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15 ans après sa disparition, l’anniversaire du décès de Léopold Sédar Senghor est presque oublié par bon nombre de Sénégalais. Au cimetière de Bel Air, la commémoration attire de moins en moins de monde. Hier, seuls quelques compagnons, des membres de sa famille et des fidèles, sont venus honorer la mémoire du premier président du Sénégal. A cette occasion, ils ont décrié le déficit de reconnaissance des Sénégalais en pointant du doigt les hommes politiques.

Un vent frais souffle au cimetière de Bel Air, en cette matinée du 20 décembre, date de la commémoration du décès de Léopold Sédar Senghor (1906-2001). Il y a 15 ans, disparaissait le président poète. Comme à l’accoutumée, le calme y règne. Parfois,  le chant des oiseaux casse l’harmonie. Puis, place à une cérémonie de souvenir placée sous le thème du dialogue interreligieux. Céré­mo­nie au cours de laquelle Raphael Ndiaye maitre de cérémonie, est revenu sur l’implication  du défunt homme d’Etat dans le dialogue inter-religieux et la relation paternelle qu’il entretenait avec Feu Serigne Fallou Mbacké. Prenant la parole, Ousmane Tanor Dieng, secrétaire général du parti socialiste, affirme à cet effet que le débat sur la laïcité est d’une brulante actualité et que Senghor a montré que la foi est à la fois «une boussole et un refuge qui nous oriente dans la vie». Il s’en est suivi une messe célébrée par l‘Abbé Jacques Seck à la mémoire du défunt.
Léopold Sédar Senghor  fut président, poète, un grand homme de lettres et précurseur de la négritude aux côtés d’Aimé Césaire et de Léon Damas. Pourtant aujourd’hui, pour commémorer l’anniversaire de son décès, aucune autorité gouvernementale n’a effectué le déplacement.  Cet anniversaire depuis quelques années n’attire qu’une poignée d’hommes. Ils étaient un peu plus d’une cinquantaine d’hommes et de femmes, surtout des gens de son époque, qui se sont déplacés pour assister à cette cérémonie. Certains de ses proches, sont d’ailleurs convaincus que Senghor mérite plus que cela. Ceux-ci confient ne pas comprendre ce manque de reconnaissance. Pour Daniel Senghor, un  neveu de président poète, le manque d’engouement pour cet anniversaire du rappel à Dieu de Senghor est «un bien et  un mal». Il explique : «C’est un mal parce que c’est un manque de reconnaissance par rapport aux œuvres du passé. En même temps, c’est excusable parce que Léopold Sédar Senghor était un président de la république au-delà de l’homme de culture, ce qu’il a fait ressortir c’est sa fonction de président». Pour lui, si les gens ne se souviennent pas du 20 décembre, c’est parce que la majorité de la population actuelle, composée de jeunes, ne le connaisse pas.

«Les hommes politiques viennent se réapproprier une légitimité»
«70% de la population n’ont pas connu Léopold Sédar Senghor pour qu’on en fasse un moment national, une référence. Mais cela ne va pas jusqu’à justifier la présence annuelle de peu de gens lors de la célébration de l’anniversaire de son décès». Un avis que partage Michel Diouf, un habitant de Joal. «Senghor n’est pas très connu de la nouvelle génération. Ceux qui l’accompagnent actuellement sont ceux qui étaient avec lui», analyse-t-il.  Mais le doyen Djibril Sène, président de la fondation L. S  Senghor, n’est pas du même avis. Selon lui, si les gens ne sont pas nombreux, c’est tout simplement parce que la majorité de ceux qui devaient être présents sont malades avec le poids de l’âge et d‘autres ont certainement des contraintes. Il espère tout de même que les jeunes, demain, puissent assurer la relève. Pour d’autres proches du poète, l’absence de reconnaissance qui pourrait se lire dans l’absence des autorités au plus haut niveau, relève de la responsabilité des hommes politiques. C’est du moins la conviction de Georges Senghor. Il estime qu’il y a une grande part de responsabilité de nos hommes politiques, qui font croire au  monde qu’il y a deux ou trois sortes de Sénégal en faisant la distinction entre les hommes qui ont fait l’histoire du Sénégal. Pour Georges Senghor, ce manque de reconnaissance risque de poser problème «parce que, ne pas se souvenir des anciens, c’est un problème pour l’avenir».

Un évènement qui relève désormais du privé
Dans la même veine, Daniel Senghor va plus loin en accusant certains hommes politiques de n’être présents que pour se réapproprier une certaine légitimité vis-à-vis de Léopold S. Senghor. «Je pense qu’il faudrait qu’il soit désembourbé de la trop grande permanence d’hommes politiques qui ne viennent ici que pour aller toucher une pièce sacrée et se réapproprier une légitimité qui n’est pas la leur. Ce qui me dérange, c’est cette tentative de récupération politicienne qui est bien éloignée de celle de Senghor», a –t-il fustigé. Malgré l’absence d’une foule nombreuse, certains fidèles du fils de Gnilane s’estiment heureux qu’il ait tout au moins une poignée de personnes qui se souvienne. D’ailleurs pour un des membres de sa famille, cette absence de foule est un avantage parce qu’il reste un noyau de gens restreints qui peuvent justifier d’une proximité qu’elle soit intellectuelle, affective, politique pour créer une sorte de cercle restreint de communion. «C’est ce qui fait que cette cérémonie relève désormais du privé».
msfaye@lequotidien.sn

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