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Les acteurs de l’éducation des pays de la Francophonie ont élaboré un plan d’actions pour lutter contre la marchandisation et la privatisation de l’éducation. En conclave à Dakar depuis 4 jours, les participants ont créé un réseau de chercheurs francophones et proposé des outils de vulgarisation de l’appel contre la marchandisation de l’éducation. Ces acteurs comptent sur la mobilisation sociale, mais aussi sur le plaidoyer afin d’amener les gouvernements à prendre en charge cette problématique.

Des ébauches de réponses collectives face à la marchandisation de l’éducation. Après quatre jours de travaux, les 95 délégations issues d’une trentaine de pays francophones ont montré un vrai appétit pour structurer une vision francophone et porter leur voix contre le phénomène de la marchandisation et de la privatisation de l’éducation. Un plan d’actions avec des propositions concrètes comme la création d’un réseau de chercheurs francophones avec des personnes déjà identifiées a été élaboré. Les organisateurs ont proposé l’élaboration d’outils de vulgarisation de l’appel francophone contre la marchandisation de l’éducation qui est la chartre de ce mouvement. Ils envisagent d’aller à la rencontre des communautés, des parents et de toutes les personnes touchées par cette question. «La plupart de ces populations veulent une éducation publique gratuite et de qualité. Elles n’ont pas souvent le choix. C’est pourquoi elles amènent leurs enfants dans le privé. Ce n’est pas un choix, mais une situation qui s’impose à elles», pense Sylvain Aubry de l’Initiative mondiale pour les droits économiques, sociaux et culturels, une organisation internationale, co-organisatrice de cette rencontre.
Parmi les outils, il y a le Projet mondial de principe directeur des droits de l’Homme sur les obligations des Etats vis-à-vis des écoles privées. A en croire M. Aubry, il devra être prêt d’ici l’année prochaine. Il permettra aux organisations de la société civile de faire pression sur les gouvernants pour que ces derniers prennent des mesures afin de mieux réguler.
Les acteurs de cette rencontre ne sont pas dupes. Ils savent que cette lutte n’est pas gagnée d’avance. Puisqu’en face, réagit Sylvain Aubry, «nous avons des Etats qui parfois ne mettent pas en place les politiques nécessaires pour réguler et encadrer, mais aussi il y a des entreprises, des multinationales, des lobbies et des réseaux très puissants. Nous devons être très réactifs», souligne-t-il. Déjà, annonce M. Aubry, «nous allons prendre part à la prochaine réunion de la Conférence des ministres de l’Education des pays de la Francophonie qui va se tenir en décembre au Maroc pour présenter ce qu’on a fait ici à Dakar».
Le directeur de l’Institut de la francophonie pour l’éducation et la formation (Ifef) estime que c’est une lutte qu’il faut gagner. Il recommande aux acteurs de rechercher le pourquoi de ce phénomène, de mobiliser les universitaires pour comprendre le problème, les difficultés qu’il entraîne dans les différents pays. «Cela pourra alimenter les politiques et les stratégies qui seront mises en place», estime-t-il.
Au Sénégal, même si la marchandisation et la privatisation de l’éducation est une réalité, cette question n’est pas documentée. Pour cette raison, relève Cheikh Mbow, coordonnateur de la Cosydep, et co-organisateur de cette rencontre, la première chose à faire dans le cadre de la lutte contre ce phénomène «c’est de travailler sur la recherche de données probantes». Cela va leur permettre de mieux appuyer le plaidoyer. La Cosydep entend également s’approprier les outils qui ont été utilisés, notamment l’appel francophone contre la marchandisation et la privatisation. Qui, selon M. Mbow, est un outil politique, mais aussi une chartre. Pour le coordonnateur de la Cosydep, il faut également aller dans le sens des principes directeurs, c’est-à-dire réguler le secteur privé de l’éducation et rappeler à tout le monde que «l’éducation n’est pas un produit ni une marchandise à vendre ou à acheter et dans les pays en développement, nous avons besoins d’accompagner les populations les plus démunies. Elles comptent sur une éducation de qualité pour espérer avoir une transformation sociale et économique», indique-t-il. La Cosydep va aussi renforcer sa présence sur le réseau global, mais aussi elle compte développer une forte alliance avec la société civile, les acteurs de l’éducation et les autorités pour que la position de cet appel soit connue de tous. «Nous ne disons pas non aux écoles privées. Elles doivent venir en complément à l’offre éducative publique et non pour la remplacer», conclut-il.

ndieng@lequotidien.sn

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