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Le Dg de l’Onpn : «La mission de l’Office ne peut pas être caduque…»

Bébé Joola et sa maman lors d’une cérémonie à la place du Souvenir.

Le réveil du vendredi 27 septembre 2002 fut douloureux au Sénégal, qui va commémorer ce samedi le 18ème anniversaire du naufrage du bateau Le Joola. Cette catastrophe maritime a provoqué, selon les chiffres publiés par les autorités étatiques, 1863 morts qui ont laissé derrière eux près de deux mille orphelins. 18 ans après, ils ont du mal à faire leur deuil et leur prise en charge est toujours tributaire du fonctionnement de la politique et des micmacs administratifs. Sans ressources, ces pupilles, mineures à l’époque du drame, attendent la rétroactivité du décret d’application pour bénéficier d’un appui de l’Etat.

Le bateau Le Joola, qui assurait la liaison Dakar-Ziguinchor, coulait au large des eaux gambiennes. Cette tragédie a provoqué près de 2 mille morts de nationalités et d’origines raciales et ethniques différentes, plongeant ainsi les familles des victimes dans une profonde consternation. C’est une journée qui réveille des souvenirs douloureux. Le naufrage du Joola est un récit glaçant dont l’anniversaire replonge des millions de Sénégalais dans l’horreur. C’est dans la nuit du 26 au 27 décembre 2002 qu’est survenu le naufrage du bateau Le Joola au large des côtes gambiennes. Une tragédie nationale qui a occasionné 1863 victimes dont plus de 600 corps retrouvés et 64 rescapés.
Depuis lors, la plaie reste toujours béante. A chaque édition, c’est le même procédé. Un peloton d’autorités rejoint la capitale du Sud, rencontre le Collectif des familles des disparus, tient des discours empreints d’émotions et de promesses en oubliant évidemment les questions essentielles comme la prise en charge des orphelins dont la vie n’est plus la même depuis ce jour fatidique.
Ces victimes ont laissé derrière elles des familles meurtries à jamais et surtout 1900 orphelins recensés à travers le territoire national. Des enfants déclarés, à la suite de ce drame, pupilles de la Nation par l’Etat qui entendait ainsi se substituer aux parents disparus dans ce naufrage en assurant une prise en charge de ces âmes innocentes dont beaucoup étaient à la fleur de l’âge.

Plaidoyer de Aïcha Diop, pupille devenue mère de famille
C’est le cas de Aicha Diop. Cette fille était loin d’imaginer que sa vie allait prendre un tournant dramatique en cette date du 26 septembre 2002. Lors de cette catastrophe, elle a perdu sa mère et de sa petite sœur. Une mère de famille qui avait laissé derrière elle deux garçons et une fille. Agée de 9 ans à l’époque, Aïcha, la cadette de cette fratrie, avait été déclarée pupille de la Nation. Ce statut lui permettait de recevoir une aide de 50 000 F Cfa par bimestre. Mais, cela n’a pas duré assez longtemps. Elle dit : «Quand j’ai atteint deux ans après mes 18 ans, j’ai perdu tous ces avantages, hormis le carnet de mutuelle de santé que je dois chaque année renouveler.»
Aujourd’hui, âgée de 26 ans, Aïcha Diop est mariée et mère de 4 enfants dont un triplé venu au monde le 7 août 2019. Et toujours sans emploi après une formation de monitrice, Aïcha Diop sollicite, au nom de tous les orphelins du naufrage du Joola déclarés pupilles de la Nation, un accompagnement conséquent et permanent de l’Etat. Elle espère même des financements pour mieux assurer leur autonomie financière et compte sur une audience avec le président de la République pour lui exposer les préoccupations des orphelins du Joola. Depuis cette date, leur vie n’est plus la même. «Nous voulons aussi que cette journée du 26 septembre soit déclarée fériée au Sénégal ; et ce pour mieux marquer l’événement et offrir aux familles des victimes que nous sommes un moment de recueillement avec l’ensemble des Sénégalais», plaide-t-elle.
Bien évidemment, la multiplicité des structures de défense des intérêts des orphelins du Joola n’a pas permis à ces enfants de profiter d’une bien meilleure protection sociale. Elle explique : «Nous demandons davantage de moyens pour toutes les structures censées prendre en charge la question des pupilles de la Nation. Tels l’Association nationale des familles des victimes du Joola (Anfv/J) mais également l’Office national des pupilles de la Nation.» Cette structure, qui été instituée par l’Etat, a pour mission de prendre en charge totalement les orphelins dans les domaines de l’éducation, la santé et la protection de leurs droits. «Ce qui est loin d’être le cas», persiste Aïcha Diop qui exige «ce qui nous revient de droit sur la base de la loi qui a été votée».

Pupilles de la Nation seulement pendant 1 ou 2 ans
C’est d’ailleurs ce drame du 26 septembre 2002 qui aura servi de prétexte à l’adoption de la loi n°2006-39 du 21 novembre 2006 instituant le statut de pupilles de la Nation. Rétroactive, cette loi devait prendre effet en janvier 2002. Dans la foulée, un décret instituant l’Office national pour la prise en charge des orphelins mineurs de la catastrophe avait été pris le 18 septembre 2008. Seulement voilà ! L’application d’un tel décret entré en vigueur en 2011 va faire passer progressivement le nombre d’orphelins devant être pris en charge de 1900 à 900 ; puis de 900 à 720 ensuite jusqu’à 600 orphelins en 2018, selon l’Association nationale des familles des victimes du Joola (Anfv/J). Une situation causée par l’exclusion aujourd’hui de 1300 enfants mineurs victimes de cette tragédie. Elles sont alors 1300 pupilles de la Nation, à l’instar d’Aîcha Diop, à être laissées en rade parce qu’ayant très rapidement atteint l’âge de la majorité.
C’est aussi tout le sens de la bataille que mène l’Anfv/J qui ne cesse depuis plusieurs années, d’exiger urbi et orbi la rétroactivité du décret d’application. «Les textes ont été clairs, et l’Etat ne devrait pas attendre que les orphelins viennent vers lui parce que la loi de 2006 a précisé le caractère rétroactif de ce décret», persiste Samsidine Aïdara. Ce responsable des Associations des familles des victimes du naufrage du Joola exige «l’application des textes comme cela est prévu par la loi». Cette position tranche nettement avec celle brandie par les responsables de l’Office national des pupilles de la Nation (Onpn). Selon l’Onpn, tous les enfants des naufragés du bateau Le Joola ne vont d’ailleurs plus bénéficier de l’allocation parce que tout simplement cette tragédie aura déjà fait 18 ans. «Seuls les accompagnements en termes sanitaires et pédagogiques vont, disent-ils, se poursuivre.»
Cette mesure embarrasse les orphelins du naufrage et les responsables l’Anfv/J basés à Ziguinchor, région qui a enregistré 1 340 victimes, dont 971 sont issues de la capitale régionale.
En prélude à la commémoration du 18ème anniversaire de la tragédie du Joola prévue ce matin, la coalition des victimes du naufrage est sortie de son mutisme pour réclamer justice pour les 1300 orphelins. Elle demande surtout la vérité par rapport à ce dossier du Joola qui «traîne toujours et qui a de quoi confiner bon nombre d’orphelins dans la précarité et de l’impossibilité de faire encore leur deuil pour mieux gérer leur quotidien».

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