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Sera-t-il candidat en 2024 ? Macky Sall ne dit «ni oui ni non». Une sortie qui tranche avec ses propos précédant sa réélection et démontre que si la question se pose encore, c’est que la Constitution n’a pas tranché le débat.

«Si je suis réélu en 2019, ce sera mon dernier mandat.» A l’occasion de son entretien avec la presse nationale le 31 décembre 2018, le président de la République avait clos le débat sur ses intentions supposées de se représenter en 2024. Un an plus tard, Macky Sall ne dit «ni oui ni non» par rapport à la possibilité d’un 3ème mandat. «J’ai déjà répondu à cette question l’année dernière. Après, les gens commençaient à en parler. Quelle que soit la réponse que je vais donner, le débat ne sera pas clos. Il y a des gens qui ont des intérêts dans ce débat», s’est justifié le chef de l’Etat face à la presse nationale avant-hier après son discours de Nouvel an. L’année dernière, dans un exercice similaire, il s’était vanté d’avoir verrouillé la Constitution sur cette question et avait écarté la possibilité de faire plus de deux mandats. Avant-hier, Macky Sall a pris le temps de justifier son spectaculaire revirement sur la question.
Le Président Sall a étudié les deux scenarii en cas de clarification de ce débat. «Si je dis que je ne suis plus candidat, les membres du gouvernement ne vont plus travailler. On dira que le Président va partir, chacun va essayer de se positionner en démarchant des gens. Il n’y aura plus de travail. Ça n’a pas d’intérêt», a-t-il analysé. En revanche, «si je dis que je suis candidat, les marches vont s’accélérer et une vive polémique va s’ensuivre», selon lui. En attendant, le Président préfère «travailler» et trancher cette question le moment venu. «J’ai dit à mes partisans, laissez les gens de l’extérieur en parler et consacrez-vous au travail ! Perdre mon temps sur une chose prévue en 2024, je ne fonctionne pas comme ça», soutient Macky Sall.
Tout compte fait, le président de la République, en réitérant qu’il est au centre du jeu sur cette question du mandat présidentiel, pose un sérieux débat sur la fragilité des institutions. En France ou aux Etats-Unis, qui irait demander au Président s’il compte se représenter pour un troisième mandat ? La Constitution et la coutume ont déjà tout réglé. Pourtant au Sénégal où l’article 27 dispose que nul ne peut faire plus de mandats consécutifs, certains semblent estimer que les choses ne sont pas assez claires. Cette sortie du chef de l’Etat montre que sa volonté ou décision prime sur toute loi qui soit. Et la décision du Conseil constitutionnel sur cette question en cas de saisine ? A vrai dire, c’est l’organe habilité à connaître de cette question. Et des observateurs estiment que si la question leur était posée aujourd’hui, les «7 Sages» pourraient valider une éventuelle candidature de Macky Sall dans les mêmes conditions qu’ils l’avaient fait avec celle de Abdoulaye Wade en 2012. En filigrane, Macky Sall montre que le Président est au début et à la fin de tout. Une entorse à la séparation des pouvoirs chère à Montesquieu.

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