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Le marabout Abdou Karim Ndiaye et Nassirou Alaoti alias Nassirou Ndiaye ont comparu devant la Chambre criminelle pour association de malfaiteurs, trafic international de drogue, faux et usage de faux et blanchiment de capitaux contre le second. Le Parquet a requis à leur encontre 15 ans de travaux forcés et à payer une amende de 15 millions de francs. La décision sera rendue le 2 mai.
Par Justin GOMIS

La peine de 15 ans de travaux forcés est suspendue au-dessus des têtes du marabout Abdou Karim Ndiaye et Nassirou Alaoti. Ils sont poursuivis pour association de malfaiteurs, trafic international de drogue, faux et usage de faux et blanchiment de capitaux. Dans les faits, la douane, qui avait exploité une information de l’officier de liaison de l’ambassade de Grande Bretagne à Dakar, a appréhendé le sieur Abdou Karim Ndiaye en provenance d’Ethiopie à l’issue de ses formalités administratives. La fouille de ses bagages a permis de trouver dans un sac à main, deux sachets bien cousus dans le fond contenant de la poudre blanche pour un poids de 1 580 grammes. Séance tenante, il a fait l’objet d’un test urinaire, qui s’est révélé positif à la cocaïne.
Interpellé sur l’origine de cette drogue, il a déclaré être mandaté depuis l’Ethiopie par une personne dont il ignore l’identité. Il a précisé à l’endroit des douaniers qu’il devait livrer cette drogue au sieur Nassirou Ndiaye, venu l’accueillir à l’aéroport. Selon toujours ses révélations, il devait lui remettre la drogue en contrepartie de la somme de 1, 5 million F Cfa et 10 000 euros. Sur la base de ses informations, un dispositif est vite mis en place et a permis l’arrestation du nommé Nassirou Okanlawon Alaoti alias Nassirou Ndiaye à bord de son véhicule de marque Chevrolet. Il a été trouvé par devers lui un autre passeport sénégalais établi au nom de Abdou Karim Ndiaye et des objets liés à cette affaire. C’est sur ces entrefaites qu’ils ont été placés en garde à vue. Le sieur Abdou Karim Ndiaye a été conduit à l’hôpital Principal par les agents de la douane et ceux de la cellule aéroportuaire anti-trafic pour une consultation. Il a expulsé ainsi 80 boulettes de cocaïne, qui se trouvaient dans son abdomen.
Devant les enquêteurs, Abdou Karim Ndiaye a reconnu les faits. Il a expliqué avoir fait la connaissance de son acolyte Nassirou Alaoti il y a de cela quelques mois par l’intermédiaire de son ami El Hadji Sall. Au fil du temps, leur relation s’est approfondie. Quelque temps après, il a décidé de se rendre en Ethiopie sur invitation de Amadou Ba. Pour effectuer ce voyage, il a bénéficié des services de son co-inculpé pour l’obtention du visa. Et en contre-partie, Nassirou l’a mis en rapport avec le nommé Smith. A son retour, ce dernier lui a remis un sac à main dans lequel est dissimilé dans le fond, une quantité de cocaïne pesant 1 580 g en plus des 80 boulettes qu’il a avalées. D’après lui, M. Smith lui a recommandé de livrer toute cette quantité de drogue à Nassirou Ndiaye, qui va lui verser la somme de 1,5 million francs en guise de pourboire et 10 000 euros. Il disait avoir reçu des appels téléphoniques de ce dernier qui l’informait de son arrivée à l’aéroport. Il a respecté les consignes des douaniers en allant remettre le sac contenant de la drogue à Nassirou. Occasion saisie par les gabelous pour l’arrêter. Interrogé à son tour, Nassirou Ndiaye a aussi reconnu les faits en avouant que les 2710g de cocaïne saisis par devers Abdou Karim Ndiaye lui ont été destinés. Mais, il précisait qu’il devait à son tour livrer cette drogue à une personne dont il ignore l’identité. La réception de la drogue devait se faire dans une auberge au cas où Abdou Karim Ndiaye réussirait à passer entre les mailles de la douane. Il ajoutait avoir vendu, il y a quelque temps de la cocaïne à une Malienne dénommée Khadidiatou Sissokho et que dans cette activité qu’il mène, il a fait un profit de 4 millions de francs. Il révélait en outre avoir acquis deux voitures de cette activité et disposer des comptes bancaires pour cette activité.
Devant la barre de la Cour d’appel, les accusés ont tous nié les faits en se rejetant la responsabilité. Abdou Karim Ndiaye a même servi à la chambre une thèse qu’un enfant de 5 ans ne goberait jamais. Il prétend que c’est au moment où il s’apprêtait à revenir au pays, qu’il a été approché par des gens qui lui ont donné à manger et à boire. Dès qu’il a pris la boisson, il avait perdu la possession de toutes ses facultés. A son arrivée au Mali, il avait de vives douleurs abdominales. Et quand Nassirou l‘a appelé, il lui a fait savoir qu’il ne se sentait pas bien. Ce dernier lui a rassuré qu’il le conduira chez un médecin. D’après lui, il ignorait le contenu du sac et comment les boulettes se sont retrouvées dans son estomac. Pour sa défense, Nassirou dira qu’il était venu chercher Abdou Karim Ndiaye qui est son marabout. Ce denier lui a toujours donné des potions qui ont fait avancer son business. Ce vendeur de produits cosmétiques soutient aussi que son co-inculpé a guéri son enfant. Mais, qu’ il ne s’active pas dans le trafic en balayant toutes les déclarations tenues aussi bien devant les enquêteurs que devant le juge d’instruction. Le Parquet qui n’est pas convaincu par leurs dénégations a demandé de les déclarer tous coupables des faits. Il a requis 15 ans de travaux forcés et une amende de 15 millions F Cfa. Les avocats de Abdou Karim ont sollicité la clémence. Car, ils pensent que leur client est victime de la ruse de grands trafiquants. Quant aux conseils de Nassirou, ils ont plaidé l’acquittement en ce sens, disent-ils, que la drogue n’a pas été trouvée sur leur client. L’affaire est mise en délibéré au 2 mai.

justin@lequotidien.sn

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