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Plus de 30 ans après sa conception, le film «Samory Touré» de Ousmane Sembene peine à voir le jour. La famille du père du cinéma africain et l’Etat du Sénégal se rejettent la responsabilité. Mais pour le journaliste et critique de cinéma, Baba Diop, ce film sera «très difficile à réaliser».

Plus de 30 ans après sa phase de conception et 13 ans après la disparition de son concepteur, le film Samory Touré de Sembene Ousmane cherche réalisateur. Evaluée à 5 milliards de francs Cfa, la réalisation du dernier fait d’armes de l’auteur de Mandat bi bute sur la mobilisation du financement. Pourtant, les promesses n’ont pas manqué. De régime en régime. En 2007, le Président Abdoulaye Wade avait annoncé une contribution de 3 milliards de francs Cfa. Un engagement qui ne sera finalement pas respecté. Les années passent mais l’héritage du père du cinéma africain sombre dans l’oubli. En ce jour commémorant le 13ème anniversaire du rappel à Dieu du réalisateur de Guelewaar, Le Quotidien pose le débat sur la matérialisation du film en hommage à l’Almamy Samory Touré dont le scénario a été bouclé. «Si les ayants droit du projet, c’est-à-dire ses enfants, donnent à l’Etat le soin de réaliser le projet, on est disposé à lancer un appel à réalisation de ce film», assure Hugues Diaz, directeur de la Cinématographie au ministère de la Culture.
Pour avoir fait face aux Blancs pendant 17 ans, Samory Touré est l’un des symboles de la résistance coloniale dans la sous-région. En son temps, Sembene voulait associer au financement les pays par où l’ex-Almamy était passé jusqu’au Gabon où le résistant guinéen mourut en 1900. «J’assure la coordination des cinématographies des pays de l’Uemoa. Donc, on est disposé. Ce projet, le Sénégal va le porter. Ce n’est pas le projet du Sénégal mais de la sous-région. Si les ayants droit donnent à l’Etat ces prérogatives, nous allons avec l’association Ous­mane Sembene faire le lobbying», s’engage M. Diaz.

Baba Diop : «Il sera très difficile de réaliser ce film»
Des promesses, la famille de l’auteur du film Xala en a entendu. Neveu de Sembene, Mohamed Diop attend des actes de l’Etat. «Nous ne sommes pas informés de cette prétention de l’Etat à vouloir s’accorder avec la famille pour réaliser le film. Si l’Etat est prêt à s’engager à allouer les fonds nécessaires pour la réalisation de ce projet, la famille ne va pas rechigner à l’accompagner», déclare Moha­med Diop, également journaliste. Selon lui, l’Etat «parle depuis des années mais il n’y a aucun acte concret dans la préservation du patrimoine de Sembene Ousmane. Ce sont des déclarations de circonstance. L’Etat attend toujours l’anniversaire de la commémoration du décès de Sembene pour faire dans la récupération politique. Chaque année, on entend les mêmes promesses, mais rien de concret.»
Journaliste et critique de cinéma, Baba Diop estime qu’il «sera très difficile de réaliser ce film». Il s’explique : «Sembene voulait trouver un réalisateur local dans chaque pays où l’Almamy est passé. En Guinée, Mali, Côte d’Ivoire, etc. Est-ce que les gens peuvent le faire ? Je ne le pense pas. Sékou Touré avait donné sa caution qu’il pouvait appuyer. Mais malheureusement il est décédé. On peut faire des films sur Samory mais le faire dans l’esprit de Sembene, je n’y crois pas trop. Les gens de sa génération ne font plus de cinéma. Il faut voir si tous ces pays sont engagés dans le financement du projet. Je ne vois pas le Sénégal mettre 6 milliards pour réaliser ce projet.» En tous les cas, Hugues Diaz estime que ce travail pour la réalisation de ce film doit être «holistique et inclusif» regroupant la famille de Sem­bene, les intellectuels et l’Etat.

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