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«Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point», Blaise Pascal, Les pensées
Célèbre adage du philosophe de Port-Royal, ce génie précoce et effrayant qui savait «tout» à l’âge de seize ans et dont le bonheur est d’avoir un père éducateur et qu’il n’a jamais mis les pays à l’Université. Inventeur insomniaque de la machine à calculer, de la roulette et bien d’autres formules en physique et en mathématiques, le génial auteur des Pensées et des Provinciales a été certainement «repris» cent ans plus tard par le grand écrivain Guy de Maupassant dans les mots qui suivent : «Le cœur a ses mystères qu’aucun raisonnement ne pénètre.» On parla alors de pastiche et non de plagiat, puisque le plus grand «nouvelliste» français, auteur du chef-d’œuvre absolu Une vie, n’a pas repris mot pour mot la pensée du philosophe janséniste. Le pastiche est un noble hommage à une géniale pensée, c’est une glose ornementale. Le sujet horrible du plagiat ploya sous la charge lourde de l’érudition, la précision, le purisme et la méticulosité de beaucoup d’auteurs qui ont tenté de cerner la question.
Sujet douloureux et même cathartique à l’écriture, en cette période où la grande araignée qui n’a rien de virtuelle tisse sa grande toile brumeuse dans la jungle-internet loin d’être net, pas du tout catholique. Même les chaînes cathodiques n’échappent pas à la copie, et les singuliers «single» des musiciens parfois se meuvent dans l’enchevêtrement inextricable de la toile. C’est quoi le plagiat ? Personne ne l’ignore, puisque «nul n’est censé ignorer la loi», mais on n’y voit rien parce que cela n’est que du droit, un principe général de droit que tout le monde ignore. Copiez, copiez, il en restera toujours quelque chose, ce quelque chose que «l’homme ne peut enlever lorsqu’il se lave», selon l’adage africain : La dignité.
Les citations apocryphes vont bon train, les jalouses et méchantes accusations de plagiat ont toujours cours, l’assassinat intellectuel de Yambo Ouologuem, l’auteur génial de Le devoir de violence jusqu’à la preuve du contraire, accusé d’être un prête-nom, le grand écrivain devenu «marabout», comme on dit improprement, finit par vivre tranquillement sa spiritualité en ses jours paisibles au Mali. Il y a mieux que la littérature… Yambo Ouologuem l’a compris. Quelque fois, la littérature, l’écriture, l’art en général, n’est que vanité. L’histoire non encore élucidée de Force bonté de Bakary Diallo, accusé d’avoir eu un nègre-blanc, un colonialiste tapis dans l’ombre qui a écrit à sa place, est fraîche dans les cahiers des écoliers et les feuillets des étudiants. Malgré la brillante et savante préface-critique du Professeur Mouhamadou Kane, une figure presque «christique» de la critique littéraire africaine, la vie et l’œuvre de Bakary Diallo reste méconnue. Personne n’a voulu enquêter. Il est clair qu’un critique littéraire, même universitaire, doit posséder les qualités d’un bon détective privé. La biographie littéraire de Force bonté est à faire. C’est l’homme qui fait la littérature et rarement le contraire. C’est bien plus tard dans la vie d’un écrivain que sa littérature informe sa vie.
Les méprises, malentendus et erreurs de bonne foi, sont encore là, qui provoquent l’ire des auteurs émasculés et aigris par le non-succès et l’hallali des prétentieux ridicules qui ont forgé leur réputation surfaite dans leur petit monde de petites gens qui ont lu par-ci et par-là. Ils n’ont pas lu Saint John Perse. Une tempête dans un verre d’eau que les succès-littéraires-maison.
Tous les compartiments de l’existence humaine ont leurs démons ; l’univers est compartimenté, et les démons de l’écriture sont là qui passent entre les mailles des filets, des cordes de la vie. Les interstices et les fêlures sont les alliés de leur horrible vélocité au service du mal. Ils ont produit une littérature de mauvaise foi, en piratant la machine interne de celui qui écrit. C’est alors que l’auteur ne se contrôle plus, l’inspiration domine la transpiration, désormais tout est possible, même le pastiche confortable et génial n’échappe plus aux médisances, calomnies et tentatives de meurtre et autres «coups d’Etat» perpétrés contre la langue littéraire. Les nerfs sont à fleur de peau depuis que les voleurs d’idées ont pris le pouvoir, qui vous prennent vos pensées, même au téléphone.

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