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Le ministre de la Culture, à quelques heures de l’ouverture officielle de la 10e édition du Fesnac à Louga, a baptisé le centre culturel régional de la ville. Il porte désormais le nom de Mademba Diop. Ce dernier est l’homme qui, en 1952, a créé le Cercle de la jeunesse de Louga qui a occupé une grande place dans la vie culturelle et sportive de la ville.

Né le 16 décembre 1928 à Louga, le génie ou virtuose qu’était Mademba Diop apprivoisa d’abord les instruments à corde. Il joua au banjo avant de devenir saxophoniste. Cet acteur culturel reconnu comme une référence dans sa localité a par la suite créé un orchestre qui faisait que la cour de la maison de Santhiaba affichait plein les soirs de répétition. En 1952, Mademba Diop fondait également l’association dite Cercle de la jeunesse de Louga, avant d’embrasser une carrière de sportif. Arrêté dans ses ambitions par une double fracture du tibia, le Lougatois vira dans le théâtre. «C’est l’art du théâtre et son folklore vivace qui vont finir par emporter le prodige Mademba qui va s’y révéler directeur artistique hors norme, avec des créativités et des adaptations du folklore d’une manière rapide et époustouflante», lit-on dans le journal local, Louga Infos, qui a consacré une édition spéciale au Fesnac et une page entière à ce père du théâtre populaire sénégalais. Lui qui a surtout consacré toute sa vie à l’art et à la culture entre désormais dans l’histoire de la localité avec son nom attribué à la Maison de la culture.
«Son génie de transformer les acteurs en actrices faisait courir les foules de Louga vers les salles des fêtes lors des représentations», apprend-on par ailleurs. Alors que le premier Festival mondial des arts nègres se tenait à Dakar, Mademba Diop innovait et émerveillait encore le monde de Sorano avec la pièce théâtrale Tanor gogne et la chorégraphie du ballet Gorkane. Mais tout n’était pas dit. D’autres challenges attendaient encore ce fils de Louga. Après une thèse d’Inspecteur principal de la jeunesse et des sports en France, il revient servir son terroir et devient directeur des activités socio-éducatives suite à la création des Cdeps que l’on retrouve aujourd’hui encore au niveau de plusieurs départements. Mademba Diop a été malheureusement arraché à l’affection de sa communauté le 16 février 2007 des suites d’une courte maladie. C’est donc 10 ans après son décès et pour lui rendre la monnaie de sa pièce que les autorités locales ont décidé de donner son nom au centre culturel régional.

Un poète populaire
Au-delà de son amour viscéral pour l’art et la culture, Abdou Sall renseigne que son oncle s’était aussi fixé pour mission de conscientiser les masses. «Il est le fondateur du Cercle de la jeunesse de Louga, une troupe folklorique qu’il voyait comme un moyen, un levier d’éveil et de conscientisation des masses. Sinon, une affirmation de l’identité culturelle», renseigne-t-il. Peint comme un homme généreux, rigoureux, railleur et intransigeant quant à ses principes, Mademba Diop est aussi auteur de nombreux poèmes, dont les plus fameux, Dellou tiossane, Lii demb leuh, Demba lawone. Des poèmes qui résonnent encore dans la conscience populaire, surtout des férues du folklore à l’instar du ministre de la Culture Abdou Latif Coulibaly. Ce dernier se souvient avoir fredonné les airs de ces chansons composées par l’illustre disparu dans sa prime jeunesse. «Louga a bercé le Sénégal et le Cercle de la jeunesse a bercé mon enfance. J’étais jeune certes, mais mes souvenirs du Fesman de 1966 sont très clairs. Nous avions suivi avec beaucoup d’intérêt la prestation des troupes de Louga. Pour la première fois, j’entendais ce refrain extraordinaire. Kou laale sama doom sama soppé, doundou reika mata niane», a-t-il rappelé, promettant de doter ce centre qui porte désormais le nom de cette figure emblématique de la culture sénégalaise d’un important studio d’enregistrement et de conservation, et d’une unité de reportage et de production dramatique. Et cela, à compter de 2018. Pour tout finaliser en 2019.

La reconnaissance
Président du Conseil départemental, Modou Mbery Sylla a pour sa part insisté sur l’importance du choix porté sur l’acronyme de ce centre culturel. Un choix qui, dit-il, a été unanimement porté par le Conseil départemental. «Nous avons proposé que le centre culturel régional de Louga porte le nom de Mademba Diop. Par ce geste, nous avons voulu valoriser l’inestimable richesse que constitue le patrimoine matériel et immatériel de Louga, mais aussi donner un exemple aux jeunes générations pour que vive et continue de rayonner ce riche patrimoine de Louga», a-t-il mentionné. «Si la capital du Ndiambour a su pendant plus d’une décennie rivaliser dans le domaine des arts et de la culture avec les grandes villes comme Dakar, Thiès, Kaolack et glané autant de lauriers avec le Cercle de la jeunesse de Louga dans les 70, c’est grâce à cet homme exceptionnel, musicien, dramaturge et poète», a-t-il conclu, laissant la troupe du Cercle de la jeunesse interpréter une chanson en ouverture des portes de cet espace culturel.
aly@lequotidien.sn

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