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La 1ère édition du festival de musique et d’arts vivants, Teranga Jam Fest, s’ouvre aujourd’hui à Dakar. Un riche programme est prévu à cet effet. Dj Vielo (Cap-Vert) ; Tchoubtchoub (Sénégal), Gabriel (Allemagne), animeront à 20h, une grande soirée à la place du Souvenir africain qui abritera également demain un concert live avec Cheikh Lô, Moh Dediouf, Mamy Kanouté et Tamikrest entre autres. En prélude à ces spectacles, un panel a été organisé hier au Musée Léopold Sedar Senghor. Une belle occasion pour son excellence, Seydina Omar Sy, de souligner l’importance de la diplomatie culturelle et de faire part de ses regrets en ce qui concerne la politique culturelle au Sénégal.

Si les diplomates sont connus pour leur langage diplomatique, l’ancien ambassadeur Seydina Omar Sy, n’a pas lui, tourné longtemps autour du pot pour exprimer le fond de sa pensée. Invité à prononcer le mot d’ouverture lors d’une rencontre portant sur la diplomatie culturelle, le doyen de l’Amicale des anciens ambassadeurs de carrière diplomatique du Sénégal a déploré qu’aujourd’hui, la diplomatie culturelle soit reléguée au second plan et presque réduite au néant. «La diplomatie culturelle ne doit pas être négligée», a-t-il dit. Rappelant dans son propos, l’importance capitale que le Président Senghor accordait à la culture de manière générale et à la diplomatie culturelle dont il a fait «pendant longtemps un des fondamentaux de la politique sénégalaise». «Pour Senghor, la culture était au commencement et à fin du développement. Ce n’était pas seulement un slogan. Senghor avait fait de la culture sa priorité», assure le diplomate. A titre d’exemple, il cite la Manufacture des arts décoratifs de Thiès, l’Ecole nationale des arts de Dakar, le Théâtre national Da­niel Sorano, qui sont toutes des infrastructures mises sur pieds par le Président Senghor.
«Pour faire connaitre le Sénégal, le poète-Président ne manquait d’ailleurs pas d’amener, lors de ses voyages, des tapis de cette Manufacture de Thiès, qui connaissait alors un rayonnement sans précédent», a rappelé M. Sy. Aujourd’hui, poursuit-il, cette Manufacture de Thiès, le Théâtre national Daniel Sorano et l’école des arts existent toujours, mais il est important, a-t-il dit, de savoir ce que sont devenues toutes ces infrastructures. «La Manufacture de Thiès n’existe que de nom. Elle est moribonde», souligne le conférencier. De même que le Théâtre national Daniel Sorano, l’école des arts. «L’école d’architecture on me dit qu’elle n’existe même pas !» Aux jeunes, M. Sy demande qui connait Papa Ibra Tall, Ibou Diouf, Jacob Ya­couba ? Puis il s’interroge encore : «Où en est le cinéma ?» «Au début le cinéma c’était qui ? Le Sénégal avec Ousmane Sembène et Paulin S. Vierra. Aujourd’hui le Fespaco se fait à Ouaga­dougou ! Si nous avions continué sur cette lancée de Senghor, nous aurions pu avoir non pas seulement des Ousmane Sem­bène, des Alain Gomis, nous aurions eu une industrie cinématographique», avance-t-il.

Sénégal et politique culturelle
Après avoir évoqué avec tristesse cette situation, l’ancien ambassadeur mentionne que c’est parce que la culture n’est plus la «priorité» du gouvernement, et que toutes ces infrastructures sont «moribondes». «Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu de politique culturelle après Senghor, mais c’est bien dommage qu’on n’ait pas continué à faire de la culture une priorité», remarque-t-il. La récente annonce du tout nouveau ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly, concernant la distribution de 500 millions aux acteurs culturels, n’est pas une bonne politique culturelle de l’avis de Seydina Omar Sy. «Il vaut mieux leur apprendre à pêcher que de leur fournir du poisson. Quand on divise 500 millions par 10000 acteurs, ce n’est rien», analyse-t-il. Le changement de ministre de la Culture tous les deux ans, n’est pas aussi du goût de l’ambassadeur. Pour lui, «cela veut dire qu’il n’y a pas de politique culturelle au Sénégal» et qu’on essaye simplement de «caser des gens».

Le Pse à la loupe
Outre son interpellation sur le changement intempestif de ministre, M. Sy a aussi soutenu que «le Pse est un bon plan mais un plan fourre-tout». «Il faut qu’on donne à la culture sa place dans le Pse», plaide-t-il. Per­suadé du bien-fondé et de l’efficacité de la diplomatie culturelle, M. Sy encourage le gouvernement à se ressaisir pour «revenir aux fondamentaux» et à avoir une réelle politique culturelle.
aly@lequotidien.sn

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