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L’Association des écrivains du Sénégal (Aes), le Pen Sénégal et le ministère de l’En­seignement supérieur et de la recherche rendent hommage ce ma­tin à 10h au Pr Oumar Sankharé. La cérémonie prévue à Keur Birago sera l’occasion de dédicacer l’œuvre «Le jour et la nuit» du défunt grammairien.

Le jour et la nuit, c’est le titre d’un livre du regretté Pr Oumar Sankharé que les Editions Maguilen viennent de remettre au goût du jour, histoire de rendre hommage au défunt agrégé de lettres classiques et de Gram­maire. Ce roman d’initiation, riche d’aventures, à la manière de la littérature française du 18e siècle, avait été publié par son auteur aux éditions Xamal en 1997 (Ndlr, les Edi­tions Xamal de Saint-Louis n’existe plus). Mais «il a été mal édité et l’auteur n’était satisfait ni de la qualité technique ni du contenu tel que ça a été rendu. Donc il voulait une nouvelle version». Et, une semaine avant son décès, explique Alioune Badara Bèye, «Oumar Sakharé me l’avait remis me demandant de bien vouloir le faire rééditer aux Editions Maguilen, après qu’il a recorrigé lui-même et revu l’ancienne version». «C’est donc avec humilité que je contribue à travers cette publication, à la concrétisation d’un vœu et à la fidélité d’une amitié», mentionne le président de l’Association des écrivains du Sénégal. Lui, pour qui  «il est difficile de parler du Pr Oumar Sakharé au pas­sé», ne veut toutefois pas rater l’occasion de se souvenir de cet «ami», «ce frère» de combat qui lui était si proche et qui est parti alors même qu’il préparait la 23e édition de la Journée internationale de l’écrivain africain.
Interpellé, Alioune Badara Bèye explique que même si l’on peut considérer cette publication posthume comme un roman, le Pr Oumar Sankharé lui, le voyait beaucoup plus comme un récit. Le jour et la nuit mêle en réalité tous les genres littéraires : le récit, la poésie, le conte, l’épopée, l’histoire, et même le théâtre et le conte philosophique. Et une note de présentation le définit comme «un roman de mœurs, une description des us et coutumes du Sénégal». Selon Alioune Badara Bèye, l’auteur fait vivre dans cette œuvre, un personnage dans des situations climatiques différentes d’où le titre «Le jour et la nuit» pour évoquer «l’abstrait, l’inconnu, la concrétisation, l’éveil de la conscience,…».  Pour tout dévoiler, le livre relate la vie d’un personnage qui a connu la détresse mais qui, à force de travailler, est parvenu à relever la tête.  Selon M. Bèye, le Pr Sankharé, décédé le lundi 26 octobre 2015 à son domicile à l’âge de 65 ans, s’était inspiré du vécu d’un de ses proches, pour écrire ce livre. Le Dr Djibril Diallo Falémé, préfacier de l’œuvre, en fait un résumé très explicite.  Pour le Secrétaire général à la formation et aux affaires académiques de la Fédé­ration des Pen francophones d’Afrique, «la douleur de l’homme est la trame de ce sympathique récit, Le jour et la nuit, que l’auteur, un Senghorien pétri des valeurs de la Négri­tude, se garde de qualifier de roman».

Le récit
L’histoire en résumé, est celle de l’élève Doudou, ami et confident du narrateur, qui pour avoir accidentellement perdu son père, perd le nord. «Matraqué par le destin», son existence devient une succession de funestes aventures auxquelles l’auteur l’avait pourtant préparé. Mais de dé­chéance en déchéance, Dou­dou connaîtra la prison. A sa sortie, sa «noblesse» l’empêche de retourner chez Adja, sa bienfaitrice qui ne demandait qu’à le revoir. Il retourne alors à Thiès auprès de sa mère et devient le gérant de la menuiserie de son oncle qui, par lévirat, avait hérité de sa mère. «Ce livre est avant tout un hymne à la morale de notre société», écrit Djibril Diop Falémé. Pour tout dire, le Pro­fesseur Sankharé, en bon pédagogue, y laisse des enseignements pour la vie. Certains passages, certaines expressions et tournures de phrases, résonnent en ce sens comme des le­çons de la vie. Il écrit  par exemple à la page 18 : «Mon fils, sache que l’injure n’adhère jamais à la peau de l’adversaire.  Bien au contraire, elle ne reflète que la grossièreté de celui qui la lance. Regarde les doigts de la main. Chaque fois que, dans ta fureur, tu pointes l’index vers  quelqu’un, tu replies ton pouce vers toi-même. Proférer des insultes, c’est révéler soi-même sa propre vulgarité.» Des écrits qui font dire à Djibril Diallo Falémé, son préfacier, que ce sont là «des paroles d’un professeur pétri de sagesse».

Leçons pour la jeunesse
Mieux, Oumar Sankharé, en souhaitant une réédition de cette œuvre, a simplement léguer à la postérité, à la jeunesse surtout, le meilleur de ce qu’il a été et de ce que doit être la vie d’un homme. Les derniers mots de l’ouvrage en disent long sur les convictions de l’illustre auteur.  Mon fils, écrit-il, «grave à jamais en mémoire cette parole qu’enfant, j’entendis de la bouche  d’un sage  qui n’est plus de ce monde : «Si longue et si noire que soit la nuit, il vient toujours une heure où enfin le jour se lève.»». Et que voir à travers la couverture du livre ? Elle présente une forme humaine éclairée qui entre dans un ciel ténébreux. Cela pourrait renvoyer à plusieurs lectures ou interprétations. Mais cette photo ne renvoie à rien de «métaphysique ou spirituel», confie Alioune Ba­dara Bèye. Pour lui, cette visuelle a été choisie pour juste coller au titre de l’œuvre. Tout en rappelant que l’auteur avait certes écrit des livres à succès et des livres de contradictions qui ont suscité des débats au sein de la société, il insiste sur le fait que cette page de garde ne cache rien de «spirituel».
La cérémonie de dédicace sera présidée par le ministre Mary Teuw Niane. Alioune Badara Bèye s’en réjoui et ne cache pas son enthousiasme à le recevoir une nouvelle fois à Keur Birago. Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, un ami du défunt, a, apprend-on, non seulement contribué à la réédition de cet ouvrage posthume mais il a tenu à être là pour la dédicace. Après cet hommage au Pr Sankharé, le président de l’Association des écrivains, au regard du nombre d’écrivains disparus ces dernières années, prévoit d’initier une journée aux disparus de l’Aes.
arsene@lequotidien.sn

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