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Diène Farba Sarr, ministre du Renouveau urbain, de l’habitat et du cadre de vie.

L’Administration sénégalaise va manquer d’architectes dans les prochaines années, prédit Mamadou Nabi Kane, architecte et directeur du Cuad. Une situation qu’il explique par le non-renouvellement de ce corps pendant 10 ans, consécutif à la fermeture de l’Ecole publique d’architecture de Dakar de 1991 à 2008 et à l’absence d’école privée de formation en architecture.

Il n’y aura bientôt plus d’architectes ni de techniciens dans l’Administration sénégalaise, alerte le directeur du Collège universitaire  d’architecture de Dakar (Cuad).  Les rares architectes qui sont encore là vont tous partir à la retraite dans peu de temps. Ce manque d’architectes s’explique par le non-renouvellement du personnel de ce corps pendant 10 ans, suite à la fermeture de l’école d’architecture du Sénégal de 1991 à 2008. 10 ans sans formation et sans recrutement d’architectes ni de techniciens en architecture. «Au ministère, ce ne sont pas des architectes, ni des techniciens  qui sont là-bas. La plupart, ce sont des dessinateurs qui ont rampé pour occuper cette place, on rencontre rarement, de techniciens en architecture, il en reste, mais bientôt ils vont partir à la retraite», affirme Mamadou Nabi Kane. Qui va donc planifier nos villes, construire nos campagnes, gérer l’aménagement de nos villes… ?, s’interroge-t-il. Pour lui, le renouvellement de ce corps professionnel s’impose, car le pays en a besoin pour s’occuper du cadre de vie de son Peuple. «Les gens ne se rendent pas compte que l’architecte gère le cadre de vie», souligne l’architecte, qui souhaite une démocratisation du métier.  En effet, les architectes se comptent sur le bout des doigts. Avec une population de plus de 14 millions, le Sénégal ne compte que 250 architectes, avec 150 seulement opérationnels, soit en deçà des normes qui veulent plus de 2 000 architectes pour le pays de la Téranga.
Que faut-il faire pour démocratiser  cette profession élitiste devenue une nécessité absolue ? Selon Mamadou N. Kane, il existe une loi sur le droit d’architecture. Mieux un texte de l’Ordre des architectes offre l’assistance architecturale pour tout Sénégalais. «C’est l’Etat qui ne met pas les moyens,  alors que c’est un besoin absolu. Dans nos textes de loi, il y a  l’assistance architecturale qui  est comme l’assistant juridique qui doit permettre à tout  Sénégalais de bénéficier d’un  architecte», renseigne M. Kane. Avant de préciser : «L’avocat  qui défend quelqu’un d’office est rémunéré d’un taux moindre par le barreau  mais il le fait parce que c’est  une assistance sociale.   La loi dit que chaque Sénégalais a le droit d’avoir un habitat descend, mais aujourd’hui cette loi-là n’est pas mise en œuvre  par l’Etat qui devrait déployer les moyens, les donner à l’Ordre des architectes pour organiser cette assistance architecturale.» Dans un pays en pleine mutation démographique  où tout se déplace, s’aménage, on a besoin de ce corps pour réfléchir sur notre cadre de vie, planifier l’espace, aménager des espaces verts. «Les gens ne s’en rendent pas compte. Pour les Sénégalais, l’architecture c’est faire une maison et c’est terminé», déplore l’architecte.
Mamadou Kane est sidéré de voir la capitale sénégalaise descendre de jour en jour  de la pente sur le cadre de vie. Il explique : «On est en train de décliner. Il y a une  trentaine d’années, on appelait Dakar Cap-Vert, parce qu’à l’époque, Dakar était verte. Aujourd’hui, on n’a même plus de place publique encore moins d’espaces verts, alors que seuls les poumons verts permettent à la ville de régénérer son gaz  carbonique. Les places publiques sont envahies, construites ou bitumées. On ne va plus respirer. Pire encore, dans tous les lotissements en cours, on néglige complètement  les espaces verts, les airs de jeu pour les enfants.» La place de l’indépendance, le parc  de Hann et  la Corniche restent les seuls poumons verts de Dakar. Ce qui abasourdit le plus l’architecte,  ce sont  les constructions sur la Corniche, alors qu’on est dans une ville où on parle de changement climatique, d’écologie, développement durable, d’efficacité énergétique.

ksonko@lequotidien.sn

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