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Certains l’appellent «journaliste citoyen», d’autres «lanceur d’alertes». Peu importe l’appellation. C’est un concept à la mode, autrement dit dans l’air du temps. Le «journaliste citoyen» ou «lanceur d’alertes», il s’agit en effet du même individu qui, aujourd’hui, concurrence  sérieusement les médias dans leur rôle de médiation ou d’intermédiaire entre les détenteurs de l’information et l’opinion publique.
Succinctement, le «journalisme citoyen» est né à faveur de l’existence et de la démocratisation de l’accès aux réseaux sociaux qui ont fait exploser les frontières terrestres pour créer un monde nouveau, un village planétaire avec un citoyen du monde exigent qui ne se contente plus de consommer passivement l’information que lui fournissent les médias, mais qui est devenu un acteur actif, agissant à son nom propre avec beaucoup plus de liberté que le «journaliste professionnel», soumis à l’éthique et au code de déontologie professionnelle.
Ainsi, n’étant assujetti à aucune règle professionnelle que celle que lui dicte sa propre conscience, le «journaliste citoyen» est l’expression vivante même de la liberté d’expression soumise à aucune restriction sauf celle que lui imposent ses propres limites. Le support ou média qu’il utilise lui donne un pouvoir puissamment développé, au point qu’il peut s’exprimer d’un point donné du globe et être entendu à l’autre bout du monde par le côté opposé, c’est-à-dire parler au monde entier. Ce pouvoir démesuré fait légitiment peur et empêche les communicants de dormir, car personne ne peut prévoir ou empêcher la publication dans les réseaux sociaux d’une information défavorable (texto, photo et vidéo) à son égard par un «journaliste citoyen».
Totalement différents, le «journaliste citoyen» et le «journaliste professionnel» sont égalitairement interpellés sur le terrain du patriotisme, car le métier ne définit pas a priori le degré de patriotisme d’un citoyen. Par ailleurs, entre le «journaliste professionnel» et le «journaliste citoyen», il y a le Peuple ou l’opinion publique destinataire et ad vitam aeternam consommatrice.
Donc, face à la multitude des sources d’information et la concurrence entre les médias, l’analyse des faits et des comportements nous montre une opinion troublée par une quantité de  flux d’informations qu’elle a du mal à digérer. A tort ou à raison, cette opinion publique a tendance à voir la presse comme un allié des mauvais temps, mais dont il se méfie ou accuse de tous les noms.
Au fait, si les gens se méfient de la presse peut-être est-ce parce qu’ils ont de bonnes raisons que l’on ne peut pas les refuser. Toutefois,  on ne doit pas mettre tous dans le même sac sans discernement. Aussi, on ne doit non plus oublier que la liberté de la presse est l’un des baromètres de l’état de vitalité  démocratique d’un pays.  Elle est qualifiée de quatrième pouvoir à cause de ses rôles de contrepoids potentiel, de veille démocratique et de conscience citoyenne élevée désintéressée.
De nos jours, force est de constater que le «journaliste citoyen» fait partie des acteurs de l’information et de la communication. Il est tapi dans cette masse critique de population dans le monde qui, ayant découvert les bienfaits et les possibilités qu’apportent les technologies de l’information, ne s’empêche d’en faire usage à sa guise.
En substance, ce type de «journalisme ouvert à tout citoyen» prend de plus en plus de l’ampleur et de l’importance dans l’opinion publique et dans les médias. La chaîne française de l’information continue, France 24, a compris mieux que n’importe quelle autre chaîne qu’il fallait permettre à cette opinion dynamique visant à changer les choses à s’exprimer en créant une émission télévisuelle dédiée au «journaliste citoyen», «les Observateurs».
Au Sénégal, le développement fulgurant du paysage médiatique qui s’est traduit par la naissance de plusieurs chaînes de télévision et de radio ne s’est pas fait sans conséquences néfastes sur la nature des rapports qu’entretiennent les médias entre eux et les médias avec la population c’est-à-dire avec l’opinion publique.
Eternel intermédiaire entre les détenteurs de l’information et l’opinion publique, les médias doivent composer désormais avec le «journaliste citoyen» qui a fait une irruption sans prévenir dans la production et la diffusion de l’information.
N’ayant aucune règle d’éthique et déontologique professionnelle, le «journaliste citoyen» est une menace permanente pour les médias, y compris les communicants, surtout que s’il n’a pas de solides références  culturelles et religieuses qui puissent l’empêcher de dire n’importe quoi et n’importe où sans en mesurer les conséquences sur les autres.
En résumé, la liberté va de pair avec la responsabilité. Cependant, elle doit  être perçue différemment selon deux niveaux de responsabilité. D’abord, il faut noter la responsabilité du «journaliste citoyen» qui use de la liberté que lui confère la Constitution, qui écrit ou poste une photo ou une vidéo jugée sensible et ensuite celle du responsable du média qui a permis au «journaliste citoyen» de diffuser son élément. Sur ce, il peut s’agir de WhatsApp, ou de YouTube, ou de Twitter ou de Facebook.
Enfin, suite à l’incendie survenu au Daaka de Madina Gounass, un «journaliste citoyen» a posté une vidéo sur WhatsApp avec un commentaire mettant en cause le cameraman de la Tfm, Pape F, comme étant le fameux fumeur à l’origine de ce macabre incendie qui a emporté plusieurs vies innocentes. Or, selon le top management du Groupe futurs médias, cette information est calomnieuse et absolument fausse au point qu’il a jugé utile de lui consacrer une édition spéciale pour expliquer à l’opinion publique de quoi il en retrouve exactement. Mais le mal était déjà fait. Si demain le «journaliste citoyen»,  auteur de cette vidéo, est condamné, qu’en sera-t-il de WhatsApp qui l’a diffusée ?

Baba Gallé DIALLO
bbgd70@yahoo.fr

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