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Babacar Touré, président du Cnra.

Monsieur le président,
Comme la plupart de mes compatriotes, j’ai été choquée, outrée, mais surtout indignée face aux propos extrêmement graves et violents à l’égard des femmes, lesquels sont à la limite de l’injure, tenus par M. El Hadj. Songué Diouf, Professeur en philosophie, par ailleurs chroniqueur dans l’émission «Jakaarlo» de la Tfm ce vendredi 9 mars 2018.
Dans ces propos que je condamne avec véhémence, le Pr. El Hadj. Songué Diouf fait l’apologie, sans complexe, du viol. Il dit, je cite : «Vous faites tout pour que nous vous violons et quand nous vous violons nous allons en prison et vous qui avez tout fait pour qu’on vous viole vous continuez à être libres.» A lui de rajouter : «Même celle qui est à la maison et que l’on viole, c’est celle à qui Dieu a donné des formes généreuses et qui se laisse aller (ou s’expose) […]»
A cet effet, je saisis votre organe chargé «de faire respecter les règles de pluralisme, d’éthique, de déontologie, les lois et règlements en vigueur ainsi que les cahiers de charges et les conventions régissant l’audiovisuel au Sénégal».
Pour rappel, le cahier de charges applicable au titulaire d’une autorisation de diffusion de programmes de télévision privée de droit sénégalais  exige de tout organe reconnu comme tel en son article 20 : «Dans ses programmes : – de ne pas inciter à des pratiques ou comportements délinquants ou inciviques ; […] – de ne pas encourager des comportements discriminatoires en raison de la race, de l’ethnie, du sexe, de l’âge, de la religion ou de la nationalité.» Aussi requiert-il en son article 21 de la section «Droits de la personne humaine» que «le titulaire s’engage à ce qu’aucune émission qu’il diffuse ne porte atteinte à la dignité de la personne humaine […] Les émissions diffusées ne doivent pas contrevenir aux règles édictées par le Code pénal, notamment en ses articles 248 à 278. Le titulaire veille à ce qu’il soit fait preuve de retenue dans la diffusion d’images ou de témoignages susceptibles d’humilier les personnes et à ce que soit évitée la complaisance dans l’évocation de la souffrance humaine. Il veille au respect de l’image de la femme et à l’égalité entre les hommes et les femmes.»
Je rappelle également que le Code pénal du Sénégal, en son article 252, prévoit : «Seront punis d’un emprisonnement d’un à trois ans et d’une amende de 20 mille à 200 mille francs ceux qui, par l’un des moyens énoncés en l’article 248, auront fait l’apologie d’un crime ou d’un délit.» Ainsi M. le président, conformément à ces textes, il est de votre devoir d’agir.
M. le président, ce discours du Pr. El Hadj. Songué Diouf est d’autant plus déplorable que notre mémoire collective se souvient de ce mardi noir de notre histoire «Talatay Nder». Ce mardi 7 mars 1820, lorsque dans la capitale du royaume du Waalo des femmes ont consenti au sacrifice ultime pour leur patrie, au nom de l’honneur, de la dignité et de la liberté, préférant la mort à l’esclavage, préférant la mort aux violences physiques et morales prévisibles contre elles.
L’on ne pouvait qu’être désolé face à la légèreté de la Télévision futurs médias (Tfm), laquelle, dans son émission «Jakaarlo», apporte le point de vue des différents groupes de la société, tout en faisant fi du point de vue féminin. Cela, alors que, selon les statistiques de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), la population totale des femmes au Sénégal serait de 7 millions 896 mille 040 contre 7 millions 829 mille 997 hommes (Ansd/Projections 2018). Cependant, avec cette sortie du 9 mars 2018, à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme, l’on ne saurait tolérer les inepties du Pr. El Hadj. Songué Diouf.
D’autant plus que cette année, M. le Président, la Journée internationale des femmes s’est inscrite dans le sillage d’un mouvement mondial sans précédent en faveur des droits des femmes, de l’égalité et de la justice. Cette mobilisation a pris la forme de marches et de campagnes mondiales, dont les initiatives #MeToo et #TimesUp aux Etats-Unis et les actions semblables menées dans d’autres pays, portant sur des questions allant du harcèlement sexuel et du féminicide à la parité salariale et à la représentation des femmes en politique (Unwomen, 2018).
Du reste, le Sénégal, depuis fort longtemps, s’est inscrit dans une mouvance mondiale pour reconnaître les droits des femmes et est signataire de plusieurs documents qui condamnent le viol : La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (en 1985), et du Protocole optionnel sur la violence contre les femmes (en 2000). Entre autres, le Sénégal a également ratifié le Protocole à la charte africaine des droits de l’Homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique en 2005.
Ainsi, nous ne pouvons accepter qu’un individu, aux idées arrêtées et minoritaires, se serve de la plateforme que lui offre la Tfm au niveau national comme international pour véhiculer des propos qui rendent légitime le viol des femmes.
Face à l’atteinte faite aux valeurs civiques et morales de la ­ du Sénégal, et compte tenu de votre rôle pour veiller au respect du rôle utilitaire et éducatif que doivent jouer les médias, M. le président, il est de votre devoir d’agir.
Vous priant de croire, M. le président, en l’assurance de ma respectueuse considération.
Une Citoyenne engagée

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