, ce dernier lui aurait fait comprendre que les demandes de récusations doivent être portées devant le Premier président de la Cour d’Appel, qui est compétent pour en connaître. Mais il n’avait pas à me demander à moi de m’en dessaisir. Je lui ai dit d’aller voir son avocat pour qu’il fasse une requête au Premier président de la Cour d’Appel.
Mais vous aviez aussi la possibilité de vous récuser d’office…
Mais je n’ai pas entendu le faire, en toute responsabilité. C’est mon droit le plus absolu. Et en cela, je ne viole aucun texte. On va développer d’autres considérations, qui vont vous permettre de comprendre quel était mon état d’esprit en ce moment-là. En attendant, je lui ai fait comprendre que cela étant, je ne souhaitais plus être perturbé dans mon travail par des considérations qui me sont étrangères. Je ne lui permettais plus de m’écrire. Depuis ce jour, je n’ai plus revu ce Monsieur. On n’a plus échangé, et cette affaire ne m’a plus intéressé. Néanmoins, cela m’a permis de ressortir cette affaire, de l’étudier à fond, et de voir ce qu’il en était exactement. Et j’ai vu que l’affaire était au cabinet depuis 2005, et qu’il y a eu plusieurs péripéties, et que l’instruction était pratiquement suspendue à l’exécution d’une délégation judiciaire qu’avait faite mon prédécesseur, et qui était destinée à la Section des recherches de Dakar. Au terme de cette délégation judiciaire de mon prédécesseur qui, je crois, avait été saisi sur supplétif du Parquet, la gendarmerie a réuni les pièces d’exécution et les a retournées au juge mandant. Le premier juge mandant, ce n’était pas moi, mais c’est moi qui ai réceptionné ces pièces d’exécution. Et en passant, j’ai observé que la gendarmerie avait accompagné ces pièces d’exécution d’un rapport assez volumineux, commentant les actes qui ont été fournis. Et tout cela a été examiné par moi, exploité. Et comme c’est ça qui avait bloqué le cours de l’instruction de cette affaire, dès que j’ai fini d’exploiter les pièces d’exécution, j’ai compris qu’il me restait, pour clôturer cette affaire, que deux actes à prendre. Parce que la Doyenne des juges, qui avait été l’initiatrice de cette instruction, Seynabou Ndiaye Diakhaté, avait déjà entendu des témoins, en la personne de la notaire Bineta Thiam. Elle avait auditionné la partie civile, son successeur le Doyen Sémou Diouf, avait fait cette délégation judiciaire, qui avait été exécutée et revenue à moi, il ne me restait donc que deux autres témoins à entendre. Qui était maîtres Adnan Yahya et Fodé Ndiaye. J’ai transmis le dossier au Parquet, qui a pris ses réquisitions. Et vous savez, le Parquet a demandé le non-lieu. Et moi aussi, j’ai ordonné le non-lieu. Cette ordonnance a été régulièrement notifiée aux parties, et je crois qu’elles ont relevé appel de cette ordonnance. L’affaire a été transmise au niveau de la Chambre d’Appel, et on attend le jugement.
Mais Oumar Yacine Thiam affirme que vous ne lui avez pas laissé le temps d’instruire même une cause de récusation devant la Cour d’Appel, parce qu’une fois il vous en a parlé, vous avez rapidement rendu une ordonnance de non-lieu.
D’abord, je ne suis pas lié à Oumar Thiam, sous quelque forme que ce soit. Il dit que sa lettre date d’avril, mon ordonnance date du 3 juin. Ensuite, il y a eu un moment qui n’était pas à ma maîtrise. Le temps de la transmission du dossier au Parquet, je ne le gérais pas. Le dossier pouvait rester au Parquet et revenir un an après. Moi, ce qui me lie, c’est que, dès que le dossier m’est revenu du Parquet, de faire diligence.
Quand est-ce que vous avez communiqué ce dossier au Parquet pour ces réquisitions définitives ?
J’ai communiqué le 18 mai et le Parquet a rendu son réquisitoire le 20 mai, et moi, le 3 juin j’ai rendu mon ordonnance. Mais tout compte fait, il n’a aucun droit à revendiquer que j’attende qu’il instruise quelque procédure que ce soit, devant quelque juridiction que ce soit, avant de prendre ma décision. J’ai été d’ailleurs très bienveillant de lui indiquer la procédure à suivre. Ce n’était même pas mon rôle, mais celui de son avocat ; de lui demander de faire une demande de récusation au niveau de la Chambre, et de me revenir avec la preuve qu’il avait fait cette demande de récusation. Mais je ne l’ai plus revu. Jusqu’à ce jour, je n’ai plus eu des nouvelles de ce monsieur. Ni lui, ni un avocat, ni qui que ce soit. De quel droit ce Monsieur a une prérogative qui le fonde à dire au juge d’instruction : «Attendez, ne faites rien, je vais demander au président de la Cour de vous récuser.» De quel droit ?
Il dit que lors de ce même entretien, vous lui avez suggéré de trouver une solution amiable…
Il a menti ! A quelles fins, et sous quelle forme ? Une affaire qui a été vidée par d’autres, et depuis très longtemps, sans que je ne sois partie prenante. Au contraire, je pense que c’est le fait que je lui ai parlé en des termes très fermes…
Lui, Oumar Yacine Thiam a saisi le ministre de la Justice pour lui demander de se pencher sur cette histoire. Savez-vous si au niveau de l’Igaj ou du Parquet général, cette affaire est traitée ?
Je ne sais pas ! S’il a saisi le ministre de la Justice, qui instruit le Parquet général ou le Parquet de la République, cela ne nous concerne pas. Cela, c’est entre le ministre et ses représentants, au niveau du ministère public. Cela ne me concerne nullement.
Tous ces actes étaient dans le dossier. Abdoulaye Mbow, dont il a parlé, avait fait l’objet d’une plainte de Oumar Yacine Thiam pour faux (Ndlr : La plainte était plutôt d’autres prétendants à la part de l’héritage de Amadou Guèye). Traduit devant le tribunal correctionnel de Dakar, en 1994, le tribunal l’avait relaxé purement et simplement. Ils ont relevé appel de cette décision, et la Cour d’Appel de Dakar a confirmé le jugement du tribunal. Mais cela ne nous a pas empêché d’instruire la cause de la façon la plus complète possible, en entendant tout le monde. Et il a été relaxé. Et ce n’est pas moi qui l’ai relaxé, cela n’est pas mon problème. Tout ce que je n’ai pas posé personnellement, ne m’intéresse pas. Si vous plancher dans le dossier, vous pourrez vous rendre compte de ce qui a été utilement relevé par mon collègue, et qui aurait dû suffire pour motiver un non-lieu. Mais une autre information avait été ouverte, contre X, pour aboutir quasiment à la même conclusion. Comme s’il voulait, comme ce n’était pas Abdoulaye Mbow, que l’on trouve X, une autre personne à identifier coûte que coûte. Mais si l’on ne trouve pas, comment voulez-vous que l’on puisse condamner, inculper ? On n’a fait que traduire notre conviction, après une enquête tout à fait libre.
C’est malheureux. Je me rends compte qu’il y avait peut-être beaucoup de passion dans cette affaire de succession, qui a vécu plus de 19 ans, au moment où moi-même, je n’étais même pas encore magistrat, où les gens continuent de se chamailler et sont installés dans une psychologie qui peut les porter à tirer sur tout ce qui bouge, et même ce qui ne bouge pas. Mais en arriver à se tromper de cible, pour essayer de remettre en cause le travail d’un magistrat, qui n’a eu, dans le cas d’espèce, qu’à faire ce que la loi l’autorisait à faire, et qui l’a fait de la façon la plus claire et la plus transparente, et qu’il puisse vous conduire dans cette voie, vous qui êtes des professionnels, pour que vous en arriviez à faire ce travail contre moi, sans estimer me voir, pour que je vous donne ne serait-ce que quelques explications élémentaires, c’est cela qui me désole.
Parce que ce qui m’importe, c’est que vous en arriviez à vous dire qu’en faisant ce que j’ai fait, je n’ai fait que mon métier. Tous ces magistrats qui sont intervenus dans ce dossier depuis plus de 20 ans, qui ont rendu des décisions, dans le cadre de la succession, ou dans le cadre pénal et autres, on ne les cite pas. On ne remet en cause aucun jugement, aucune décision préalablement rendue par tous ceux-là qui étaient en charge de l’affaire, et qu’on vienne à s’intéresser à celui qui n’a pris qu’une décision marginale, après que tout soit clôturé, et qui l’a motivé en droit. Et qui a aussi pris une décision de non-lieu à partir d’une instruction terminée, et sur laquelle le Parquet aussi s’est prononcé pour conclure à un non-lieu. Que je prenne mon ordonnance de non-lieu, une partie relève appel de mon ordonnance, fait valoir ses valoir ses droits, et l’affaire sera reprise sous peu, au niveau d’une autre instance. Mais que l’on se donne au moins la peine de voir cette instance hériter du dossier, juger sans influence. Que je sois confirmé ou infirmé, cela n’est pas mon problème, parce que je n’ai aucun intérêt à personnaliser cela. Je ne suis ni héritier ni d’aucun bord dans l’affaire.
Il faut préciser, au corps défendant du journal Le Quotidien, qu’aucun magistrat en fonction n’a jamais accepté de se confier à la presse. L’exercice auquel vous vous livrez aujourd’hui est inédit.
Soit dit en passant, je ne suis même pas sûr de voir cette démarche cautionnée par ma hiérarchie. Malgré tout, j’ai accepté de le faire, parce que je me suis dit que personne ne le prendra en charge, et mon honneur est en jeu. Pourvu aussi que la vérité puisse éclater de nos échanges, je suis prêt à payer le prix qu’il faut pour faire avancer les choses. Vous aurez vu que quelques jours avant, j’ai pris sur moi de faire une sortie dans la presse, pour parler d’une autre affaire.
Justement, pour parler du contexte, ne trouvez-vous pas bizarre qu’à quelques semaines d’intervalle, deux grosses affaires, remettant en cause des ordonnances que vous avez rendues, soient étalées sur la place publique et que vous soyez incriminé dans votre mission ?
Effectivement, je trouve cela bizarre, car ces ordonnances que j’ai rendues sont des décisions à caractère juridictionnel contre lesquelles les parties peuvent faire recours et permettre à d’autres juges d’en connaître. Je pensais que toute décision de justice devrait pouvoir se suffire à elle-même. Que les parties puissent se dispenser de trouver d’autres moyens de commenter ces décisions, parce qu’elles ont pour devoir de faire confiance en l’institution. Si maintenant, ces parties sont instruites de quelque intérêt que le magistrat pourrait tirer de cela, elles sont tout à fait recevables à faire ce qu’elles veulent faire. Or, de toutes ces affaires, je pense que nul n’a osé faire un lien pour tirer la conclusion comme quoi, ce magistrat avait tel intérêt personnel dans cette affaire, pour juger de cette façon là.
Mais Driss Mohsen, qui est dans l’affaire Youssou Guèye et Oumar Yacine Thiam…
Vous voulez qu’on revienne dans l’affaire Youssou Guèye et …
Oui, si vous le souhaitez. Car c’est le contexte qui l’autorise. Car déjà, ce sont des choses qui n’ont rien à voir, ce sont deux parties qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre, qui ne sont pas en concertation, et qui viennent, en un court laps de temps, remettre en question des décisions de justice que vous avez prises.
C’est vrai qu’il y a problème à ce niveau. Mais pour moi, le problème se situe au niveau de la presse, qui a cru devoir accueillir ces personnes, en leurs déclarations, et porter cela devant l’opinion. Alors que, tous les jours que Dieu fait, depuis 24 ans, nous rendons des décisions, qui peuvent plaire à certains et déplaire à d’autres. Jusqu’à ce jour, il n’y a jamais eu cette forme de gestion de mes décisions. Je suis donc tout étonné, comme vous, de voir, alors que je viens d’occuper ces fonctions-là, qu’un beau jour, les gens se lèvent pour aller vers la presse, qui les accueille à bras ouverts, leur ouvre ses colonnes, pour qu’elles se déchargent sur moi, sans même me donner la peine d’expliquer ce que ces gens avancent. Ou même de m’expliquer. C’est cela que je trouve, moi, bizarre. Je ne jette pas l’anathème sur qui que ce soit.
Mais si j’avais quelque conscience d’avoir une quelconque responsabilité dans un «scandale», franchement, je ne tenterais même pas une quelconque explication à ce sujet. J’aurais adopté un profil bas. Mais je m’interroge moi aussi, sur ce qu’il y a derrière tout cela. Parce que cela ne peut être gratuit. Mes décisions sont disponibles, elles ont leurs motifs. Ces motifs devraient se suffire à eux-mêmes, ils seront réexaminés dans d’autres instances, parce que les parties dont on a fait cas, ont toutes fait appel de ces décisions. C’est cela la vocation de celui qui rend la justice.
Au moment où vous êtes cité à tort ou à raison dans deux affaires qui font grand bruit, ne pensez-vous pas qu’une démarche altruiste ou guidée par la raison, aurait dû vous imposer de vous mettre en réserve, surtout que dans l’affaire Youssou Guèye, il y a une enquête administrative qui est ouverte ?
Me mettre en réserve comment ?
Peut-être, vous suspendre d’office de vos fonctions ?
Me suspendre d’office de mes fonctions ! Cela aurait supposé que j’aie quelque chose à me reprocher ! Je vous dis que s’il y a quelqu’un qui a conscience d’avoir fait correctement son travail, c’est bien moi. Et tout ce que j’ai fait, je l’assume jusqu’au fond, et je l’assumerai toujours. Je n’ai pas du tout mauvaise conscience pour me mettre à l’écart. Ce que je suis en train de faire là, j’aurais pu me dispenser de le faire. Certainement, demain (Ndlr : Aujourd’hui) des demandes d’explications vont tomber, mais cela n’est pas un problème.
L’occasion faisant le larron, on ne peut pas se trouver devant le Doyen des juges, et ne pas lui demander pourquoi il traîne les pieds dans l’affaire Kambel Dieng ?

Alors, je crois que vous finirez pas vous découvrir. C’est peut-être cela l’une des explications de cette situation : qu’un beau jour, je sois épinglé par la presse, parce que, quelque part, elle a des intérêts auprès du premier cabinet, et qu’à la faveur de ces affaires-là, on se dit, «Essayons de booster le Doyen des juges». (Rires)
En admettant que la presse soit assez puissante pour aller voir les Driss Mohsen dans l’affaire Youssou Guèye et les Oumar Yacine Thiam, pour leur demander de dénoncer le Doyen… (Rires)
Je préférerais que tout cela soit examiné librement à la suite d’une enquête de l’Igaj sur ces dossiers. Car, tout cela m’importe énormément. Vous avez vu que les pièces d’exécution ont été accompagnées par un rapport de la Gendarmerie. Avez-vous lu ce rapport de la Gendarmerie ? Est-ce qu’il n’était pas plus simple, pour éviter toute confusion, après avoir exécuté une délégation judicaire, de réunir les pièces et de les renvoyer au juge ? Mais il ne faut pas que le gendarme fasse le travail du juge. Les analyses, les commentaires qui ont accompagné le rapport, n’avaient rien à faire là-bas. Mais en tant que juge, cela ne m’empêchait pas de former ma conviction et de rendre ma décision.
Alors, pour le cas Kambel et Kara Thioune, je ne vous comprend pas, parce que vous êtes toujours braqués contre nous. Je ne veux pas entrer dans les détails de cette affaire, parce que je sais que cela interpelle tout le monde. Mais, il suffit que vous fassiez votre propre travail d’investigation pour vous assurer si le Doyen des juges a fait ce qui était en ses moyens pour faire avancer le dossier ou pas. Je ne vais pas me mettre à vous parler du fond du dossier ou de la procédure, parce que la conclusion serait alors vite tirée que : «Le Doyen des juges a dit que l’affaire bloque là bas ou ici…»
Il y a une délégation judiciaire qui était envoyée à la Gendarmerie et qui n’est pas encore revenue. Mais le Doyen des juges a-t-il relancé la Gendarmerie par rapport à cette délégation ?
Oui, j’ai relancé. J’ai relancé plusieurs fois. Chaque fois que je dois prendre mes responsabilités, je les ai prises en âme et conscience. Et avant même que la Gendarmerie, j’avais écrit à la Police, et j’avais relancé, là bas aussi. Après, c’est moi-même qui ai pris la décision de changer, et d’aller vers la Gendarmerie.
Aujourd’hui, bizarrement, l’affaire Kambel a fait un an jour pour jour, et il n’y a toujours aucune inculpation.
Mais pourquoi ne me suivez-vous pas dans mes éclaircissements ? Je vous ai dit que j’ai relancé à plusieurs reprises. Pourquoi vous, sachant qu’il y a une délégation qui a été envoyée à la Gendarmerie, n’allez pas voir à ce niveau ce qui bloque ? Que voulez-vous ? Que j’aille moi-même là bas et que je les braque en leur demandant où en-est la délégation ? (Rires)
On ne vous en demanderait pas autant.

Propos recueillis par Madiambal DIAGNE et Mohamed GUEYE / Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir - Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir

 
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