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Le 2 août 1997, à Lagos, le chanteur et multi-instrumentiste, Fela Anikulapo Ransome-Kuti, vient de rendre son dernier souffle. Vingt ans plus tard, retour sur le parcours du père de l’afrobeat en dix dates.

C’est à Abeokuta, dans le sud-ouest du Nigeria, que Olufela Olusegun Oludotun Ransome Kuti voit le jour au sein d’une famille bourgeoise et, surtout, engagée. Sa mère, Funmilayo Ransome-Kuti, est une nationaliste-activiste féministe qui dirige le mouvement des femmes du marché de la ville d’Abeokuta. Elle joue aussi un rôle de premier plan dans la lutte indépendantiste. Quant à son père, Oludotun Ransome-Kuti, il est un révérend anglican qui préside l’Union syndicale des enseignants.
Août 1958. Fela Kuti quitte le Nigeria pour l’Angleterre. Censé suivre des études de médecine à Londres, il intègre le conservatoire Trinity College of Music de la capitale britannique et s’exerce à la trompette. En janvier 1961, il épouse Remilekun (Remi) Taylor à Maindenhead. De cette union, naissent deux filles et un garçon : Yeni, Femi puis Sola. Fort de son apprentissage musical, il monte aussi son propre groupe Koola Lobitos.
1963. Fela termine ses études puis fait son retour au bercail. Désormais chanteur et saxophoniste, il refonde, au pays, son groupe Koola Lobitos qui cultive une musique mêlant high-life et jazz. A l’époque, le groupe enchaîne les concerts à l’Africa Shrine, club de Lagos ouvert par Fela. Le batteur Tony Allen rejoint son équipée. Avec les Koola Lobitos, il part en tournée aux Etats-Unis en 1969. Il y découvre le mouvement Black Panther et, surtout, les pontes du free jazz. A Los Angeles, il enregistre The 69’ Los Angeles Session.
1970. Fela Kuti renomme son groupe Nigeria 70 puis Africa 70 afin de marquer son attachement au panafricanisme. High-life, funk, rock psychédélique, jazz mais aussi chants et rythmiques traditionnels sont les composantes de sa musique. C’est la naissance de l’afrobeat qui doit beaucoup au jeu de batterie de Tony Allen. C’est aussi l’année où sortent les premiers tubes de Fela : Jeun K’oku suivi de Black Man’s City et Buy Africa. Les thèmes de ses chansons changent radicalement. Dans ses paroles, il évoque désormais les problèmes sociaux et la situation politique de son pays. Il choisit de troquer le yoruba pour le pidgin (créole anglais) afin de toucher un plus large public africain. Au fil des années 70, le chanteur et musicien devient de plus en plus contestataire avec des disques comme Why Black Man Dey Suffer (1971), Shakara (1972) ou encore Gentleman (1973).
Avril 1974. Fela Kuti est arrêté puis emprisonné par la police. Il est alors soupçonné de détention d’herbe. Par la suite, il compose Expensive Shit. Et, l’année suivante, depuis sa maison et son studio d’enregistrement situé à Mushin, dans une banlieue populaire de Lagos, il déclare l’indépendance de la République de Kalakuta (s’inspirant de «Calcutta», nom de la cellule qu’il occupait à la prison d’Alagbon Close, laquelle donnera également son nom en 1975 à un album de Fela). L’endroit, qui recouvre une bonne partie de la ville, devient une véritable forteresse, entourée d’un grillage de 4 mètres de haut, où se retrouvent ses danseuses et ses musiciens. Au sein de cette sorte de société alternative, on trouve même un hôpital gratuit. En novembre de la même année, il est de nouveau arrêté puis hospitalisé pendant plus de deux semaines.
1976. C’est une année prolifique pour Fela. Il enregistre le fameux album Zombie, dont le titre éponyme se moque des militaires nigérians. Il les compare ainsi à des zombies en raison de leur agressivité et de leur aveuglement face aux ordres. La chanson rencontre un franc succès et inscrit définitivement Fela comme un opposant politique de premier plan. Il publie également Kalakuta Show, Ikoyi Blindness ou encore Yellow Fever.
18 février 1977. La république de Kalakuta est envahie par un millier de soldats. Les soixante habitants sont brutalisés, battus -certaines femmes sont violées- et emprisonnés. La propre mère de Fela est jetée par la fenêtre du deuxième étage de la maison familiale. L’artiste et son orchestre partent en exil au Ghana.
20 février 1978. Une fois Au Ghana, Fela épouse les 27 femmes de sa «république», au cours d’une cérémonie vaudou. En avril, sa mère, Olufunmilayo Ransome Kuti, décède après huit mois de coma consécutif au massacre de Kalakuta. En septembre, Fela et son groupe se produisent au Festival de Jazz de Berlin. Pendant ce temps, l’Armée démolit la république de Kalakuta. Tony Allen, las du militantisme de Fela, quitte le groupe. De retour au Nigeria, Fela forme son parti politique, le Mop (Movement Of the People). Il sera disqualifié aux élections présidentielles de 1979. Cette année-là, sort l’album coup de poing Unknown Soldier dans lequel Fela revient sur le raid policier sur Kalakuta.
1980. Fela renomme son groupe «Egypt 80». C’est le début d’une période faste en termes d’enregistrements pendant trois ans. Mais, en 1984, il est une nouvelle fois incarcéré par les autorités pour détention de stupéfiants. Trois ans après, alors qu’il est à peine sorti de prison et qu’il s’apprête à s’envoler pour New York, le régime militaire de Muhammadu Buhari le renvoie derrière les barreaux pour trafic illégal de devises. Condamné à 10 ans de détention, Fela sortira après un enfermement de 18 mois grâce à la mobilisation d’Amnesty International et de nombreux artistes. En 1987, Fela est invité au Burkina Faso par le Président Thomas Sankara. Après l’assassinat de ce dernier, le 15 octobre, il lui dédie l’album Undergroud System. En 1989, il enregistre aussi le fameux Beasts Of No Nation dans lequel il égratigne des personnalités politiques, figures du capitalisme, comme Ronald Reagan ou Margaret Thatcher.
2 août 1997. Au début des années 90, Fela, affaibli par ses nombreux passages en prison et par la maladie, enregistre encore trois disques. Mais le Sida finit par avoir raison de lui. A 58 ans, il décède à Lagos. Un million de personnes assistent à ses obsèques. A son fils Femi, il laisse le soin de perpétuer son héritage. Une dizaine de jours plus tard, il est inhumé aux côtés de sa mère sous les yeux d’une foule immense. Le gouvernement militaire en arrive même à décréter un deuil national pour «The Black President» …
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