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Ndèye Dieynaba Ndiaye a été exclue, la semaine dernière, du Fsd/Bj. Cette enseignante de formation compte poursuivre la philosophie de «Allahou wahidoun» de Dièye-Père. Mais ce sera pour destituer Cheikh Bamba Dièye.

Durant 9 ans, Ndèye Dieynaba Ndiaye a accompagné «son» cheikh, Bamba Dièye, dans les combats les plus âpres. Dans les années Wade, celle qui siège comme députée dans la Législature sortante a apporté sa pierre à l’implantation du Front pour le socialisme et la démocratie/Benno jubël (Fsd/Bj), orphelin de son fondateur Cheikh Abdoulaye Dièye. Depuis vendredi dernier, elle est exclue du parti. Dans sa paisible villa sise à côté de la prison de Camp Pénal, Ndèye Dieynaba Ndiaye, teint clair, à peine trapue, moulée dans un basin vert, souffle le chaud. Sa cible : Cheikh Bamba Dièye. Le silence de cathédrale qui régnait dans la maison laisse place à un lieu où résonne une voix haut débit. Elle dit : «Ce qui a motivé cette tentative de m’exclure du Fsd/Bj, c’est notre décision de mettre en place un cadre de concertation. C’est avorté parce que ce n’est pas légal. Je me réclame toujours militante de ce parti. Par conséquent, je considère cette exclusion comme nulle.»
Native de Mbour, elle s’est implantée à la Médina. Son père, un toucouleur, sa mère malienne et sa grand-mère d’origine nigérienne font d’elle une «panafricaine avec un esprit libre», selon ses termes. «Après une enfance heureuse dans une famille unie», elle obtient son Bfem au Cem Abdoulaye Maturin Diop avant de décrocher son Bac au lycée Delafosse. Cependant, dans la fratrie Ndiaye, seule Ndèye Dieynaba a décidé de prendre la craie. Tout le contraire de ses deux frères dont l’un est ingénieur et l’autre médecin «Après le Bac, j’ai fait le concours du Cfps de Médina. Sur 800 candidats, je suis sortie 9ème», raconte-t-elle. Pendant plus de 20 ans, Ndèye Dieynaba Ndiaye, devenue entre-temps Mme Gaye, a enseigné à l’Ecole Fass, actuelle Ecole Oumar Boun Khatab Ba. Une affectation la conduit à l’école Cerf-Volant devenue l’Ecole Imam Abdoul Ndiaye. Par la suite, elle pose ses bagages à l’Ecole Malick Sy avant de terminer surveillante au lycée Lamine Guèye en charge des premières L.

Sous le charme du théoricien de «Allahou wahidoun»
Ndèye Dieynaba Ndiaye ne se considérait pas comme une femme politique. Elle préférait plutôt s’informer sur les politiques publiques à travers la presse. C’est seulement dans les années 80 qu’elle sera séduite par le discours de Cheikh Abdoulaye Dièye. Parent de l’épouse du fondateur du Fsd/Bj, l’enseignante écoute avec attention le discours teinté de religieux du père de Cheikh Bamba Dièye. En ce moment, le défunt promoteur de «Allahou wahidoun» animait un front dénommé «Sauver sa deuk». «Je disais que pour faire de la politique, il faut être très diplomate et accepter beaucoup de choses, avoir l’esprit ouvert, être tolérant ou même accepter l’inacceptable. Des personnes qui ne me connaissent même pas, portent des jugements sur ma personne. Tout cela à cause de la politique», explique-t-elle. Le Fsd/Bj voit le jour en 1998, mais c’est en 2003 que Ndèye Dieynaba Ndiaye y adhère.
Ce fut après le décès de son fondateur en mars 2002. Elle se souvient : «Avec Cheikh Bamba Dièye, je me suis beaucoup investie de 2003 à nos jours. Cela a généré beaucoup de sacrifices sur le plan personnel, familial,… Lorsque j’adhérais au Fsd/Bj, il n’y avait rien. Cheikh Bamba Dièye avait hérité du parti après un soi-disant congrès. En 2007, nous avons eu le toupet et le courage de présenter un candidat à l’élection présidentielle. Ce n’était pas pour gagner parce qu’on savait qu’on n’allait pas gagner. Le discours de Cheikh Bamba était séduisant et cohérent. Mais il y avait un travail d’équipe autour de lui. Notre slogan était de faire la politique autrement.» En 2006, elle implante le Mouvement national des femmes du Fsd/Bj. En 2009, à la faveur de la victoire de Benno siggil senegaal dans beaucoup de grandes villes du pays aux Locales, Ndèye Dieynaba Ndiaye devient adjointe au maire de la commune de Médina. «J’ai occupé le poste de chef de l’officier d’état civil du centre secondaire d’état civil de Médina pendant 5 ans. C’était sous le magistère de feu Me Biram Sassoum Sy», témoigne-t-elle. Mais la politique est le cimetière des amitiés, dit-on. L’esprit de camaraderie bat de l’aile avec l’avènement de l’alternance du 25 mars 2012. Le fossé entre Ndèye Dieynaba Ndiaye et son mentor au sein du parti commence à se creuser. Ministre au sein du gouvernement du Président Macky Sall, Cheikh Bamba Dièye et son parti proposent la présidente du Mouvement national des femmes pour aller siéger à l’Assemblée nationale.
Dans l’institution parlementaire, la députée se rapproche du pouvoir. Lorsqu’en octobre 2013, Bamba Dièye lui conseille d’adhérer au groupe parlementaire de Rewmi devenu opposant au régime du Président Macky Sall, Ndèye Dieynaba Ndiaye refuse de s’exécuter dans ce qu’elle qualifie de «mascarade». «J’ai fait capoter le groupe de Rewmi. Bamba Dièye a donné sa parole. Il se concertait avec les responsables de ce parti à mon insu. Je devais être le pion qu’il utilisait. Le soir des négociations qui devaient se dérouler chez Idrissa Seck, Bamba Dièye ne m’a pas appelée. Après, un député de Rewmi, Samba Bathily, m’appelle pour me dire que la réunion est prévue à 21h chez Idrissa Seck au Point E. J’étais surprise. Après, par respect à Bamba Dièye, je suis allée à la réunion mais j’ai vu que c’était une mascarade. J’ai refusé d’être dans ce groupe», raconte-t-elle.

Femme incontrôlable
La même situation s’est produite lors de la bataille pour le contrôle du groupe parlementaire du Pds entre Modou Diagne Fada et Aïda Mbodj. Cette fois-ci, Ndèye Dieynaba Ndiaye refuse de suivre les instructions du chef de son parti. «C’était des affaires du Pds. On n’avait rien à voir là-dedans. Le Pds est un parti qui reçoit des ordres venus de Versailles. Ce n’est pas sérieux. Je n’ai jamais été dans le groupe de Aïda Mbodj», dit-elle. Pour l’heure, il s’agit de se battre pour le contrôle du parti afin de faire partir Cheikh Bamba Dièye, «coupable» d’avoir sorti le Fsd/Bj de la coalition Benno bokk yaakaar. «Lorsque Bamba Dièye sortait de Benno, il n’a pas consulté les militants. C’était une décision personnelle. La question n’était pas d’être pour ou contre mais d’être respectée en tant que militante du parti. Il a pris la décision de démissionner de la coalition à Saint-Louis. Je l’ai appris à la radio. Bamba Dièye, frustré qu’il était, à cause de sa défaite à Saint-Louis, a décidé d’engager le parti pour quitter Benno bokk yaakaar. Pourquoi nous devrions le suivre ?», s’interroge-t-elle. Sa défiance démesurée amène le parti qui, dans le communiqué de l’exclusion, estime que la parlementaire est le «bras armé du pouvoir pour le déstabiliser».
A cette question, la réponse est cinglante : «Je ne suis pas le bras armé du pouvoir. Nous avons mis en place un cadre de concertation. Il faut redorer le blason de ce parti qui se résume à un seul visage, à une seule personne. Des militants qui étaient partis sont en train de revenir. Je n’ai jamais rencontré le Président Macky Sall ni aucune autorité de la mouvance présidentielle.» Celle qui assure «ne jamais démissionner» du Fsd/Bj, veut aujourd’hui la place du cheikh qui «occupe illégalement» le poste de Secrétaire général. «Depuis 2002, il n’a jamais organisé un congrès. Il a été élu pour 5 ans. C’est un usurpateur.» Pour les Législatives du 30 juillet, le premier choix de Ndèye Dieynaba Ndiaye est de cheminer avec Benno bokk yaakaar mais elle n’exclut pas d’avoir sa propre liste. En 2019, la députée non inscrite indique fièrement que son candidat s’appelle Macky Sall.
bgdiop@lequotidien.sn

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