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Edouardo Suarez Socorro a dédicacé samedi dernier à la librairie 4 Vents son premier ouvrage intitulé De Las Palmas à Dakar : récit d’un exilé pas comme les autres, un livre dans lequel il retrace son parcours de l’Espagne au Sénégal. Il indique l’avoir écrit pour apprendre aux Sénégalais comment vivre chez autrui et quel comportement adopter en terre étrangère. M. Suarez souligne que le phénomène de l’émigration clandestine est comme la répétition de leur propre histoire européenne, leur destination n’a pas été le Sénégal, mais plutôt l’Amérique du Sud, comme les milliers de Canaris à ce moment-là qui ont été contraints de fuir la dictature et la pauvreté. Lui-même avait quitté son pays à cause de la persécution du régime de Franco en Espagne.
«Je commence mon livre en disant que c’est les drames de ces pirogues qui partent d’ici vers les Canaris dont la plupart disparaissent en mer. J’ai vécu cela dans le sens contraire, c’était un petit bateau qui faisait 11 mètres de long et qui naviguait clandestinement chargé de sel pour tromper les autorités». Il poursuit : «On était une cinquantaine de personnes, des membres de ma famille y compris, à bord du voilier et on devait aller en Amérique du Sud. On était censé faire escale à Dakar. Il était prévu 8 jours de voyage des Iles Canaris à Dakar et nous nous sommes retrouvés en route avec 127 clandestins à bord du bateau. C‘était le 1er juillet 1949 et nous avons mis 18 jours pour arriver de Las Palmas à Dakar», explique-t-il.
Agé de 83 ans, l’auteur a gardé intacts dans sa mémoire tous les détails du voyage entre Las Palmas et Dakar. Expérience qu’entreprennent des milliers de jeunes Africains, malgré les dangers, en faisant le voyage inverse. L’expérience européenne qu’il a vécue adolescent lui a fait découvrir un monde totalement différent, qui lui a permis de découvrir ce qu’il considère comme l’une des plus précieuses valeurs africaines : la solidarité. «Les Sénégalais nous ont aidés, tous les passagers piégés dans le port, incapables de descendre, parce que les autorités coloniales françaises ne nous ont pas donné la permission de nous promener dans les rues», se souvient-il avec nostalgie.
Cette situation «humiliante» a pris fin quand enfin sa famille, qui avait décidé de renoncer à ce voyage en Amérique du Sud, a pu bénéficier du statut de réfugié politique accordé par les autorités coloniales françaises.
Suarez jette un regard critique sur le phénomène de l’émigration clandestine. «Il faut donner aux Africains les moyens de rester en Afrique. L’avenir de l’Afrique n’est pas en Europe, mais en Afrique. Nous avons aussi été des immigrants», a déclaré Suarez qui a fait entre 1949 et 1966 trente métiers différents, entre électricien et plombier. Fatalités causées par le passage du détroit de Gibraltar. Et le rapatriement des milliers de jeunes entre 2006 et 2007 provoquera en lui une grande tristesse.
Stagiaire

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