PARTAGER

C’est un souvenir impérissable. Il y a 9 ans, le corps de Fama Niane a été retrouvé découpé. 9 ans après la tragédie, l’enquête de la Dic n’a pas encore permis de lever le voile sur ce crapuleux crime. 9 ans après, beaucoup de questions restent encore sans réponses. Soupçonné d’être le véritable meurtrier, un quidam nommé Kandé, qui tenait une baraque au garage Petersen, a disparu des radars. Le Quotidien reproduit l’enquête qu’il avait menée pour comprendre cette histoire. Dans un an, l’affaire sera prescrite si un fait nouveau ne vient pas relancer la procédure.

Témoin des dernières heures de Fama Niane vivante, Petersen suffoque. Dans l’ancien marché qui a été rasé et qui est devenu un immense terrain où on retrouve des cantines en bois, le bouche à oreille a fini de faire du meurtre de Fama Niane un bruit sourd qui court à travers les étals. Dans ce lieu dépravé, délavé, au sol couvert de sable et parsemé de pierres, on parle, en chuchotant, du meurtre de cette jeune dame. Ici, tout le monde l’a connue «ainsi que son amant». En effet, la jeune femme, bien que mariée, «vivait en concubinage avec un homme du nom de Kandé», selon les confidences recueillies sur place. Un ressortissant du Fouladou. Ayant la taille d’un lutteur bodybuildé, teint clair, cet homme vivait dans ce marché de Petersen depuis deux ans déjà. Il avait été accueilli par les marchands qui ont toujours occupé les lieux et qui, par compassion, lui avait offert un endroit pour construire sa cantine qui lui servait plus de logis que de lieu de vente. A l’opposé de son concubin, Fama Niane mesurait 1,60 m et était plutôt mince.

Un concubin «féticheur» et «agressif»
C’est tout au fond de ce marché, sur une rangée où se dressent les abris de plusieurs vendeurs de charbon qui écoulent en gros, qu’une autre cantine en zinc rouillé se distingue. Sur la façade, il est écrit en arabe avec des lettres de couleur rouge Allahou akbar (Dieu est grand). C’est à l’intérieur qu’aurait été tuée et découpée la jeune Fama Niane, âgée de 30 ans. Son meurtrier et concubin qui serait âgé entre 40 et 45 ans est défini comme un homme «agressif», mais surtout un «féticheur». Et la plupart de ses voisins ne connaissent que son nom de famille. On ne lui connaît «ni femme ni enfant, mais seulement sa concubine Fama». Et, selon les informateurs, malgré l’injonction de la police de ne pas communiquer sur cette affaire, «Fama passait, depuis six mois, ses nuits avec cet homme (certains parlent d’une période moins longue). Elle venait le soir, et tous les matins aux environs de onze heures, elle sortait de la cantine pour aller prendre son petit-déjeuner chez le vendeur de tangana.» Il en était ainsi tous les jours. La dernière fois qu’elle a été aperçue sur les lieux remonte à la veille de la découverte de son corps sur la plage de Koussoum : le jeudi 13 mars 2009.

Une «pitance» avoisinant parfois 50 mille francs par jour
Alors qu’elle se réveillait tard dans la matinée, son concubin, lui, partait très tôt, indique-t-on, demander l’aumône dans les quartiers huppés de la ville. Et à son retour, «il ramenait souvent de l’huile, des sacs de riz et une somme qui avoisinait souvent les 50 mille francs». Devant la curiosité de ses voisins qui lui demandaient souvent d’où il pouvait tenir autant d’argent, il répondait : «Ce sont mes amis, les patrons des quartiers huppés de Dakar qui me le donnent.» Il s’en arrêtait-là. Et la vie continuait ainsi. Fama qui faisait croire à sa famille qu’elle travaillait n’avait pas d’emploi, soutient-on à Petersen. «Elle ne faisait rien, elle n’avait aucune activité, mais elle disait à son mari qu’elle travaillait les jours de semaine. Et le week-end, elle le passait chez son mari à Rufisque. Celui-ci ne se doutait de rien» apparemment. La famille de la défunte était-elle complice de ses agissements ?

«Les seins et le cœur de la jeune femme n’ont pas été retrouvés»
Selon nos interlocuteurs, Kandé aurait, la veille du Gamou de Tivaouane à deux jours plus exactement, «acheté du sable fin et des briques en ciment. Interpellé sur l’usage de ces matériaux, il nous a dit qu’il voulait construire sa cantine en dur. Nous lui avons signifié qu’il n’avait pas le droit de construire quoi que ce soit à cet endroit, parce que c’est un espace qui lui a été prêté. Il a ramené les briques en ciment, mais a laissé le sable sur les lieux. C’est ce même sable que les policiers ont retrouvé étalé sur le sol de sa cantine. En creusant, ils ont trouvé quelque chose contenu dans un sachet qui était enfoui. Mais nous ne savons pas exactement de quoi il s’agit. Les policiers de la Division des investigations criminelles (Dic) ont emporté la glacière et les bagages de Fama», raconte-t-on encore au marché Petersen. Les limiers sont venus sur les lieux, deux jours avant de libérer le mari de la défunte, faute de preuves. Ce dernier était considéré au début comme le premier suspect dans cette affaire.
Après le départ des policiers, personne n’a osé ouvrir les portes de la cantine incriminée. Dans les chuchotis, on parle de meurtre rituel. Un sacrifice humain. Suite à la demande de qui ? Personne ne sait. Pourquoi une telle conclusion ? On murmure que c’est parce que «des parties du corps auraient disparu, notamment les deux seins et le cœur de la jeune femme qui n’ont pas été retrouvés. Et les parties du corps qui avaient été découvertes sur la plage étaient disposées en 7 parts». Où sont passées ces parties qui n’ont pas été retrouvées ? Selon les informations recueillies par nos soins, cette méthode de procéder dénote d’un crime sacrificiel. Et les langues de se délier pour soutenir que Kandé était en contact avec des personnalités créchant aux Almadies où il faisait la manche. Serait-il à la solde de ces gens ? Personne ne pourra le dire, à part lui, l’auteur supposé du crime. Celui-là même qui a pris la poudre d’escampette et qui aurait disparu le lendemain même de la découverte du corps. D’ailleurs, concernant sa disparition rapide, on spécule. «Il serait mort» pour certains, alors que pour d’autres, «la police l’a arrêté, mais gardé le secret». Ou est donc passé Kandé ?
Pourtant, cet homme n’en serait pas à son premier meurtre. On raconte qu’un jour, une femme l’a trouvé sur les lieux «et nous a demandé si on le connaissait vraiment pour lui offrir l’hospitalité. Nous avons répondu que non. Et là, elle nous a dit que Kandé avait tué un homme à Mbour et c’est pour cette raison qu’il s’était enfui. Mais comme cela ne nous regardait pas, on s’est dit que cela ne nous concernait pas. S’il s’avérait qu’il avait commis ce meurtre, nous pensons que la police l’aurait arrêté depuis longtemps».
Aujourd’hui, la cantine de Kandé reste fermée. Ceux qui ont l’habitude de le fréquenter expliquent qu’à l’intérieur il y a bien deux congélateurs qui auraient servi à garder les morceaux du corps de Fama Niane et une glacière. «Kandé avait séparé l’endroit en deux par un rideau. Une partie pour recevoir ses invités et l’autre faisait office de chambre à coucher.» Pourtant, la relation entre Fama Niane et Kandé ne semblait pas aussi simple que ça. «Il leur arrivait de se disputer. Et une fois, la jeune femme a porté plainte contre son concubin à la police de Rebeuss parce qu’il lui devait 20 mille francs. Kandé avait été contraint de rembourser. Il avait payé la moitié et par la suite, la jeune femme qui était retournée chez elle est revenue se réconcilier avec lui. C’était durant la période de la Tabaski. C’est même Kandé qui lui a offert un mouton pour célébrer la fête.» C’était en 2009. Ainsi se raconte l’histoire de Fama Niane !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here