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C’est connu de tous, le génocide rwandais aura été l’une des plus sombres pages de l’histoire africaine de ces dernières années. Pour ne pas dire la plus tragique de l’histoire africaine. Car, en réalité, il s’agit de l’un des génocides les plus marquants de l’histoire du monde. Les mots pour décrire l’histoire ne suffiront pas. Elle est remplie d’images douloureuses. Des témoignages poignants… Un récit glaçant qui vous rappelle un massacre orchestré et planifié depuis plusieurs années.

Une visite au Mémorial du génocide en cette période de mars vous replonge, à travers des images, des vidéos, sur les douloureux événements qui ont marqué le Peuple rwandais. Com­mémorant le génocide rwandais en 1994, ce sont les restes de plus de 250 000 personnes qui sont enterrés sur les lieux. Centre inauguré en 2004, soit 10 ans jour pour jour après le génocide, le centre est situé dans la banlieue de Gisozi où bon nombre de Tutsis ont rejoint leur dernière demeure dans une fosse commune.
Des expositions à l’intérieur du bâtiment vous retracent, avec l’aide d’un guide, le déroulement des événements. Entre les tensions entre les groupes ethniques, les causes du déclenchement du génocide et le déroulement de cette tragédie. Le plus marquant reste sans aucun doute la période du massacre. Moment douloureux où le spectacle qui s’offre au visiteur sort totalement de l’ordinaire.

La salle des enfants
Difficile de retenir ses larmes quand on entre dans la salle des enfants massacrés à coups de machette. Des photos où les gamins dont la tranche d’âge varie entre 1 et 5 ans, affichant un sourire éclatant. Sur chaque photo, le nom de l’enfant. Comme pour rappeler aux visiteurs, la joie de vivre qui animait ces gamins et qui malheureusement, n’ont jamais pu réaliser leur rêve de grandir dans leur pays, le Rwanda. Des moments trop forts, pour comprendre jusqu’où la cruauté humaine peut aller. Regarder un enfant et lui asséner un coup de machette, relève du surréalisme. Et pourtant, ils sont des milliers à avoir subi le sort. Certains des enfants ont été tués aux côtés de leur mère, arrachés à la vie par le voisin, le père de l’ami avec qui ils avaient l’habitude de jouer ou de partir ensemble à l’école.
Le moment le plus fort reste aussi la période du génocide avec les multiples massacres perpétrés. Des images poignantes qui vous glacent le sang. A l’image de la photo de cet enfant, une partie de la tête maculée de sang par une machette, le crâne presque ouvert. Le regard hagard, le bambin, au milieu des cadavres, scrute l’horizon. Pas une seule larme dans ses yeux, malgré la profondeur de la blessure. Il est en vie. Un miracle dans cet enfer. Peut-être juste le temps de la pause photo avant de rejoindre les siens dans l’Au-delà.
Dans une autre pièce, la scène est quasiment la même. Des hommes armés de machette au milieu des cadavres, jubilent ou cherchent des survivants pour les achever. Difficile de comprendre une telle haine. D’ailleurs, comme l’a rappelé un confrère rwandais, beaucoup de gens refusent de se rendre sur les lieux. «Malgré le temps, des gens ne supportent toujours pas. Ça ravive des émotions fortes. On est vite replongé dans ces souvenirs douloureux», confie ce dernier. D’ailleurs, certains membres de l’Union africaine de radiodiffusion (Uar), en séminaire dans la capitale rwandaise avaient du mal à poursuivre la visite. Malgré le privilège d’être témoins de cette tragédie. A l’image de milliers de visiteurs par an, venus de tous les coins du monde.
Dans une autre pièce, des cranes sont exposés dans des vitres. Avec différentes formes et tailles, certains sont troués, alors qu’il ne reste presque qu’une partie pour d’autres. Juste à côté de là, des effets des disparus sont exposés. Vêtements, chaussures, bijoux, sacs…
Quant aux rares survivants qui ont accepté de témoigner, le récit projeté dans une autre pièce suspend le temps. Ces derniers expliquent leur calvaire en boucle et vous replongent dans l’enfer qu’ils ont vécu. Des récits douloureux d’une poignée de minutes pleines d’émotions, mais nourries de pardon pour un avenir meilleur. Car au-delà de la souffrance, les Rwandais ont finalement accepté de pardonner leurs voisins, leurs amis, leurs frères. «Ce sont des génocidaires. Je ne peux pas dire que c’est telle personne ou telle ethnie qui a fait ça. Je préfère parler de génocidaires. Et ces gens ont été manipulés», raconte cet autre confrère rwandais. La formule miracle pour tourner la page. Elle a finalement apporté sa douceur dans des cœurs meurtris par la haine et la souffrance.

Le pardon comme une religion
Malgré tous les massacres, le peuple tutsi a pardonné. Pour ne pas dire le Peuple rwandais. Les génocidaires ont donc demandé pardon. Les Rwandais ont oublié. Ils ont accepté de tourner cette page sombre de leur histoire.
Près de 26 ans après le génocide, le Rwanda a repris goût à la vie. Le pays s’est complètement transformé grâce à la vision de l’actuel président de la Répu­blique, Paul Kagamé. Le fils des Collines, appelé également le bâtisseur, a trouvé la bonne formule pour réconcilier son Peuple avant de poser les jalons d’une cohabitation.
La visite de près de deux heures des membres de l’Union africaine des radiodiffusions s’achève par le dépôt de fleurs sur le site. Comme un symbole, sous une pluie fine. Une visite qui restera à jamais gravé dans la mémoire de chacun. Malgré la verdure. Malgré la propreté qui frappe le visiteur dans ce pays de l’Afrique. Eh oui, le Rwanda a fini de séduire de par sa transformation. Ce petit pays est devenu l’un des plus propres du continent.

Une ville verte et propre
En effet, malgré tout ce que le Peuple rwandais a vécu, la transition a quand même pu se faire. 24 ans après ce douloureux épisode, Kigali est devenue une ville verte et propre. C’est comme si chaque goutte de sang versé a laissé place à la verdure. Le visiteur est frappé par la beauté de la capitale rwandaise. A l’image de ce confrère malien, séduit par la beauté et la propreté. «On est vraiment loin de Bamako et d’autres capitales africaines. C’est vraiment la petite Suisse, ici. Même les blancs n’ont rien à dire face à tout ce que l’on voit ici en termes de propreté», souligne-t-il. La réaction serait la même pour quasiment toutes les autres capitales africaines. Pas un seul endroit où il n’y a pas de verdure. Des pelouses un peu partout dans la ville et soigneusement entretenues, au quotidien. Il est facile de voir des jeunes ou des dames préposés au quotidien à l’entretien. C’est devenu une tradition. Autant dans chaque coin de la ville, autant dans les maisons, la propreté et l’entretien des végétations sont une «religion», dans cette partie de l’Afrique australe où il pleut quasiment toute l’année.
Autre aspect frappant, c’est la discipline des Rwandais. Elle est érigée en règle partout. D’ailleurs, il est impossible de voir un motocycliste circuler sans le port du casque. Même ceux-là préposés au transport doivent obligatoire disposer d’un autre pour le client.
Tout aussi impressionnant, le visiteur est accueilli les bras ouverts pour un séjour inoubliable. A ce sujet, informe un confrère rwandais, «l’Etat fait tout pour que le tourisme occupe une place importante dans l’économie du pays».
La sécurité n’est pas en reste. Des militaires armés de Kalachnikov sont visibles dans ce coin de rue pour assurer la sécurité des populations. Les patrouilles sont également très fréquentes et les lieux publics sont quasi tous équipés de portiques de sécurité. Une manière d’asseoir une certaine sécurité et la tranquillité des populations, dans cette partie de l’Afrique où les coups d’Etat et autres attaques rebelles sont souvent très fréquents.
Difficile de parler du Rwanda sans pour autant s’intéresser à la communauté sénégalaise. Selon les quelques informations recueillies auprès des riverains, ils sont quelques rares Sénégalais à vivre au Rwanda. Ces derniers, très appréciés par leur discipline et leur hospitalité légendaire, évoluent plus dans le domaine de la couture et le commerce de produits électroniques, mais également dans la restauration. «On les apprécie beaucoup. Il arrive qu’ils nous invitent à manger du thiep, le plat traditionnel de chez vous. On apprécie beaucoup», confie ce confrère rwandais.

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