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«Cheikh Abdoulaye Yakhine Diop ou Cheikh Abdoulaye Yakhine Aïdara» ? La question continue de tarauder les esprits dans bien de milieux. Mais à en croire Mor Ba, secrétaire particulier du khalife, «Mouhamadou Abdoulaye Yakhine n’a jamais eu de parent ou de famille au Sénégal. Il est venu d’Idiaz (Arabie Saoudite) et est fils de Abdoulaye et de Amina Zoukhra. En 1893, il fit la connaissance de Cheikh Ibrahima Fall». Et pourquoi pas Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké ? Mor Ba s’explique : «Le Seigneur lui avait demandé de suivre la voie de Abraham. Dans le monde arabe, il n’existe pas de patronyme, mais il s’agit de dire : ‘’tel fils ou telle fille de…’’. Il est bien vrai que c’est Serigne Djibril Mbaye de Pire qui lui a donné le nom de Diop, lui a offert le gîte et le couvert durant plusieurs années avant de le laisser poursuivre sa mission».

Le Cheikh Mouhamadou ibn Abdoudoulahi, dont la maman s’appelait Amina Zoukhra, ou Abdoulaye Yakhine, n’a jamais eu de photo de sa vie. Dans sa demeure à Thiès, le visiteur ne peut voir une seule photo ou autre chose qui le symbolise ou le représente. Un «vénéré Cheikh qui a tous les signes distinctifs qui font de lui le ‘’Mahdi’’ qui apparaîtra un jour», selon Mor Ba, le secrétaire particulier du khalife de la famille qui se veut formel : «Le nom du père étant Abdallah, celui de sa mère Aminata, il n’y a donc pas de doute que Cheikh Abdoulaye Yakhine ne soit bien l’incarnation du Mahdi.»
Abdoulaye Yakhine Diop Niakhité (1881 – 24 juillet 1943, à Thiès) fut un homme du Peuple wolof qui a son centre à Thiès où sa tombe est vénérée. Ses disciples, appelés Iya­khines, forment encore une communauté distincte au sein du monde mouride. A propos de l’origine et la jeunesse du Cheikh, il n’y a que les traditions orales de ses disciples qui fournissent un aperçu légendaire partiel. Ainsi, l’on nous apprend qu’il serait né en 1881, à La Mecque, d’une famille de descendants du Prophète Mohammed (Psl). En 1900, il vint s’installer au Sénégal, à la recherche d’un guide spirituel. D’abord, il s’installe à Keur Mbaye N’Diaga où il est adepte de la branche du «Fadiliyya» de Cheikh Saad Bouh. Plus tard, il regagne Ndande où il rencontre le Cheikh Ibra Fall, qui a fondé son propre mouvement «Baye Fall» dans la communauté mouride. On est en 1914. L’agent principal du Cheikh Ahmadou Bamba envoya Abdoulaye Yakhine à Thiès, alors une petite ville sur une plaque tournante de chemin de fer, près de Dakar. Là, le fils de Abdoudoulahi et Amina Zoukhra va construire une nouvelle communauté «mouridische».
Une fois installé à Thiès, Abdoulaye Yakhine est perçu très vite par ses disciples comme «ami de Dieu» (Waliyu Allah) et thaumaturge. Ils le considéraient comme la troisième personnalité la plus importante du Mouridisme, derrière Ahmadou Bamba et Cheikh Ibra. Dans un livre écrit en arabe et intitulé Furqan, conçu comme une imitation du saint Coran qu’il continuera à écrire jusqu’à sa mort en 1943 sans l’avoir achevé, le Cheikh a annoncé la venue d’un Mahdi. Selon les documents des autorités coloniales françaises, en 1940, Abdoulaye Yakhine a annoncé que «le vrai Mahdi dont il avait toujours parlé était en fait Hitler». Après la disparition du guide religieux qui n’avait pas de fils, un conflit de succession s’éclata dans sa communauté. Plusieurs de ses principaux moukhadams, en particulier Bara Ngom, manœuvrèrent pour être reconnus, chacun, comme nouveau chef de la communauté. Ce sera sa première respectable femme, Tabara Cissé, une Mandinka, qui va trancher en sorte que la «direction religieuse la communauté» soit confiée à sa fille aînée, Sokhna Magatte Diop (1917-2004). D’ailleurs, d’après la tradition orale des Iyakhines, «Cheikh Abdoulaye Yakhine aurait préparé sa fille au cours de sa vie pour ce poste de leadership religieux Kalifin». Le mausolée où repose Abdoulaye Yakhine, au quartier Keur Iyakhine à Thiès, est érigé face à sa maison, dans la voie centrale sur une île de la route. A quelques mètres, à l’est de ce temple, se dresse un puits venant d’une source sacrée. Aussi, ladite communauté dispose de sa propre mosquée voisine, et à l’extrémité sud du quartier d’un cimetière où beaucoup de ses «compagnons» sont enterrés. D’ailleurs, dans ce cimetière qui porte le nom du Cheikh et où l’on dit que celui qui y est enterré ira au paradis sont également inhumées nombre de célébrités comme le mannequin Maty Mbodj, le journaliste Birane Gningue.

Gamou de Cheikh Abdoulaye Al Yakhine Aïdara : Un Maouloud de grâces
Keur Abdoulaye Yakhine, communément appelé Keur Serigne Ablaye, un quartier situé dans la commune de Thiès-Est, essentiellement peuplé de Mourides, tient un Gamou annuel commémorant la naissance du Prophète Mouhamed (Psl). On dit que la célébration de cette manifestation religieuse, depuis 1941, est un ordre du vénéré Cheikh Abdoulaye Al Yakhine qui aurait reçu un message de Allah qui lui apprit qu’un malheur, une grande catastrophe allait s’abattre incessamment sur l’univers tout entier. Le saint homme demanda conseil à son Seigneur pour juguler le mal. Il lui fut alors ordonné une retraite spirituelle. Et c’est au bout de 2 mois et 28 jours (le 28e jour correspond au 28 jour après le Maouloud qui célèbre la naissance du Prophète Mohamed (Psl)), que l’envoyé de Dieu lui fit comprendre que son souhait a été agréé. C’est ainsi qu’il a retenu cette date pour organiser ce Gamou qui est une journée d’actions de grâce par reconnaissance à son Seigneur. Il a personnellement célébré le Gamou pendant 2 ans avant son rappel à Dieu en 1943, à l’âge de 63 ans. Cheikh Abdoulaye Yakhine Diop, ayant la particularité d’avoir laissé une descendance uniquement féminine à sa disparation en 1943, sa fille aînée, Sokhna Magatte, rappelée à Dieu en 2003, devient khalife et célèbre le Gamou en 1946. A sa disparition, sa sœur, l’actuel khalife, Sokhna Saïbata Aïdara, prend le khalifat et arrive à clôturer le cimetière dénommé «Baguiya», à réhabiliter le puits sacré creusé par son vénéré père, et à construire la grande mosquée et le mausolée du Cheikh, «devant lequel d’ailleurs s’était recueilli le chef de l’Etat, Macky Sall, pour des prières lors de la précampagne pour la Présidentielle de 2012», se rappelle le gardien du temple, Serigne Saliou Babou.

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