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Les projections de films s’enchaînent mais ne se ressemblent pas à la 20e édition du festival de cinéma africain de Khourigba. Mais en cinq jours, l’on se rend bien à l’évidence que la plupart des œuvres de nos réalisateurs jettent chacune à leur manière, différents regards sur l’évolution des peuples noirs. Mais tous veulent une Afrique plus émancipée.

Au fil que passent les jours, les débats autour des films projetés à Khourigba suscitent intérêt. Les longs métrages du jeune Congolo-Ougandais, Arnold Aganze, Ngo, Le train de sel et de sucre du réalisateur mozambicain d’origine brésilienne, Licinio Azevedo, ainsi que celui du Togolais Steven Af, titré Solim ont fait l’objet de débat à l’hôtel Farah. Ngo, fait-on savoir, est un acronyme en anglais signifiant à la fois Organisation non gouvernementales et rien ne se passe (Nothing going on). Le film raconte sur un ton satirique l’histoire de deux amis fraichement diplômés et sans emploi qui ont décidé de créer une Ong pour avoir leur part de ce gâteau juteux que sont les fonds internationaux dont profitent les organisations humanitaires…. Le film, selon son réalisateur, dénonce le «comportement hautain des Occidentaux qui, à travers les organisations non gouvernementales, contribuent à la consolidation de la culture d’assistance des Africains». A l’en croire, son film se démarque de ce que faisaient les générations précédentes et s’inscrit dans une démarche de prise en main des problèmes des africains.
«Il est temps que les films africains se libèrent de l’emprise occidentale et s’adressent au public africain», a défendu le jeune congolais. Bien que son film soit assez singulier au regard de la critique, il assume cette singularité tout en considérant que ses choix pour la réalisation de son œuvre, sont assez personnels. Le train de sel et de sucre du réalisateur Licinio Azevedo a lui été encensé par les regards des professionnels qui ont magnifié le jeu de rôles des acteurs Melanie Rafael et Matamba Joaquim. Ce film a en effet réveillé les souvenirs de la guerre civile qui avait ravagé le Mozambique en 1989. Quant au long métrage du Togolais Steven Af, les avis sont partagés, mais l’on pense que ce jeune réalisateur est «un espoir du cinéma togolais». Son film raconte une histoire d’amour entre Sika et Kaveta. Un drame romantique dans lequel, plusieurs thématiques sont mises en exergue : le combat pour une vie meilleure, l’échec, le pouvoir des hommes religieux qui ne sont pas toujours des modèles dans nos sociétés, mais aussi et surtout la force de l’amour.
Il y avait également cette séance débat durant laquelle L’orage africain du béninois, Sylvestre Amoussou, a été décortiqué. Son film est d’actualité avec le débat autour du franc Cfa. Beaucoup d’intervenants ont salué le côté «engagé» de ses films tout en souhaitant qu’il évite lui-même de jouer les premiers rôles. Parce que, disent-ils, «cela ne permet pas toujours de bien assuré la direction d’acteur».
Prenant la parole pour justifier sa production et le message qu’il souhaite laisser à la postérité, Sylvestre Amoussou a indiqué que sa responsabilité en tant que cinéaste est de mettre les doigts sur les problèmes qui minent le continent noir. «Je suis un éveilleur de consciences et j’ai choisi l’image pour m’adresser aux Africains… Je sais que par le cinéma nous pouvons y arriver…», a-t-il dit.

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