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Aïssatou Mballo, originaire de la Guinée, ne croit pas à la stratégie des trois 90. Cette mère de cinq enfants, qui vit avec le Vih/Sida, incrimine l’attitude de certaines populations qui, jusqu’à présent, nient l’existence du Vih/Sida. Des obstacles, selon elle, qui peuvent annihiler les efforts des acteurs dans la région de Sédhiou, qui présente une prévalence de 1,1%. Un taux légèrement en hausse comparé à la moyenne nationale.

Aïssatou Mballo (nom d’emprunt) ne croit pas à la stratégie des trois 90. C’est-à-dire tester 90% des positifs, 90% des patients sous Arv et maintenir 90% des malades dans la file active. Une stratégie qui devrait conduire les acteurs de la lutte à l’élimination de la pandémie. Cette jeune maman de 35 ans, testée positive à l’infection Vih au cours d’une activité de dépistage, donne ses raisons : elle cite les perdus de vue qui constituent un gros problème dans la région, mais aussi des gens qui continuent à nier l’existence de cette maladie malgré toutes les campagnes de communication et de sensibilisation qui sont en train d’être menées. Des obstacles, selon cette femme-leader, res­ponsable d’une Association de personne vivant avec le Vih Sida à Sédhiou. Aussi, Aïssatou Mballo n’est pas satisfaite du rôle des leaders des groupes-clés de la réponse. «Ceux qu’on appelle les personnes leaders dans certains groupes-clés ne savent pas c’est quoi le leadership. Qu’est-ce qu’ils vont apprendre à leurs pairs dans la lutte», s’interroge la jeune ma­man.
Autre problème qui irrite Aïssatou, les ruptures fréquentes de réactifs dans les structures sanitaires. Depuis l’année dernière, la Sénégalaise d’origine guinéenne ne connait pas sa charge virale. Pour cause, la seule machine de la région de Sédhiou ne dispose pas de réactif pour évaluer sa charge virale. «Depuis lors, je respecte mes rendez-vous et je prends mes Arv», se résigne-t-elle. La stigmatisation ne la dérange pas pour autant. Mais elle garde secret son statut. «Je n’ai partagé mon statut qu’avec mon mari qui est sain», confesse-t-elle. Elle ne voudrait pas que ses enfants soient discriminés, mais elle a fini d’accepter son statut. Pourtant au début c’était difficile mais avec le temps, elle s’est dit que c’était sa destinée. «Nous sommes des humains et nous ne pouvons pas échapper à notre destin», s’est-elle résignée. En outre, Aïssatou Mballo a des motifs de se battre dans cette vie puisque ses 5 enfants sont sains et saufs. Ils n’ont pas le virus. Ils sont en bonne santé et sont l’école.

«Mes 5 enfants et mon mari sains et saufs»
Sur le plan professionnel aussi, Aïssatou Mballo a réussi à intégrer le centre de santé de Sédhiou où elle travaille comme médiatrice. Elle intervient entre le médecin et le malade pour faciliter la prise en charge. Une prise en charge assez correcte mais qui se heurte souvent à des réalités. Aujourd’hui, soutient Mme Mballo, «les fonds sont rares comparés aux années 2010, 2012 où il y avait plusieurs bailleurs pour la prise en charge des Pvvih», regrette-t-elle. Résul­tats, il n’y a plus assez d’activités. Personnellement, Aïssa­tou Mballo se réjouit de sa prise en charge. «Je n’ai jamais rencontré de difficulté mais je ne peux pas en dire autant pour mes pairs. Je suis leader, peut-être qu’on ne reçoit pas mes pairs de la même façon que moi», souligne-t-elle.
Quant à son association, la médiatrice remet en question son fonctionnement qui, selon elle, n’a plus d’importance à ses yeux car elle n’organise plus d’activités. Or, c’est grâce aux activités que les Pvvih arrivaient à résoudre certains de leurs problèmes. «Nous ne pouvons pas les partager avec nos familles. Ce sont des choses que nous ne pouvons pas crier sur tous les toits», raconte Aïssatou Mballo. Par contre entre pairs, ils partagent leurs problèmes et trouvent ensemble des solutions. Remer­ciant l’Association Londoo Loo­loo, une expression mandingue qui signifie étoile du savoir, Aïssatou Mballo indique que cette association a fait d’elle une femme-leader, courageuse, qui aujourd’hui est en mesure de parler de son statut à des journalistes.
L’Association des personnes vivant avec le Vih à Sédhiou existe depuis 2008. La jeune dame y a adhéré en 2010. Elle avait débuté par une cellule mais aujourd’hui elle couvre toute la région de Sédhiou.
ndieng@lequotidien.sn

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