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Il y a quelques jours de cela, nous faisions  paraître dans des organes de la place, un article intitulé : «Le Saalum cherche un nouveau Buur.» Nous revenons pour, cette fois, informer les Sénégalais d’une grande nouvelle.
En effet, depuis le samedi 15 avril de l’an de grâce 2017, le Saalum s’est trouvé un nouveau Buur, en la personne de Thierno Ndaw.
Dans notre précédent article, nous exposions les critères qui prévalent pour être Buur, au Saalum. La répétition étant pédagogique, nous revenons sur ces critères.
C’est le mâle le  plus âgé de la branche maternelle des Guelwar. Il peut ainsi être le  jeune frère du défunt roi, son grand frère, son cousin ou son neveu, et même son petit fils. Mais toujours du côté maternel, donc être un Guelwar. Au Saalum le Matriarcat était de rigueur.   La condition sine qua non pour être candidat au trône du Saloum  est donc  d’être Guelwar (Kelwar en serer). Donc, aucune candidature ne remplissant pas cette condition ne saurait être acceptée par l’assemblée des électeurs. Tous les prétendants au trône remplissant cette condition sont départagés, en référence à d’autres critères comme : la bravoure, l’ouverture d’esprit, un tempérament modéré, etc.
Le samedi 15 avril 2017, une Assemblée générale a été tenue à la place publique de Kahone, avec comme témoin, l’arbre mythique, autour duquel le Gamou traditionnel est toujours clôturé. C’est donc devant cet arbre mythique, témoin de beaucoup de décisions concernant le Saalum, que cette Assemblée générale s’est tenue pour procéder au choix du nouveau Buur Saalum.
Pour que nul n’en ignore et pour une mise à niveau général,  il a été rappelé les critères  exigés des candidats.
Ainsi, il a fallu remonter le temps pour évoquer la rencontre entre les Guelwar dirigés par Mansa Waly (Mané) Dione et les Serers. Oui, aller jusqu’au XVème siècle pour éclairer l’opinion sénégalaise de ce XXIème siècle.
Le pacte entre Guelwar et Serers est né d’un conflit entre un Lamane Serer et un Peul. Ce Serer, du nom de Wa Ngom (Waly Ngom), était originaire du Baol. Il avait confié son troupeau à un Peul qui avait transhumé dans le Sine. Ne voyant pas le Peul revenir avec son troupeau, Wa Ngom se rendit au Siin pour réclamer son dû. Mais le Peul refusa de rendre le troupeau à son propriétaire légitime. Les autres Lamanes furent impuissants pour régler le litige. Finalement ils  recoururent aux Guelwar.
Mansa Waly Dione, chef des Guelwar, proposa aux deux parties antagonistes une épreuve à l’issue de laquelle il put trancher en faveur de Wa Ngom, propriétaire légitime du troupeau.1
Devant une telle sagesse, les Lamanes acceptèrent Mansa Waly Dione comme chef. Comme les Guelwar étaient accompagnés de guerriers, les  Cedo, les Serers comprirent que ces étrangers pouvaient les protéger contre les  convoitises des Peuls et des Wolofs du Jolof. D’où ce pacte scellé entre les deux entités socio-linguistiques.
Selon le pacte, les Serers désignent le chef (Maad en serer) qui doit être toujours  issu de la lignée matrilinéaire des Guelwar. Les Serers ont droit de regard sur la manière dont le pouvoir est exercé, mais jamais ils ne peuvent convoiter le trône, car n’étant pas Guelwar.
D’où une vraie séparation des pouvoirs.
Le chef des Lamanes (le grand Jaraf), présidait l’Assemblée qui doit élire le «Maad». Cette Assemblée était composée  des Lamanes (les petits Jaraf),  des «Sakh-Sakh» (chefs de certaines contrées), des Farba (chefs des villages Cedo) et des Dialigué (chefs des villages peuls).  Il faut  aussi souligner que les dignitaires de la cour, comme le Fara Lamb, le Fara Jougne-njoung, le Paré, le Farba Biir keur  et tant d’autres dignitaires de la cour, avaient aussi leur opinion à donner. Ainsi le «Maad»  n’était pas choisi au hasard et n’importe comment.
Ce samedi 15 avril, dans le respect scrupuleux de ces dispositions, le Pencum Saalum  s’est choisi un nouveau Buur. Les principes ont été rappelés et acceptés de tous.
Alors, il fallait choisir entre deux candidats. A la dernière minute, l’un des candidats a envoyé dire qu’il se désistait au profit de son frère de sang, Guelwar comme lui. Quelle noblesse !
Sur place, un collège électoral de 13 membres a été mis en place. Ce collège s’est aussitôt  retiré pour procéder au choix du nouveau Buur. L’exercice a été  simple. L’unique candidat a été retenu à l’unanimité.
Compte-rendu fut fait à  l’Assemblée générale. Suivirent des applaudissements nourris et des congratulations.
Un dignitaire prit la parole pour se féliciter du choix porté sur Thierno Ndaw.
Un Guelwar dans le noble sens du terme, le nouveau Buur a été l’homme à tout faire du précédent Buur, Mbaye Badiane.
Il s’est investi à redorer le blason de Pencum Saalum. Il a ressuscité le Gamou de Kahone en lui donnant une dimension nationale. De 2002 à 2011 le Gamou a drainé des troupes toucouleurs venues du Fouta, des troupes diolas et mancagnes venues de la Casamance. Grâce à lui.
En janvier 2003, le Buur Saalum, accompagné de ses principaux dignitaires et des Jougne-Njoung, s’est rendu en Casamance. Les Jougne-njoung ont résonné à Niankite, sous l’arbre de Bakolon Badji, à Sindian, à Oussouye, chez le roi de Kalobone et  chez le roi S. Diédhiou et  à Niassya.
Lors de cette tournée, Serers et Diolas ont prié dans leurs traditions, en privé, à l’abri des caméras et des micros.
Lui, le nouveau Buur,  grâce à son entregent, le Pencuum Saalum s’est investi dans la recherche de la paix en Casamance.
Tous les dignitaires du Pencum Saalum, actuellement en vie,  peuvent témoigner de la véracité de ces faits. L’actuel Buur, alors coordonnateur des activités de Pencuum, était la tête pensante de toutes ces initiatives.
Nous osons donc croire que Pencum Saalum ne s’est pas trompé dans son choix. C’est un homme qui était dans l’action, qui s’en était démarqué un certain temps, pour des questions de principe, qui revient.
Buur, il ne pourra plus s’exposer. Mais il saura inspirer,  guider, suggérer.  Sûr qu’il se fera entourer d’hommes et de femmes «esclaves» du Saalum, leur patrimoine.
« Maada Mbeye 2», Thierno Ndaw Couma Daga Nguenard Mbodje, avant votre intronisation, qui ne saurait tarder, tout le Saalum vous dit : «Dali» (Majesté) ! Désormais  vous êtes Maada Mbeye3. Vous ne mangerez plus du «mboume» (sauce préparée avec les feuilles fraîches de certains arbres ou plantes). On ne vous démentira plus. Si vous riez, tout le Saloum rit. Si vous vous fâchez, tout le Saloum se fâche. Vous ne marcherez plus seul. A partir d’aujourd’hui, personne ne vous désobéira plus.
Nous demandons  à Dieu de vous mettre d’accord avec le Saalum.  Maad, on vous salue avec «cent», c’est-à-dire que l’on souhaite que votre  règne  dure cent ans.
Si nous allons jusqu’à vouloir faire revivre certaines valeurs du passé, commençons par respecter les principes qui les régissaient. Ni «modernisme» ni acculturation, ne peuvent nous en dévier. Seule manière de mériter de nos ancêtres.
Maurice Ndéné WARORE
Président de la Commission
scientifique
Commandeur de l’Ordre national du Lion
 Retraité de l’Education                                                              guirandokordiabou@gmail.com
1 Nous ne pouvons revenir sur les détails de cette épreuve pour ne pas allonger l’article. Par ailleurs les historiens ne sont pas unanimes sur les circonstances dans lesquelles Guelwar et Serers ont accepté de vivre ensemble. Certains historiens soutiennent qu’il y a eu un conflit armé entre Guelwar et Serers et ces derniers ont fini par se soumettre.
2 Mbèye est le premier nom du Saalum. Seuls les gens du Siin utilisent encore ce terme, par opposition a SINIIG (le SIIN). Deux royaumes frères  qui ont partagé la même histoire parce que dirigés par la dynastie matriarcale.
3 Roi du Saalum

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