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Comme saint Ibrahim Adham sur le chemin de la Mecque, Aboul Qacim Djouneydi Salik ou la reine des saintes Rabia Al Adawiya de Bassora, ce fut une grande épopée mystique et un triste voyage que ce pèlerinage légendaire digne des anciens, celui d’un saint homme fils du plus saint fils de Mamina Cheikh Muhamed Fadel qui offrit cent enfants prodigieux sertis de facultés spirituelles presque effrayantes et de dons de thaumaturgie qui n’existent plus. Il s’agit de Cheikh Mouhamdoul Mamoune Al Kébir, vingt-neuvième fils et grand frère de Cheikhna Cheikh Saadbou, l’incomparable saint homme né à Hawdu.
Cheikh Mouhamdoul Mamoune effectua le pèlerinage à la Mecque pour ne jamais revenir, selon une pratique connue et presque un rituel parmi beaucoup de saints qui ont foulé les lieux saints autour de la pierre noire surélevée par Ibrahim, le patriarche le plus sage, le maître de ceux qui cherchent la rectitude. En effet, Cheikh Mouhamdoul Mamoune Haïdara partit à la Mecque, attiré par les effluves gnostiques et mystiques de ce lieu doté d’un magnétisme divin à nul autre égal, mais aussi par l’appel du sang. En effet, les Ahlou Mamina auxquels il appartient sont Ahlou Beyt Rassoul, ils descendent directement du prophète Mouhamad (Psl) et sont d’une particularité et d’une stature mystique que personne n’a pu percer jusqu’ici. Ils appartiennent à la grande école soufi qui a engendré Nimzatt de Cheikhna Cheikh Saadbou, le trente deuxième fils de Cheikh Mouhamed Fadel Ould Mamina, le plus rayonnant, lui et son grand frère Mal’ainy le quatorzième fils, grand résistant à la pénétration coloniale au Maroc qui repose à Tiznit. C’est donc dire que le chemin de la Mecque est semé de mystères pour ces athlètes de Dieu, ces preux chevaliers de la foi.
Ce n’est qu’un jour connu parmi les jours du Seigneur des mondes que Cheikhna Cheikh Saadbou écrit dans ses Khawwatim avoir reçu une lettre lui annonçant le décès de son frère, lettre dans laquelle son compagnon de la Mecque affirme sans ambages que Dieu a élevé Cheikh Mouhamdoul Mamoune devant tous les savants mecquois de l’époque de par sa science. Personne ne sait jusqu’au jour d’aujourd’hui s’il a laissé une progéniture. Il faut dire que beaucoup de saints attirés par les effluves, le symbolisme caché et la sacralité des lieux choisissent de ne plus revenir. Seyd El Hadji Malick a voulu le faire, mais le maître des lieux lui a inspiré de revenir continuer sa mission ici au Sénégal. Nous reviendrons sur le pèlerinage de ce géant parmi les géants.
Dans la même lignée paternelle chez les enfants de Cheikh Mouhamad Fadel se distingua Cheikh Al Hadramé, le neuvième fils qui lui-même eut vingt et un enfants dont Abbas, le père Cheikhna Cheikh Tourad, dont il s’agit ici. Cheikh Tourad ould Abass ould Hadramé ould Cheikh Muhamed Fadel est l’un des disciples de Cheikhna Cheikh Saadbou les plus étonnants. Cheikhna lui a fait don de secrets inestimables et grandes capacités oratoires, en plus d’un charisme spirituel qui convertissait tous ses vis-à-vis. Lettré hors pair, poète inspiré et saint homme doté de miracles connus lorsqu’il arriva à la Mecque, il s’arcbouta à la Kaaba et professa une intention secrète sous forme de poème, il lui fit alors dicté qu’il ne reposera pas à la Mecque, mais à Dakar qui sera son centre de rayonnement. Aujourd’hui, son mausolée se trouve au cimetière de Soumbédioune à Dakar, pourtant il n’est venu au Sénégal que deux fois, contrairement à ce que l’on pense. Il avait émis le vœu d’être enterré là où il rendra l’âme, conformément à la tradition des prophètes. Cheikh Tourad était un soufi orthodoxe. Au moment où il effectuait son pèlerinage, il tomba malade à la Mecque. Il savait que l’heure était proche. Comme il ne pouvait plus retourner par bateau, le gouverneur de l’Aof à l’époque affréta un avion spécial pour son retour. A son arrivée à Dakar, il y séjourna quelque temps avant de rendre l’âme en 1946.
Ce fut l’un des pôles mystiques les plus rayonnants de son époque qu’il a dominé par sa puissance charismatique. Il a sauvé beaucoup d’âmes et guidé même des saints dans les sentiers difficiles qui mènent au Tabernacle grâce à son maître, l’inénarrable Cheikhna Cheikh Saadoul Abihi. La suite donnera les pèlerinages du maître fondateur Cheikh Oumar Tall Al Fouti, El Hadji Malick Sy, Serigne Fallou et Mame Cheikh Anta Mbacké. Mais il est à se poser la question de savoir ce qui a poussé le guide fondamental Cheikh Ibrahim Niasse à s’envoler autant de fois vers la Mecque. Sa circumambulation autour de la Kaaba est presque hallucinante et donne le vertige mystique aux non avertis. Elle est faite d’unicité et de multiplicité à la fois qui rappellent le fameux vers de Cheikhna Cheikh Saadbou «Attoufou bi Beyti Lahi». Dans les chemins qui mènent à Dieu, il y a autant de voies que de pèlerins.
(A suivre…)

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