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La cité religieuse de Touba compte 33 pharmacies et 333 autres dépôts clandestins de médicaments. Ces dépôts de pharmacie sont ravitaillés par des circuits non officiels. Samedi passé, les gendarmes ont arrêté deux camions qui transportaient des médicaments dont la valeur marchande dépasse le milliard de francs Cfa.

Les pandores du poste de gendarmerie de Touba Bélel, une localité de la commune de Touba-Mosquée, ont opéré une importante saisie de médicaments de fabrication étrangère. De sources dignes de foi, le propriétaire de la marchandise, un certain B. S  très connu du mi­lieu, se serait réfugié chez son marabout, échappant du coup aux Forces de défense et de sécurité.
Face à la presse, l’adjudant Cheikh Camara, commandant  du poste de gendarmerie de Touba Bélel, a livré les informations. «Ces médicaments ont transité au niveau de certains pays frontaliers avant d’accéder à Touba. On peut estimer la saisie à plus de 1 milliard 335 millions 100 mille de francs. La saisie a été effectuée le 11 novembre 2017», annonce le sous-officier de gendarmerie.
A sa suite, le professeur Amadou Mactar Guèye, directeur de la Pharmacie et du médicament au ministère de la Santé et de l’action sociale, dira : «Nous sensibilisons sur les dangers liés à la consommation des médicaments de la rue. Ces médicaments sont à la base de certaines maladies comme l’insuffisance rénale, l’insuffisance hépatique et de beaucoup de décès. A cette population, nous disons, si vous avez besoin de médicaments, il faut vous adresser aux structures sécurisées par l’Etat que sont les pharmacies privées, les pharmacies qui sont dans les  centres de santé, dans les hôpitaux. Nous leur disons de ne pas se laisser berner par du charlatanisme, des gens qui leur font croire qu’ils vont les soigner  alors qu’ils sont en train de mourir avec ces médicaments. Nous comptons poursuivre la traque comme cela s’est fait. Notre stratégie, c’est de tarir les sources d’approvisionnement en faux médicaments. Notre objectif, c’est qu’il n’y a pas de médicaments illicites nulle part sur le territoire national.»
L’Ordre des pharmaciens du Sénégal, par la voix du docteur Ndiaye Sall, président de la section B dudit ordre, confie que sa structure va ester en justice et se constituer partie civile dans cette affaire. Pour lui, «tant que le problème n’est pas réglé au fond, la pratique va rester entière. Le fond du problème, c’est l’existence de dépôts illégaux et qui sont tenus par des professionnels. Les gens ont l’habitude de parler des médicaments de la rue, ce ne sont pas des médicaments que vous trouvez dans des lieux bien aménagés et détenus par des commerçants véreux. Les médicaments de la rue, ce sont des produits détenus par des ambulants et qui, à la sauvette, vendent ces produits». «Si les gens veulent éradiquer ce mal-là, il faut arrêter ces dépôts. Cette pratique n’existe ni à Kébémer, ni à Mekhé, ni à Thiès, ces produits sont destinés à Touba, parce qu’il y a des dépôts installés au vu et au su de tout le monde. Nous n’attendons pas grand-chose, l’affaire n’ira pas plus loin, parce que c’est la énième fois que cette pratique existe. Ce sera un événementiel et on retournera à la case départ», regrette-t-il. Avant de s’interroger sur le nombre de camions qui ont échappé au contrôle des Forces de défense de sécurité. Pour Dr Sall, «c’est une honte pour le Sénégal. D’ailleurs lors des fora internationaux, cette question revient très souvent.» Il aurait souhaité que la législation en la matière soit revue et les peines soient plus sévères à l’endroit des contrevenants.
badiallo@lequotidien.sn

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