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Comme pratiquement toutes les manifestations culturelles, le Festa2h peine à boucler son budget. Et l’apport de l’Etat est insuffisant. Mais à la différence des autres, Africulturban refuse de changer de statut et fait appel à la générosité internationale. Le directeur artistique du Festa2h s’explique sur leur stratégie.

Peut-on avoir le bilan de la 13ème édition du Festa2h ?
C’était une belle édition cette année même s’il y a eu des manquements par-ci et par-là. Cela fait partie du jeu et on va en profiter pour s’améliorer. On a plus ou moins choisi les dates pour la 14ème édition, celle de 2019. Sur les affiches, seul Niit Doff a manqué à l’appel. Il faut dire qu’il a été assez lourd d’organiser trois évènements en un. En moins d’une semain,e on a fait le Festa2h, le Hip-hop summit et le Flow up. Ce sont 40 personnes venant de l’étranger, 100 artistes sénégalais et 4 grands concerts, avec des moyens qu’on sait insuffisants.
A chaque édition, vous avez des problèmes de budget. Rassurez-nous, cette édition a bouclé le sien ?
En Afrique, je ne connais pas de festival où le budget est bouclé. C’est toujours 80 à 90% du budget qu’on reçoit. On est habitué maintenant. Avec ou sans moyens, on va faire des choses. Mais si on veut que ça soit stable, il faut avoir au minimum 65 millions Cfa.
Qu’en est-il de la professionnalisation du festival, lancée depuis 3 éditions maintenant ?
80% des gens qui travaillent sur le Festa2h sont membres de l’Association Africulturban. L’équipe vidéo en est l’exemple : ce sont des jeunes qui avaient des problèmes avec la justice qu’on a récupérés et formés. Ils gèrent toute la communication audiovisuelle. C’est pareil à la régie et à la communication. Mais on est conscient qu’il nous manque un bon chargé de la production.
De 18h à 2h du matin, n’est-il pas temps de revoir le format pour attirer plus de monde ?
Les gens qui posent ce genre de question sont inexpérimentés. En Belgique, on commence les concerts à 10h du matin pour terminer à 2h.
C’est parce que dans ce genre de festivals le camping fait partie du show…
C’est vrai qu’il y a un camping, mais ici les gens mangent avant de venir. On n’est pas dans la forêt à Mbao, on est à Médina. Pour moi, c’est un problème de culture, de festival. On aurait été dans un autre pays, on allait valoriser ce gazon. J’ai vu même des festivals où on installe une piscine. Mais du moment qu’on n’a pas réglé les problèmes de base, on ne peut pas penser à autre chose. L’expertise est là, mais un festival coûte cher.
Comment le festival est-il financé ?
On compte sur la solidarité internationale. On invite nos collègues étrangers et des institutions nous font confiance. Le public ne participe pas encore. On a essayé de leur faire payer l’année dernière, avec plus ou moins de réussite, mais avec la célébration des 30 ans, on peut leur faire payer l’entrée. Après, c’est très facile d’attaquer, mais l’environnement est hostile. Il n’y a pas de soutien. Si les villes de Pikine et Dakar mettent chacune 10 millions, l’Etat du Sénégal, à travers la Fdcu, ce qui nous fera 30 millions, mais c’est la moitié du budget.
Pourquoi ne pas faire d’Africulturban une fondation pour assurer le financement ?
On ne peut pas s’autofinancer dans la culture. C’est utopique de le penser. Dans les discours, on entend qu’il faut être indépendant, mais la vérité c’est qu’on est ultra subventionné. En France, il n’y a pas de subvention publique, il n’y a pas de festival. Il n’y en a que dans le monde anglophone.
Avez-vous fait appel au sponsoring ?
Il n’y a pas une politique qui oblige à soutenir. Je ne parle même pas de sponsoring, mais de soutien à la création. La Rse de ces entreprises, c’est du bluff. Je ne peux pas comprendre que la Fondation Doen mette 10 fois plus que l’Etat du Sénégal. Et on nous dit qu’il y a toujours les Toubabs. Comment peut-on mettre ces gens-là de côté ? C’est très simple : il faut que le public participe, que la presse, l’Etat et les privés jouent leur rôle. Au Maroc, il y a une politique culturelle pour vendre la destination Maroc. Mais ici, on n’a jamais réussi à travailler avec le ministère du Tourisme. Ils ne répondent même pas aux courriels. La culture est prise pour un plan B par 80% des autorités publiques. C’est quand on a fini de travailler à 18 h qu’on pense à la culture.

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